Rôle de l'Elysée, présence sur les lieux, comportement des policiers... Ces questions que pose l'affaire Benalla

SCANDALE - Depuis les révélations du Monde, identifiant ce proche collaborateur de l'Elysée comme l'homme ayant violenté deux manifestants à Paris, le 1er mai, de nombreuses questions se pose sur la chaîne de responsabilité qui a favorisé cette situation. LCI a répondu à certaines, mais d'autres restent en suspens.

C'est une petite bombe qui paraît sur le site du Monde, mercredi 18 juillet au soir. Nous sommes le 1er mai 2018, à Paris, place de la Contrescarpe. Après une journée de manifestations très agitée, une poignée de manifestants fait face à des CRS dans le 1er arrondissement de Paris. Au milieu d'eux, deux hommes, pas membres des services de police, collaborateurs de l'Elysée, participent activement à l'opération des CRS. Pendant que l'un menace un homme à terre, l'autre lui porte des coups. Les faits remontent à l'oreille de l'Elysée, qui sanctionnent les deux hommes : le premier est limogé et le second, suspendu quinze jours avant d'être changé de service. Des faits qui soulèvent de nombreuses questions, auxquelles LCI tâche de répondre.

Qui est concerné ?

Sur la vidéo révélée par Le Monde, on voit Alexandre Benalla, casqué, porter plusieurs coups sur un manifestant à plusieurs reprises, après avoir saisi une jeune femme par le cou pour l'extraire de la cohue. Le deuxième homme, dont l'identité a été révélée par l'Elysée ce jeudi, Vincent Crase. Benalla et Crase sont des spécialistes de la sécurité, gendarmes réservistes, qui naviguent dans la Macronie depuis la campagne présidentielle gagnante du chef de l'Etat. Des faits pour lesquels les deux hommes ont été placés en garde à vue pour, entre autre, violences en réunion par personne chargée d'une mission de service public et usurpation de fonction.

Qu'est-ce qu'Alexandre Benalla (et Vincent Crase) faisaient là ?

Comment deux collaborateurs de l'Elysée peuvent-ils se trouver, au milieu des CRS, à participer activement à une opération pour le moins violente ? Dans Le Monde, le directeur de cabinet d'Emmanuel Macron, Patrick Strzoda explique qu'Alexandre Benalla, gendarme de réserve, avait sollicité cette permission auprès de ses services. Permission accordée, sous réserve qu'il s'y présente "en observateur" et en aucun cas comme participant actif. Le lendemain de la parution de l'article, le porte-parole de l'Elysée Bruno Roger-Petit confirme cette autorisation et l'étend à Vincent Crase... Gérard Collomb le répétera devant le Sénat, contredisant au passage la ministre de la Justice, qui avait expliqué plus tôt qu'Alexandre Benalla était présent sur les lieux "sans autorisation".

Le ministre de l'Intérieur devra répondre de ces questions lundi 23 juillet à 10h, devant la commission d'enquête parlementaire de l'Assemblée nationale, puis devant celle du Sénat, le lendemain.

Pourquoi les policiers ne sont-ils pas intervenus ?

Alors que, selon l'Elysée, Alexandre Benalla était présent à l'invitation de la préfecture de police, la question se pose de savoir pour quelles raisons les CRS au milieu duquel il agit le laissent intervenir. Une piste avancée par les syndicats de police est qu'ils pensaient qu'il appartenait à leurs rangs, le port d'un casque siglé (comme le prévoit toutefois la procédure pour un observateur) participant à entretenir la confusion. Une hypothèse renforcée par d'autres images d'Alexandre Benalla, dans le cadre des manifestations du 1er mai, où on le voit arborer un brassard "police" de couleur orange au bras. "Il y a usurpation d'identité", assure ainsi sur LCI Fabien Vanhemelryck, du syndicat Alliance.


Toutefois, le mystère demeure au vu de son comportement, bien éloigné des standards de la procédure dans ce type de cas : "Il commet beaucoup d'erreurs, il interpelle n'importe comment, il n'arrive absolument pas à le maîtriser et il parasite le dispositif", constate Axel Ronde, de la Vigi CGT sur LCI. Des zones d'ombres qui ont amené Gérard Collomb à saisir l'IGPN, afin de vérifier si les conditions d'accueil et d'encadrement de ces civils ont été "mises en oeuvre" dans ce cas précis... "s'il en existe". 

Comment l'Elysée a-t-il réagi ?

Pour le Château, s'être séparé de Vincent Crase et avoir suspendu quinze jours Alexandre Benalla suffit à prouver qu'il a rempli son rôle : "Sa hiérarchie n'a eu connaissance des faits qu'a posteriori, précise le porte-parole de la présidence Bruno Roger-Petit. Il a été immédiatement convoqué par le directeur de cabinet du président qui lui a notifié une sanction disciplinaire [...] la plus grave jamais prononcée contre un chargé de mission travaillant à l'Elysée." La sanction devrait être alourdie, puisque l'Elysée, apprenant que l'intéressé s'était retrouvé en possession de bandes de vidéo-surveillance au mépris de la loi, a lancé contre lui une procédure de licenciement à son encontre.


Mais l'histoire ne s'arrête pas là. Outre l'ouverture d'une enquête pour "violences par personne chargée d'une mission de service public, usurpation de fonctions et usurpation de signes réservés à l'autorité publique", l'opposition s'interroge sur la raison pour laquelle l'Elysée, au courant des faits depuis début mai, n'a pas signalé les faits à la justice. En effet, l'article 40 du code de procédure pénale commande à "toute autorité constituée, tout officier public ou fonctionnaire qui, dans l'exercice de ses fonctions, acquiert la connaissance d'un crime ou d'un délit [...] d'en donner avis sans délai au procureur de la République". 


Les personnes informées du dossier à l'Elysée ont-elles fauté en tentant d'éteindre discrètement cette affaire ? A cette question, l'Elysée a répondu à LCI ne pas voir de raisons de faire appel au parquet, ne voyant ni crime ni délit dans les faits incriminés. Une décision qui, pourtant, appartient au procureur de la République... Et sûrement pas aux services élyséens.

Quel impact pour Emmanuel Macron ?

Depuis la soirée du 18 juillet, le palais de l'Elysée est l'objet de moult interrogations sans réponse. En déplacement le 19 juillet à Périgueux, le président lui-même n'a pas souhaité évoquer ces faits, esquivant la moindre question pour mieux "être avec les gens". Une seule fois, il répondra, à la question de savoir si l'image de la République exemplaire qu'il porte était touchée : "Non, non, non, non ! Elle est inaltérable." Dimanche 22 juillet, ses services daigneront faire fuiter dans la presse sa condamnation des faits et son assurance d'avoir fait ce qu'il fallait en sanctionnant l'intéressé.

En attendant, l'opposition s'en donne à cœur joie, dénonçant, de Jean-Luc Mélenchon au Front national en passant par le PS et Les Républicains, "l'impunité" du pouvoir en place. Même la majorité ne donne pas de gages de sérénité sur le sujet, se passant le relais dans les médias pour dire à quel point les faits sont "inacceptables". Edouard Philippe, lui, s'est félicité que le dossier, connu depuis le 2 mai par le Château, soit désormais entre les mains de la justice. Les conséquences ne se sont pas faites attendre : le ministre de l'Intérieur Gérard Collomb va être entendu par la commission des Lois en début de semaine prochaine. Le patron de l'Assemblée François de Rugy a annoncé qu'il se ferait remettre le rapport de l'IGPN. En attendant que le président de la République, qui avait lui-même réclamé les sanctions contre Alexandre Benalla, adresse enfin le sujet ?

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Affaire Benalla : la première crise du quinquennat Macron

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