Le chômage est-il "au plus bas depuis près de 15 ans", comme l'affirme Emmanuel Macron ?

Le chômage est-il "au plus bas depuis près de 15 ans", comme l'affirme Emmanuel Macron ?

EMPLOI - Emmanuel Macron s'est félicité ce mardi des bons chiffres du chômage, qu'il a décrits comme "au plus bas depuis près de 15 ans". Un chiffre qui n'est pas confirmé par les statistiques sur le sujet.

Il voulait parler du Covid-19, mais c'était surtout l'occasion de défendre son bilan. Emmanuel Macron a profité de sa prise de parole ce mardi 9 novembre pour justifier sa stratégie du "quoi qu'il en coute" face à la crise économique liée à l'épidémie de Covid-19. Une politique qui a permis "non seulement de résister à la crise, mais de rebondir plus fort", a-t-il lancé durant cette allocution solennelle. Preuve pour lui : "Le chômage est au plus bas depuis près de 15 ans."

Toute l'info sur

L'info passée au crible

Les Vérificateurs, une équipe de fact-checking commune aux rédactions de TF1, LCI et LCI.fr

Un argument rapidement détricoté par l'opposition, à l'instar de Marine Le Pen. La principale adversaire du chef de l'État dans les sondages pour la présidentielle de 2022, l'a accusé de "manipuler" les chiffres. "Emmanuel Macron prétend que le chômage ne concerne "que" 3 millions de Français, mais les demandeurs d'emploi des catégories A, B et C sont en réalité 5,8 millions", a-t-elle écrit sur Twitter. Qu'en est-il réellement ? 

Davantage d'inscrits toutes catégories qu'en mai 2017

Il y avait très exactement 3,54 millions inscrits à Pôle Emploi au troisième trimestre de 2021 en France, selon les dernières statistiques de l'établissement chargé de l'emploi. Un niveau effectivement plus bas que celui observé au début du quinquennat d'Emmanuel Macron - on enregistrait alors 3,75 millions d'inscrits en catégorie A dans toute la France - mais qui n'a rien d'un record. Ce chiffre, on le retrouve dès fin 2013, avec 3.307.000 inscrits, selon la même source.  

Rien d'historique ici. Et quid des chômeurs "toutes catégories" ?  Allant de A à C, celles-ci concernent les demandeurs sans emploi et tenus d'en chercher un, ainsi que ceux qui ont exercé une activité réduite (de plus ou moins de 78 heures). Or, avec cet indicateur, Marine Le Pen a raison. Il y a bien 5,87 millions de chercheurs d'emploi lorsqu'on prend en compte toutes les catégories répertoriées par l'agence. Toujours fin 2013, ce chiffre était en deçà de 5 millions (4,9). Et surtout, il y avait moins d'inscrits au total avant le début du mandat d'Emmanuel Macron, comme nous l'écrivions déjà ici.

En vidéo

LES VÉRIFICATEURS - Y a-t-il "plus d'inscrits à Pôle Emploi" aujourd'hui que l'an dernier ou en mai 2017 ?

Ceci dit, ces chiffres peuvent avoir plusieurs biais. D'une part, ils prennent en compte certains inscrits qui ne sont pas véritablement en recherche d'emploi. C'est le cas pour de nombreux "seniors". Avec le recul de l’âge de départ à la retraite, certains d'entre eux sont inscrits, mais plus "dans une démarche active de recherche d'un emploi", comme le souligne l'Insee sur son site. À l'inverse, les plus jeunes "ont tendance à ne pas être inscrits à Pôle emploi", alors qu'ils sont bel et bien à  la recherche d'une activité rémunérée. D'autre part, le chiffre communiqué par Pôle emploi est en données brutes, ce qui signifie qu'il ne prend pas en compte la hausse du nombre d'actifs en France, qui n'a cessé d'augmenter les vingt dernières années.  

Un taux inédit depuis 2008

C'est pourquoi il peut être plus judicieux de se pencher sur le "taux de chômage" publié par l’Insee. Celui-ci prend en compte la définition du chômage au sens du Bureau international du travail, soit une "personne âgée de 15 ans ou plus qui répond simultanément à trois conditions : être sans emploi durant une semaine donnée, être disponible pour prendre un emploi dans les deux semaines, avoir cherché activement un emploi au cours des quatre dernières semaines ou en avoir trouvé un qui commence dans moins de trois mois". Cet indicateur exclut les travailleurs seniors proches de la retraite et inclut les plus jeunes.

Or, avec cet indicateur, on observe effectivement une embellie sur les chiffres du chômage. Ainsi, au deuxième trimestre 2021, ce taux était à 8%. S’il n'est pas "au plus bas depuis 15 ans", il faut tout de même remonter jusqu'au mandat de Nicolas Sarkozy pour en trouver de similaires. Avant la crise économique qui a frappé l'Occident, on trouvait entre 2007 et 2008 un taux de chômage fluctuant entre 7,2 et 8%.

Lire aussi

Une bonne nouvelle, donc. Mais jusqu'à quand ? Selon l'Observatoire français des conjonctures économiques, cette embellie ne devrait pas durer. Car avec la levée des mesures sanitaires et les créations d'emplois, on devrait observer "un retour progressif sur le marché du travail de personnes ayant basculé dans l'inactivité durant la crise sanitaire". Soit plus de 90.000 personnes, d'après les données de l'OFCE publiées le 13 octobre. De quoi refaire basculer la courbe du chômage.

Vous souhaitez nous poser des questions ou nous soumettre une information qui ne vous paraît pas fiable ? N'hésitez pas à nous écrire à l'adresse lesverificateurs@tf1.fr. Retrouvez-nous également sous Twitter : notre équipe y est présente derrière le compte @verif_TF1LCI.

Sur le même sujet

Les articles les plus lus

EN DIRECT - Covid-19 : la France a rapatrié plus de 20.000 personnes bloquées au Maroc

Covid-19 : plus de 10.000 patients hospitalisés, "la situation est en train de s'aggraver", annonce Olivier Véran

"Je ne suis plus le journaliste, l'écrivain, je suis candidat", affirme Eric Zemmour sur TF1

"Cela ne va pas le faire" : pessimisme sur l'efficacité des vaccins anti-Covid existants face à Omicron

VIDÉO - Los Angeles : le fiasco de "The One", la maison la plus chère du monde

Lire et commenter
LE SAVIEZ-VOUS ?

Logo LCI défend l'ambition d'une information gratuite, vérifiée et accessible à tous grace aux revenus de la publicité .

Pour nous aider à maintenir ce service gratuit vous pouvez "modifier votre choix" et accepter tous les cookies.