Aide au développement, Schengen, droit d'asile... Edouard Philippe fixe des "orientations" pour maîtriser l'immigration

Politique

DEBAT - Annoncé cet été, le débat sur l'immigration était organisé lundi à l'Assemblée nationale, introduit par une déclaration du Premier ministre. Alors que la France a connu l'an passé une hausse de la demande d'asile, Emmanuel Macron envisage de réexaminer la politique en la matière ainsi que les conditions d'accès à l'Aide médicale d'Etat. Le débat a suscité de nombreuses critiques à gauche, tandis que la droite dénonce un "échec" de la politique migratoire de l'exécutif.

L'immigration de retour au centre de l'arène politique. Le débat annoncé cet été par Edouard Philippe, et souhaité par Emmanuel Macron, était organisé lundi après-midi à l'Assemblée nationale, avant une deuxième séquence mercredi au Sénat. Le Premier ministre a fixé un cadre à ces discussions à l'occasion d'une déclaration sur "la politique migratoire en France et en Europe", devant une assemblée clairsemée. 

Parti du principe que les demandes d'asile avaient fortement augmenté l'an passé en France, l'exécutif a souhaité questionner les parlementaires sur la possibilité de réexaminer les conditions d'octroi de l'asile, mais également de l'Aide médicale d'Etat, dédiée aux migrants en situation irrégulière, susceptible de faire l'objet d'amendements dans le projet de loi de finances 2020. Le débat - sans vote à l'issue - s'offre enfin pour objectif de réfléchir sur l'immigration légale dans son ensemble.

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Six orientations

En amont du débat, le Premier ministre a tiré un premier bilan de la politique de l'exécutif en matière d'immigration, notamment à travers la loi Asile & Immigration promulguée il y a un an. "Clairement, nous n'avons pas atteint nos objectifs", a-t-il relevé, faisant référence à la hausse de la demande d'asile en France, qui a conduit à une stagnation des délais de traitement des demandes, alors que l'exécutif avait promis de les réduire. En outre, a indiqué Edouard Philippe, "la France fait face à d'importants mouvements migratoires secondaires", qui représentent "30% de demandeurs ayant déjà déposé une demande dans un autre pays". 

Se disant ouvert à la possibilité d'instaurer chaque année des quotas pour l'immigration économique afin "d'attirer les talents" - une proposition venue de la droite -, Edouard Philippe à présenté en outre "six orientations" devant servir de cadre au débat parlementaire. L'exécutif veut tout d'abord réorienter son Aide publique au développement - un instrument financier permettant de soutenir des programmes humanitaires - afin de "soutenir des projets des Etats visant à maîtriser leurs frontières". 

Ensuite, la France envisage de "refonder Schengen" avec les autres Etats membres afin de "renforcer la solidarité" entre ces pays et "mieux protéger les frontières" extérieures de l'UE. L'exécutif veut aussi travailler, au niveau européen, à une harmonisation des politiques de l'asile et à "une convergence des conditions d'accueil", afin d'éviter les flux dits "secondaires" de ressortissants de pays "sûrs" comme l'Albanie et la Géorgie. "La France doit soigner ceux qui résident sur son territoire, mais elle doit être ni plus ni moins attractive que ses voisins, sans rien renier de ses principes", a précisé le Premier ministre, faisant référence à une possible révision des aides aux réfugiés et de l'Aide médicale d'Etat (AME). Concernant l'asile, le gouvernement maintient enfin son objectif de réduire les délais de traitement de demande à moins de six mois, d'ici à la fin du quinquennat.

L'exécutif pose des limites

Edouard Philippe a toutefois fixé certaines limites, refusant par avance d'envisager une remise en question du droit du sol dans l'accès à la nationalité française, même s'il n'a pas exclu une réflexion sur le nombre annuel de naturalisations par décret - 60.000, selon le chef de l'exécutif. Il a également réfuté l'hypothèse d'une "immigration zéro" - prônée par le Rassemblement national et sa présidente Marine Le Pen, qui a réclamé un "moratoire" lundi. Cette immigration zéro n'a "jamais existé", a affirmé Edouard Philippe, qui a également rejeté la théorie de "l'immigration de remplacement" avancée par l'extrême droite. 

A sa suite, la ministre de la Santé Agnès Buzyn a également posé un jalon relatif à la possible réforme de l'AME, qui est un dispositif gratuit. "Je ne retiendrai pas de solution reposant sur une participation financière des personnes", a-t-elle prévenu, suscitant les applaudissements de la majorité. 

"Pourquoi attiser cette braise" ?

Si les orientations du chef du gouvernement ont rencontré un certain écho chez Philippe Vigier (Libertés et territoires) et Jean-Christophe Lagarde (UDI), qui a toutefois réclamé des mesures complémentaires pour encadrer le regroupement familial, l'opposition de gauche a dénoncé la tenue d'un débat qui "braconne sur les terres de l'extrême droite", à l'instar du député Luc Carvounas (PS). "Le simple fait que Jean-Marie Le Pen valide le discours du président de la République devrait vous inquiéter", a lancé ce dernier. "Nous ne sommes pas favorable à un accueil inconditionnel, mais nous prônons un hébergement inconditionnel pour les réfugiés", a-t-il notamment expliqué. 

"Pourquoi attiser cette braise ?" a lancé pour sa part Jean-Luc Mélenchon (LFI) au chef de l'exécutif, accusant le gouvernement "d'injecter un poison" dans le débat public. "Comment osez-vous dire que notre pays a été privé de discussion sur ce sujet ? Cela fait 40 ans que l'on en discute", a-t-il estimé, reprochant à l'exécutif de "faire de la figure l'immigré le bouc émissaire" et de convoquer l'opposition "pour servir de décor à une opération de propagande". "Le pays mérite mieux."

Dans les rangs du PCF, le député de Seine-Saint-Denis Stéphane Peu a également dénoncé une volonté de faire "un tri tatillon entre les êtres humains" et appelé l'exécutif à "poser un acte de régularisation" pour les étrangers en situation irrégulière, citant les exemples de François Mitterrand, de Lionel Jospin et de Nicolas Sarkozy. 

"Immigration ou invasion ?"

"Immigration ou invasion ? C'est la question que posait l'ancien président Valéry Giscard d'Estaing en 1991", et "à laquelle nous devons répondre", a pour sa part déclaré le député LR de l'Yonne Guillaume Larrivé. "Pour que la France reste la France, nous devons reprendre le contrôle", a-t-il assuré. 

"Il ne doit plus y avoir un droit des étrangers à immigrer en France mais un droit de l'Etat à décider qui entre sur son territoire", a ajouté ce député, proposant une révision constitutionnelle qui permettrait de "plafonner l'immigration par décret", "suspendre le regroupement familial" ou encore conditionner l'accès à un logement social "à dix ans de travail légal". Les Républicains ont réclamé également "un nouveau code de nationalité" supprimant le droit du sol au profit du droit du sang. "La nationalité se transmettrait ainsi par le droit du sang, ou par décret."

"Le temps est compté. Hésiter encore plus relève d'une trahison pour notre Nation", a renchéri le député LR des Alpes-Maritimes Eric Ciotti. "Ce débat ne servira à rien si aucune mesure nouvelle, efficace, pragmatique n'est prise à la suite", a-t-il ajouté, proposant un référendum sur l'immigration. 

"Notre pays vit une submersion"

"Les lois sur l'immigration, il y en a eu beaucoup, pour faire croire à l'opinion que l'on faisait", a déclaré la députée RN Marine Le Pen à la tribune. "Les Français ont conscience que l'immigration anarchique est une menace. Ce débat, les nationaux l'ont imposé par la force des urnes."

"Notre pays vit une submersion", a assuré la présidente du RN. "Nos dirigeants ont non seulement laissé faire, mais également organisé le déni [...] Derrière ces trahisons, il y a l'incompétence de nos dirigeants français et européens, mais surtout cette idéologie mondialiste."

"Je n'ai aucune confiance en vous, en encore moins en votre ministre de l'Intérieur", a lancé l'ancienne candidate à la présidentielle à Edouard Philippe, appelant à un référendum sur l'immigration. 

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