Affaire Lactalis : Bruno Le Maire critiqué pour avoir supprimé des postes dans la sécurité alimentaire

Affaire Lactalis : Bruno Le Maire critiqué pour avoir supprimé des postes dans la sécurité alimentaire

CONTRECOUP - Le ministre de l'Economie affiche sa fermeté face à Lactalis dans l'affaire de contamination de laits infantiles par des salmonelles. Mais il est lui même accusé par les syndicats des services de contrôle sanitaire d'avoir supprimé de nombreux postes quand il était ministre de l'Agriculture entre 2009 et 2012.

Bruno Le Maire va-t-il devenir l'arroseur arrosé de l'affaire de contamination de laits infantiles ? Très remonté, jeudi 16 juillet, le ministre de l'Économie avait asséné que Lactalis, dont l'usine de Craon avait été contaminée par des salmonelles, avait "gravement failli" et que "la sécurité des consommateurs [n'était] pas négociable", convoquant avec succès Emmanuel Besnier, le patron du groupe, le lendemain au ministère. Mais, quelques jours plus tard, sa propre responsabilité est pointée du doigt : l'actuel patron de Bercy est accusé par des syndicats d'avoir supprimé de nombreux postes dans les services de contrôle sanitaire quand il était le ministre de l'Agriculture de Nicolas Sarkozy, de 2009 à 2012.


"La période au cours de laquelle Bruno Le Maire a été ministre de l’Agriculture a été marquée par une forte baisse des effectifs des services vétérinaires chargés des contrôles de l’industrie agroalimentaire", affirme Jean-Claude Gautier, technicien des services vétérinaires et secrétaire national du Snuitam-FSU, dans Ouest-France.

Les chiffres du ministère de l'Agriculture et déterrés par Ouest-France montrent en effet que le plafond des effectifs chargés de la sécurité et de la qualité sanitaire de l'alimentation ont diminué de manière quasi continue entre 2005 et 2016, passant de 5223 "équivalents temps plein" à 4553. Pendant le passage de Bruno Le Maire au ministère de l'Agriculture, entre 2009 et 2012, ils sont passés de 5279 à 4676, soit une baisse de 600 postes. Sur le tableau ci-dessous, ces effectifs correspondent à la colonne du "programme 206".

L'essentiel des suppressions de postes effectuées pendant les quinquennats des présidents Chirac, Sarkozy et Hollande auraient donc eu lieu quand Bruno Le Maire était ministre de l'Agriculture. Les équipes sont "clairement sous-dimensionnées", déplore Myriam Prigent, technicienne des services vétérinaires et élue CFDT, dans Ouest-France, ajoutant que les agents "doivent alterner des contrôles dans des laiteries, des usines de viande, de poisson, de plus en plus complexes".


"Les quinquennats Hollande et Sarkozy se sont inscrits dans une logique de réduction des postes : le service de répression des fraudes (DGCCRF), qui s’intéresse à la loyauté des transactions, comme la direction des services vétérinaires (DSV), qui s’occupe de l’hygiène alimentaire, ont vu leurs effectifs réduits de 20 à 25 % depuis 2000", ajoute Olivier Andrault, chargé de mission alimentation chez UFC-Que Choisir, dans La Croix.

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"Un certain nombre [d'agents] sont affectés en permanence aux abattoirs de bovins, de porcs, de volailles. Résultat, une usine de Craon peut n’être inspectée qu’une fois par an. Quant aux laiteries qui ne produisent pas de lait infantile, les contrôles peuvent être espacés jusqu’à deux ou trois ans", conclut Jean-Claude Gautier dans le quotidien régional.

Bruno Le Maire répond aux critiques de Benoît Hamon

Benoît Hamon avait envoyé cette même pique à Bruno Le Maire, le 11 janvier sur RTL : "Il y a eu une défaillance de ces entreprises, mais aussi peut-être une défaillance de l'État. Nous avons une réduction des effectifs de la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF)", affirmait l'ancien candidat à la présidentielle.


"Quand on est confronté à une affaire aussi grave, je pense qu'il est sage d'éviter les mauvaises polémiques", avait répondu dans la foulée Bruno Le Maire. "Il y avait en 2013, 2940 agents à la DGCCRF. Il y en a, à l'heure où je vous parle, 2944. Je ne pense pas que ce soit la réduction des effectifs à la DGCCRF qui puisse être incriminée", avait-il poursuivi lors de sa conférence de presse.


Concernant plus largement le plafond d'effectifs total pour la sécurité sanitaire de l'alimentation (qui ne se limite pas aux effectifs de la DGCCRF), celui-ci a atteint un pallier en 2014 et diminué légèrement en 2016, mais est reparti à la hausse en 2017, avec 4619 postes. En 2018, on devrait atteindre 4655 postes, selon les documents budgétaires.

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