Antisémitisme, antisionisme... Une résolution proposée par un député LaREM loin de faire l'unanimité

Antisémitisme, antisionisme... Une résolution proposée par un député LaREM loin de faire l'unanimité
Politique

CONTROVERSE - Une proposition de résolution pour lutter contre de "nouvelles formes" d'antisémitisme est examinée ce mardi dans un climat électrique. Elle suscite des critiques jusque dans la majorité et dans une tribune, 127 "universitaires et intellectuels juifs, d’Israël et d’ailleurs", s’y opposent catégoriquement.

Un collectif de 127 intellectuels juifs appelle les députés à s'opposer à une proposition de résolution initiée par le député LaREM Sylvain Maillard pour lutter contre de "nouvelles formes" d'antisémitisme et examinée ce mardi à l'Assemblée. "Nous, universitaires et intellectuels juifs, d'Israël et d'ailleurs, dont beaucoup de spécialistes de l'antisémitisme et de l'histoire du judaïsme et de l'Holocauste, élevons notre voix contre cette proposition de résolution ", écrit ce collectif dans une tribune au Monde daté de mardi

Sans valeur contraignante, la résolution soumise à l'Assemblée le 3 décembre a été proposée par Sylvain Maillard. Elle devait être examinée en début de soirée mardi au Palais Bourbon, cosignée par une centaine de députés de divers bords, dont environ 80 LaREM. Elle suggère de reprendre la définition de l'antisémitisme de l'Alliance internationale pour la mémoire de l'Holocauste (IHRA), déjà validée par plusieurs pays et appuyée par Emmanuel Macron en février devant le Crif (Conseil représentatif des institutions juives de France). 

Le président avait alors affirmé vouloir élargir la définition de l'antisémitisme à l'antisionisme.

Lire aussi

Melenchon rejette, Le Pen appelle à la méfiance

La résolution est "hautement problématique", affirme le collectif d'intellectuels juifs dans sa tribune. D'abord parce qu'elle "assimile […] l'antisionisme à l'antisémitisme". Or "pour les nombreux juifs se considérant antisionistes, cet amalgame est profondément injurieux", affirme le collectif. "Certains juifs s'opposent au sionisme pour des raisons religieuses, d'autres pour des raisons politiques ou culturelles. De nombreuses victimes de l'Holocauste étaient antisionistes", poursuit-il. 

"Pour les Palestiniens, le sionisme représente la dépossession, le déplacement, l'occupation et les inégalités structurelles […] Ils s'opposent au sionisme non par haine des juifs, mais parce qu'ils vivent le sionisme comme un mouvement politique oppressif."

Voir aussi

La deuxième raison est que la définition de l'antisémitisme de l'IHRA elle-même serait par ailleurs "peu claire et imprécise". Elle est en outre "déjà utilisée pour stigmatiser et réduire au silence les critiques de l'Etat d'Israël, notamment les organisations de défense des droits humains", estime le collectif. "Nous ne pouvons pas considérer cela comme indépendant de l'agenda politique principal du gouvernement israélien visant à enraciner son occupation et son annexion de la Palestine", estiment les signataires qui s'inquiètent de voir "un soutien politique, jusqu'en France". 

Mardi, 24 de députés LaREM ont à leur tour publié une tribune pour s'opposer à la proposition de résolution, refusant de "différencier les actes de haine dont sont victimes nos concitoyens" et appelant à la création d'une mission d'information "au sujet des nouvelles formes de racisme et de discriminations dans notre pays". 

Dans l'opposition, Jean-Luc Mélenchon a d'ores et déjà annoncé sur les réseaux sociaux son refus de voter cette résolution qui, selon lui, "vise à assimiler la critique du sionisme à un acte antisémite" : 

Marine Le Pen a estimé ce mardi sur BFMTV qu'il fallait faire "attention à la rédaction" de la proposition de résolution, parce que la politique d'Israël "doit pouvoir être critiquée". "Il est sûr qu'il y a un certain nombre d'antisémites aujourd'hui qui utilisent l'antisionisme pour planquer leur antisémitisme" mais "il ne faudrait pas que ce texte puisse interdire de critiquer Israël", a déclaré la dirigeante d'extrême droite. 

"L'antisionisme ça veut tout et rien dire." "Ça peut remettre en cause l'existence d'Israël et ça peut aussi contester la politique (...) menée parfois par Israël", a ajouté la présidente du Rassemblement national.

"Mieux décrypter la haine à l'encontre des juifs"

Interrogé sur France Inter ce mardi matin, le délégué interministériel à la lutte contre le racisme, l'antisémitisme et la haine anti-LGBT (Dilcrah), Frédéric Potier, a assuré que "la définition (de l'IHRA) n'interdit pas la critique de la politique de l'Etat d'Israël" mais constitue "un instrument supplémentaire permettant de mieux décrypter la haine à l'encontre des juifs".

Sollicité par LCI, Sylvain Maillard n'avait pas répondu mardi. Le député a décidé de porter cette proposition le jour même où le philosophe Alain Finkielkraut a été pris à partie par des gilets jaunes en marge de leur défilé samedi à Paris. Il avait alors indiqué sur Twitter qu'il allait porter "une initiative forte dans les prochains jours pour que l'antisionisme soit reconnu et puni en France pour ce qu'il est : de l'antisémitisme !"

"Si l'antisionisme était condamnable, on pourrait poursuivre l'insulte sale sioniste [dont a été victime Alain Finkielkraut]. Aujourd'hui, c'est impossible", expliquait-il au "Parisien". L'élu de Paris définit l'antisionisme comme le fait de "nier le droit d'exister d'Israël". 

Sur le même sujet

Et aussi

Lire et commenter