Anne Pingeot publie les 1 200 lettres que lui a envoyées François Mitterrand pendant 30 ans

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HISTOIRE - Vingt ans après la mort de François Mitterrand, son grand amour Anne Pingeot publie dans "Lettres à Anne" (à paraître le 13 octobre aux éditions Gallimard) les 1 218 lettres que lui a adressées l'ancien président entre 1962 et 1995. "L'Obs" et "Le Figaro" ont publié des extraits de cette correspondance.

Lorsqu’ils se sont rencontrés sur la plage d’Hossegor dans les années 60, François Mitterrand, 46 ans et Anne Pingeot, 19 ans, n’imaginaient sans doute pas que leur amour durerait toujours. À l’époque député de la Nièvre – marié à la fille d’une famille de résistants depuis 1944, Danielle Gouze, et père de deux enfants (un troisième mourra trois mois après sa naissance) – François Mitterrand a déjà une carrière politique bien engagée : le socialiste a déjà été ministre une douzaine de fois entre 1947 et 1957 sous les présidents Vincent Auriol et René Coty.


Le 19 octobre 1962, selon le journaliste Jérôme Garcin de l’Obs, François Mitterrand envoie la première lettre d’une longue correspondance amoureuse et clandestine qui durera trente ans. Au total, il en écrira 1218, chérissant son "Animour" comme il l’a surnomme et usant d’une parfaite maîtrise de la langue française. Amoureux de la littérature, François Mitterrand couche sur le papier son amour, son rapport à la politique, ses frustrations et ses émotions pour une seule femme, celle qu’il aimera jusqu’à son dernier souffle en 1996. 

Oui, je suis heureux par vousFrançois Mitterrand à Anne Pingeot

Car s’il n’a jamais quitté sa femme, la très discrète Anne Pingeot fut l’amour de sa vie, celle grâce à qui, pour la première fois, il "sortit" de lui. "Quand je dis qu'avec vous s'éveillent des sentiments que je n'ai jamais connus (et là, vous avez tendance à mettre ces paroles sous la rubrique du « coquillage ») cet aspect de ma tendresse pour vous justifie mon propos : pour la première fois, je sors de moi. (…) Oui, j'ai grand besoin de vous, mon Anne. Oui, je suis heureux par vous. Et je n'ai plus qu'une volonté : vous donner l'équivalent de ce que je reçois. Servir à mon tour votre vie", lui écrit-il le 13 décembre 1963. 


Le 3 mai 1964, le sénateur écrit à sa douce ô combien son amour lui fait pousser des ailes : "Merci ô mon Anne d'être celle par qui j'atteins le sommet de ma course : jamais plus je ne reviendrai en arrière. Je suis à toi, comme hier, aussi intensément mais par mon âme et non mon corps quand je t'écris ceci : depuis toi je ne puis qu'aller et regarder devant moi". 

J'ai fait connaître ce soir que j'étais candidat à la présidence de la RépubliqueFrançois Mitterrand à Anne Pingeot

Deux mois plus tard, François Mitterrand annonce sa candidature à la présidentielle et se confie à Anne Pingeot sur la pression exercée à son encontre par le Parti socialiste : "Voilà, c'est fait, après de longues méditations, de longues hésitations et maintenant la certitude d'une lourde charge : j'ai fait connaître ce soir, à 6 heures, à l'issue de la conférence de presse du général de Gaulle, que j'étais candidat à la présidence de la République. Les moments d'hier soir et de ce matin ont été intenses, parfois dramatiques. Defferre, Maurice Faure, Mollet, beaucoup d'autres… Le Parti socialiste a fait bloc pour me demander de mener ce combat… Bref j'en suis là. (…) Sais-tu que je pense à toi et que c'est merveilleusement utile qu'il y ait l'amour Anne-François ? Je t'adore Anne et je porte en moi la hâte de tes bras, de tes lèvres, de ta tendresse, de ta paix". 


Dans ces courriers, Mitterrand se met à nu, se dévoile, et porte librement son amour pour Anne Pigeot. Il lui fait part de son désir d’enfant. "Un enfant qui sera (elle)", espère-t-il. Une prière qu’exaucera sa "Nannon Aimée" en lui donnant une petite Mazarine le 18 décembre 1974, à Avignon. Après son élection à la tête du pays le 21 mai 1981, Anne, François et Mazarine forment une petite famille parfaitement clandestine, installée entre Gordes, Souzy-la-Briche et la rue de l’Université, à Paris. Cette correspondance enflammée s’arrête le 22 septembre 1995, trois mois et demi avant sa mort. Selon Jérôme Garcin, "tout laisse à penser ici qu’il envisageait une publication posthume" de ces courriers. C’est chose faite. "Lettres à Anne" sortira le 13 octobre chez Gallimard. Une seule question subsiste : pourquoi aujourd'hui ?

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