Anne Hidalgo va-t-elle mettre en place un bus "pour promener" des drogués au crack, comme l'affirme sa rivale Rachida Dati ?

Anne Hidalgo va-t-elle mettre en place un bus "pour promener" des drogués au crack, comme l'affirme sa rivale Rachida Dati ?
Politique

Toute L'info sur

À la loupe

A LA LOUPE - Invitée du Grand Jury RTL/Le Figaro/LCI, Rachida Dati a évoqué la question de la prise en charge des consommateurs de crack dans le nord-est parisien. Et accusé une nouvelle fois la maire sortante de vouloir mettre en place des "bus de crackeurs". Sauf que la pratique existe déjà au niveau associatif et que son application sur le plan municipal n'est pas une idée d'Anne Hidalgo.

A deux mois des élections municipales, Rachida Dati gagne du terrain. Selon le dernier sondage Ifop réalisé pour Le Journal du dimanche, la maire LR du 7e arrondissement coifferait au poteau les deux candidats LaREM au premier tour avec 19% des voix. Un chiffre en hausse de 5 points par rapport à septembre dernier, mais encore 6 points derrière sa rivale Anne Hidalgo. Alors l'ancienne ministre de la Justice attaque. Invitée dimanche 19 janvier du Grand Jury RTL/Le Figaro/LCI, elle s'en est pris à la politique de l'actuelle maire de Paris en matière de lutte contre la consommation de crack dans la capitale. 

"Il y a plein de 'crackeurs' (Ndlr : des consommateurs de crack) à Paris, comme on ne sait pas gérer, on va faire un bus des crackers, on va les promener dans Paris", a-t-elle affirmé. Et d'assurer : "C'est une proposition d’Anne Hidalgo, ils vont mettre un bus où ils vont promener les crackers." La droite s'est toujours montrée farouchement opposée aux lieux d'accueil des toxicomanes, et notamment les "salles de shoot" permettant à ces malades de consommer à moindre risque et d'être encadrés par du personnel soignant. Elle craint le développement du nombre de toxicomanes, une dégradation du quartier, et tient à pénaliser ces pratiques.

L'attaque sur ces "bus de crackeurs" n'est pas nouvelle. En juillet dernier, Rachida Dati accusait déjà la maire de la capitale sur RMC. Évoquant la colline du crack, un lieu situé dans le nord de Paris, à proximité de la porte de la Chapelle, régulièrement démantelé et où se regroupent des centaines de consommateurs, elle expliquait : "Aucun élu n'est jamais allé. Quand j'y suis allée, une femme y avait accouché (...) sur place, totalement sous crack. J'ai discuté avec tout le monde. Des gens désespérés, des gens malades... Et vous savez ce que c'est la réponse de la mairie de Paris? Un bus de crack", ironisait-t-elle.

De nouveau, ce dimanche, elle a mis en avant cette expérience : "La colline du crack, je crois que je suis la seule élue à aller à l’intérieur (…) Le jour où j’y suis allée, il y avait une femme qui y avait accouché la veille, comme ça, en pleine nature". Cette visite, très médiatique, date d'octobre 2018

Promesse du ministre de l'Intérieur, le démantèlement de cette zone insalubre a été effectué à la fin de l'année 2019, en même temps qu'un camp de migrants ou plus clairement un bidonville. La "colline du crack" a pour le moment disparu, mais les "crackeurs" se sont depuis réfugiés à quelques pas de là, porte d'Aubervilliers. Les conditions de vie y sont toujours dramatiques.

En vidéo

Document : au cœur du trafic de crack

Un projet de salles de consommation itinérantes

Alors de quoi parle Rachida Dati en évoquant des bus de "crackeurs" ? L'élue déforme quelque peu la réalité. A l'été 2018, un projet de bus itinérants, permettant une consommation à moindre risque, a été proposé. "Un bus itinérant permettrait d'aller au plus près de consommateurs, qui d'eux-mêmes ne se tournent pas vers les institutions et d'entamer un suivi", expliquait alors Anne Souyris, adjointe à la mairie de Paris en charge de la santé et élue EELV dans les colonnes du Parisien. L'idée était donc d'installer des lieux d'accueil mobile, sans jamais rouler avec des toxicomanes à l'intérieur. Pour cet élu, comme pour la gauche dans sa large majorité, ces lieux s'inscrivent dans une démarche de réduction des risques (d'overdoses, de transmission d'hépatites virales ou du VIH, etc). Elles permettent aussi de lier un premier contact avec des personnes très marginalisées.

A l'époque, la loi ne permettait pas d’accueillir des publics qui consomment par inhalation. Anne Souyris avait bien tenté de soumettre cette idée à la Mission interministérielle de lutte contre les drogues et les conduites addictives (Mildeca), chargée d'élaborer un plan de lutte contre la consommation de crack dans le nord-est parisien - en partenariat avec la Ville de Paris, l'ARS, les préfectures de la région Ile-de-France et de Paris et la préfecture de police -, en vain.

La maire du 10e arrondissement, actuellement en campagne pour la liste EELV, espère que les choses évolueront dans le futur. En juillet dernier, la ministre de la Santé Agnès Buzyn a en effet signé un arrêté modifiant le cahier des charges des salles de consommation (SCMR) en France et permettant dorénavant les consommateurs de crack d'y accéder. "Pour le moment, la Ville de Paris n'a pas souhaité mettre en place de salles de consommation à proximité de la porte de la Chapelle, mais des concertations sont en cours avec les habitants."

En vidéo

SEPT À HUIT - "La colline du crack" à Paris

Des maraudes effectuées en bus depuis de nombreuses années

Des "bus pour crackeurs" existent, cependant. Ils ne "promènent" pas, là encore, les consommateurs de crack mais vont à leur rencontre pour leur proposer "un accès facilité aux traitements de substitution aux opiacés ainsi qu’un suivi médical, social adapté", explique l'association Gaia, qui a mis en place ces lieux d'accueil itinérants à la fin des années 90.

Avant même la signature du "plan crack", la ville de Paris, les deux préfectures et l'ARS ont souhaité renforcer les maraudes dans le nord est de Paris, notamment à la colline du crack et ont aidé les associations spécialisées dans la prise en charge de ces malades, à l'image de Gaia, Médecins du Monde ou encore Aurore à développer leurs activités dans ces zones. "Il est essentiel de construire un lien de confiance avec ces personnes, c'est de la dentelle", nous explique Anne Souyris.

"La signature du 'plan crack' nous a ensuite permis d'aller plus loin par exemple en augmenter les places d'hébergement avec un vrai accompagnement social." Jusqu'en 2021, trois millions d'euros sont mobilisés chaque année "pour renforcer le maintien de l'ordre public dans ce secteur et pour aider les consommateurs de drogue à sortir du cercle infernal de l'addiction".

Vous souhaitez réagir à cet article, nous poser des questions ou nous soumettre une information qui ne vous paraît pas fiable ? N'hésitez pas à nous écrire à l'adresse alaloupe@tf1.fr

Sur le même sujet

Et aussi

Lire et commenter

Alertes

Recevez les alertes infos pour les sujets qui vous intéressent