"Méthodes odieuses", "Etat de droit menacé" : l'affaire des "écoutes" secoue la classe politique

"Méthodes odieuses", "Etat de droit menacé" : l'affaire des "écoutes" secoue la classe politique
Politique

REACTIONS - La révélation des investigations du Parquet national financier (PNF) pour tenter d'identifier une "taupe" dans l'affaire dite des "écoutes" provoque l'ire de la classe politique. Au-delà de l'affaire Sarkozy, la plupart condamnent une "dérive", tous bords politiques confondus.

Des révélations qui ne passent pas. Selon Le Point, le Parquet national financier a enquêté en vain, entre 2014 et 2019, notamment via des investigations en catimini sur des ténors du barreau de Paris, pour identifier la "taupe" éventuelle qui aurait informé Nicolas Sarkozy et son avocat Me Thierry Herzog de l'existence d'écoutes qui les visaient. 

L'enquête de l'hebdomadaire a provoqué l'ire des ténors du barreau mais aussi de la classe politique qui, avec des nuances mais de façon quasi unanime, condamne ces pratiques.

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A gauche, le chef de file du PS Olivier Faure a affirmé que "l'Etat de droit suppose que n'importe quel justiciable - Nicolas Sarkozy compris - soit respecté dans ses prérogatives et dans ses droits", sans aucun "traitement particulier spécifique". 

Invité ce vendredi sur LCI, Ian Brossat, porte-parole du PCF, se montre tempéré mais non moins interpellé par les méthodes : "Le même Nicolas Sarkozy qui s'érige en défenseur de l'Etat de droit recevait le procureur Courroye discrètement à huit reprises quand il était à l'Elysée pendant l'affaire Bettencourt (...) Cela dit, c'est un concitoyen, un justiciable et il a le droit d'être respecté comme tel (...) pour que la justice soit crédible, il faut qu'elle soit exemplaire et ce n'est pas le cas dans cette affaire".

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Réaction de Ian Brossat sur l'affaire des "écoutes"

Le RN parle de "méthodes odieuses"

Condamnation également, plus virulente, pour Jordan Bardella du RN, jugeant que la France "n'est plus une démocratie lorsque je vois que (…) des avocats sont mis sur écoutes, des juges ont reçu des pressions pour mettre hors course un candidat à la présidentielle, c'est-à-dire François Fillon", a développé sur France 2 le responsable d'extrême droite, évoquant également le vote de "la loi Avia, qui propose clairement de mettre sous tutelle la liberté d'expression dans notre pays". "Je m'inquiète du recul absolument dramatique des libertés fondamentales", a-t-il ajouté. 

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Affaire Sarkozy : réaction des politiques sur les "écoutes"

"Ces méthodes sont odieuses", ajoute la présidente du RN, Marine Le Pen. "Ce parquet est un parquet d'exception qui a été créé par François Hollande et dont l'objectif est de s'attacher tout particulièrement à l'opposition. La justice est dans certains cas totalement instrumentalisée par le pouvoir politique. Je n'ai aucun doute sur ce sujet"

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Le groupe LR vent debout, derrière Nicolas Sarkozy

Nicolas Sarkozy a dénoncé jeudi une "accumulation de manquements et de dysfonctionnements" : "En réaction aux révélations du Point, je n'exprime qu’une seule demande: le respect de l’Etat de droit", a affirmé sur Twitter l'ancien chef de l'Etat, qui doit être jugé dans l'affaire "des écoutes" en fin d'année.

"En conséquence, toute la vérité doit être établie sur les circonstances qui ont permis cette invraisemblable accumulation de manquements et de dysfonctionnements", a ajouté Nicolas Sarkozy, qui s'exprime rarement sur les réseaux sociaux et a signé le tweet de ses initiales NS.

Sans surprise, les ténors du parti déclinent leur consternation de manière non moins percutante. L'eurodéputé LR François-Xavier Bellamy s'est inquiété vendredi "pour l'Etat de droit en France" face à la "dérive très inquiétante" que constituent selon lui ces investigations d'ampleur. "Cette affaire est d'une immense gravité, et au-delà, elle est le symptôme d'une dérive très inquiétante et surtout de l'instrumentalisation de la justice par les gouvernements qui se sont succédé", a-t-il déploré ce vendredi sur Public Sénat. "Si on rapproche ça des propos tenus récemment par Eliane Houlette concernant les pressions subies de l'exécutif dans la procédure menée à l'occasion de l'affaire Fillon en pleine campagne présidentielle, oui, on a de quoi s'inquiéter pour l'Etat de droit en France", a-t-il insisté.

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Le PNF, "bras armé d'une justice politique" ?

L'ancienne garde des Sceaux Rachida Dati, candidate LR à la mairie de Paris, a estimé que le PNF "est devenu une officine" et rappelé la "réticence" des magistrats lors de sa création "parce que certains redoutaient que ce soit un bras armé d'une justice politique".

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Réaction de Rachida Dati sur la révélation des "écoutes" des avocats

"Il y a trop d'affaires qui sortent, trop de dysfonctionnements qui apparaissent" et, "soit on a une transparence sur ce qui s'est passé, soit il y aura une défiance définitive sur la justice", a ajouté sur RTL Rachida Dati, proche de Nicolas Sarkozy.

Pour le patron des députés LR Damien Abad, ces révélations "suscitent une forte émotion politique" et "nous demandons le respect de l'Etat de droit". "Il faut a minima une inspection générale pour faire toute la lumière sur ces dysfonctionnements et une commission d'enquête à l'Assemblée sur le PNF serait appropriée", a-t-il affirmé, ne souhaitant pas que le PNF, créé sous François Hollande, "soit un instrument plus politique que judiciaire". 

Même point de vue pour Eric Ciotti, invité d'Elizabeth Martichoux ce jeudi sur LCI : Nicolas Sarkozy qui "a été placé au-dessous des lois" par "une juridiction qui pose question" a affirmé le député LR des Alpes-maritimes pour qui "on voit l'ombre d'une justice politique".

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