Appels secret-défense et design old school : qu'est-ce que le Teorem, le téléphone conservé par Benalla ?

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Benalla, l'affaire sans fin

TECHNOLOGIE - Prisé des hauts dirigeants français et des militaires, le téléphone Teorem, conçu par Thales et la direction générale de l'armement (DGA), permet de sécuriser toutes ses communications. C'est ce modèle qu'a conservé Alexandre Benalla après son licenciement de l'Élysée, avant de le restituer tardivement.

Avec son clapet, son petit écran et son clavier physique, on le croirait sorti du début des années 2000. Le téléphone Teorem, restitué par Alexandre Benalla le 11 janvier 2018, près de 6 mois après son licenciement de l'Élysée, est pourtant un objet rare et précieux. Selon le directeur de cabinet de l'Elysée, Patrick Strzoda, entendu ce mercredi 16 janvier par la Commission des lois, le mobile a été rendu inutilisable le 4 octobre et n'était plus utilisé depuis le 1er juillet. Une version confirmée par Alexandre Benalla, qui a même assuré aux sénateurs lundi 21 janvier ne pas avoir "connaissance qu'[il l'avait] encore en [sa] possession".

Ultra sécurisé, cet appareil développé par Thales et la direction générale de l'armement, est le seul téléphone permettant de passer des communications sécurisées jusqu'au niveau "secret défense". Il a été retrouvé dans ses affaires à l'étranger. 

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Impossible de connaître toutes les caractéristiques de ce téléphone, qui n'est pas disponible auprès du grand public. En octobre 2013, Le Canard enchaîné livrait malgré tout quelques informations à propos de l'appareil, rapporte BFMTV. L'hebdomadaire indiquait que 14.000 téléphones Teorem avaient été commandé par la DGA pour un prix de 30 millions d'euros, ce qui donne un coût unitaire d'environ 2.100 euros par appareil.

Pour les hautes autorités de l'État et les forces armées

Parmi ces 14.000 exemplaires, 7.000 ont été livrés à l'armée, indique le site de l'armée, qui précise que le Teorem "vise à équiper en téléphones chiffrant les hautes autorités de l'État, les forces armées et différents ministères traitant des informations classifiées de défense". Interrogé mercredi par la Commissions des lois du Sénat dans le cadre de l'affaire Benalla, le directeur de cabinet du Président de la République, Patrick Strzoda, a affirmé que l'Élysée dispose aujourd'hui d'une trentaine de téléphones Teorem, utilisés par l'état-major particulier du chef de l'État, ses aides de camp, ainsi que la cellule diplomatique.

Un autre téléphone est confié à la chefferie de cabinet : c'est celui-ci qu'a reçu Benalla "en raisons de ses missions", qui consistaient notamment à échanger avec le préfet ou avec d'autres hauts-responsables de la sécurité lors des déplacements du Président, a poursuivi Patrick Strzoda. Ce dernier précise que l'appareil d'Alexandre Benalla "n'a plus été utilisé depuis le 1er juillet" et a été neutralisé le 4 octobre, au moment où il a été identifié comme disparu, et qu'aucune conversation chiffrée n'a eu lieu sur le terminal pendant cette période.

Made in France

La fabrication du Teorem serait à 100% française. "Ses algorithmes et composants cryptographiques gouvernementaux sont développés sur le site de la DGA à Bruz, près de Rennes", indique l'armée. Les sous-traitants électroniques tricolores seraient eux aussi français, indiquait Challenges en 2013, en évoquant les entreprises Myriad, Telecom Design, ERCOM, M2M Soft et SERICAD.

L'appareil "cumule les fonctions de téléphone mobile, téléphone fixe, et de modem chiffrant en le connectant à un ordinateur. Il fonctionne sur les réseaux de tous les opérateurs mobiles et sur les réseaux fixes, civils, interministériels et militaires", poursuit l'armée, qui ne tarit pas d'éloge envers son bijou de technologie : "Les performances atteintes par le système Teorem, dans les domaines de la sécurité et des télécommunications, le placent au meilleur niveau mondial. Le correspondant est authentifié grâce à un certificat numérique et le téléphone affiche le niveau de sensibilité de la communication (non protégé, confidentiel défense, secret défense). 

Le Teorem aurait cependant quelques défaut : en plus de ne pas pouvoir installer d'application, il n'aurait même pas de répertoire, selon le Canard enchaîné, qui précise qu'à l'époque où Nicolas Sarkozy l'utilisait en tant que président, l'un de ses assistants "trimballait en permanence avec lui un annuaire papier".

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