Antisémitisme, Gilets jaunes, Grand débat : ce qu'il faut retenir de l'intervention d'Alain Finkielkraut sur LCI ce dimanche matin

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La colère des Gilets jaunes

INTERVIEW - Au lendemain de sa violente prise à partie par des manifestants en gilets jaunes à Paris, sur fond de propos antisémites, le philosophe Alain Finkielkraut était l'invité de LCI ce dimanche matin. Le philosophe est revenu sur cette agression, contre laquelle il ne portera pas plainte, et s'est exprimé sur le climat social qui règne en France.

"Barre-toi, sale sioniste", "grosse m..... sioniste", "nous sommes le peuple", "la France elle est à nous", "à Tel Aviv"... Les réactions politiques ont été nombreuses après la violente agression verbale dont a été la cible, samedi en marge de la manifestation des Gilets jaunes, le philosophe Alain Finkielkraut. 

Une poignée de manifestants ont pris à partie l'académicien, et il aura fallu l'intervention des forces de l'ordre pour lui permettre de s'extraire de la foule. Le philosophe, qui a dit avoir "ressenti une haine absolue" à cet instant, était l'invité de LCI dimanche matin. Il est revenu sur cette agression et plus généralement sur la montée des actes antisémites en France, à deux jours d'une marche républicaine à Paris. Voici ce qu'il faut retenir de cette interview.

"Je n'ai pas eu le temps d'avoir peur"

"J’avais raccompagné ma belle-mère après un déjeuner", a raconté le philosophe à LCI. "Je voulais rentrer chez moi. Puis je vois cette manifestation, je vais regarder. J’ai été pris à partie de manière très violente par des manifestants qui criaient des choses. J’ai dû malgré moi rebrousser chemin. Si les policiers n’avaient pas fait un cordon, je pense que certains d’entre eux voulaient me casser la gueule. C’était une violence pogromiste."

L'académicien a indiqué que "trois ou quatre Gilets jaunes" sont malgré tout vers lui pour lui tendre un gilet et l'appeler à rejoindre le mouvement. "Un Gilet jaune m'a accompagné pour que j'échappe à mes agresseurs", a-t-il ajouté. "Mais la majorité des gens me vouaient une haine bien antérieure au mouvement, peu importait les positions que j'avais pu prendre" au sujet des Gilets jaunes. 

Alain Finkielkraut explique avoir déjà été pris à partie à deux reprises lors d'une manifestation, en 2014 en marge d'un rassemblement pro-palestinien, et en 2016 lors du mouvement Nuit Debout

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Alain Finkielkraut : "Une haine très antérieure au mouvement des Gilets jaunes"

L'académicien n'envisage pas pour autant de porter plainte contre ceux qui l'ont insulté. "Non, je n’ai pas envie. J’ai envie qu’on sache qui sont ces gens, à quelles mouvances ils appartiennent", a-t-il indiqué, assurant avoir vu parmi ses agresseurs des propos relevant de "la rhétorique islamiste". Une enquête a malgré tout été ouverte par le parquet de Paris. 

Alain Finkielkraut, qui avait soutenu le mouvement des Gilets jaunes au départ, reproche aux figures "originelles" du mouvement de "ne pas désavouer les foules haineuses", sauf quelques uns qui le font "à leurs risques et périls". "Le terrible Maxime Nicolle est apparu à l'antenne avec sa casquette retournée. Il a dit qu'il n'y avait pas eu d'attentat à Strasbourg... Il n'y a eu personne pour dire 'ce type n'a plus rien à faire avec nous'", dénonce-t-il, évoquant également les figures d'Eric Drouet et de Jérôme Rodrigues. 

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Sur les nombreuses réactions de soutien dont il a bénéficié, Alain Finkielkraut s'est notamment déclaré "ému par le témoignage de solidarité de Benjamin Griveaux [le porte-parole du gouvernement, NDLR], mais on ne m'a pas traité de sale juif."  "Le président de la République m'a téléphoné et nous avons longuement échangé au téléphone", a-t-il révélé.

Il a également réagi aux messages adressés par de nombreux responsables politiques, dont la présidente du RN Marine Le Pen. Alain Finkielkraut estime à ce titre "qu'il faut combattre le Rassemblement national", mais "pas au nom de ce qu'il a été [à savoir l'héritage de Jean-Marie Le Pen, NDLR], mais de ce qu'il est : son trumpisme, son poutinisme".

Dans cette montée de l'antisémitisme, le philosophe préfère voir "l'influence du milieu Dieudonné-Alain Soral", qu'il "ne faut pas sous-estimer", et dont "le rêve est d'unifier une France black-blanc-beur contre les juifs". 

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"Des émeutiers rêvent de bavures policières"

S'il reconnaît qu'il y a des violences policières, Alain Finkielkraut estime que "Debout la France, le RN et LFI jettent de l'huile sur le feu". "Celui, hélas, qui va le plus loin dans la dénonciation des violences policières est Jean-Luc Mélenchon", juge-t-il, rappelant le soutien de ce dernier à Eric Drouet. "La peur a changé de camp. Les policiers ont peur, il y a des blessés parmi eux, les manifestants veulent leur faire la peau. En Mai-68, aucun manifestant n’aurait eu l’idée de jeter des boules de pétanque, de l’acide."

"Imaginez ce qu’il se passerait aux Etats-Unis. Les policiers tireraient et seraient mis hors de cause en plaidant la légitime défense. Les policiers français, même dans les cas les plus difficiles, ne recourent pas à leur arme létale." Pour l'académicien, il y a "des émeutiers qui rêvent de bavures policières, pour faire émerger la convergence des luttes". 

"Faudra-t-il un jour interdire les manifestations ? Je pense que oui", affirme Alain Finkielkraut. Avant de nuancer : "Peut-être sommes nous condamnés à avoir cinq, dix ans de manifestations hebdomadaires. Qui n'en peut plus ? Les commerçants, les petits patrons de PME. Les forces vives des Gilets jaunes sont frappées par les Gilets jaunes. Il y a vraiment un problème..."

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Le Grand débat, "une source d'optimisme"

Pour le philosophe, la forte participation des Français au Grand débat est malgré tout "une source d'optimisme". "C'est très émouvant, c'est une démocratie vivante", assure-t-il. 

Et de saluer notamment "les débats avec les maires". Ces derniers "ont fait preuve d'une tenue, d'une dignité, d'une force dans leur argumentation... Il y a de quoi être fier. Les Gilets jaunes sont les avocats involontaires de tout ce qu'ils détestent, à savoir la démocratie représentative".

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