Arnaud Montebourg, la goutte d'eau qui fait déborder le Valls

Politique

REMANIEMENT - Arnaud Montebourg a joué ce week-end une partition différente de celle déroulée par son propre gouvernement. Une habitude pour le ministre de l'Economie, jamais avare de sorties détonantes.

Deux ans de présence au gouvernement et puis s'en va ? Pour Manuel Valls, les sorties d'Arnaud Montebourg ce week-end – dans Le Monde puis lors de sa Fête de la rose – ont été celles de trop. Au point que le Premier ministre a présenté dans la foulée, lundi, la démission de son gouvernement au président de la République. Le départ plus que probable d'Arnaud Montebourg vient clore deux années de déclarations tonitruantes, qui l'ont mis à plusieurs reprises en porte-à-faux avec le gouvernement dont il était membre. Retour en six citations sur le parcours gouvernemental du désormais ex-ministre de l'Economie.

 "Le nucléaire est une filière d'avenir", août 2012
Chargé des questions industrielles, Arnaud Montebourg ne néglige pas l'apport de l'énergie nucléaire en matière de croissance et de pouvoir d'achat. Une prise de position qui fait tache, puisque le programme de François Hollande prévoit de diminuer la part du nucléaire dans l'énergie produite en France, de 75 % à 50 %. Ce que le Premier ministre Jean-Marc Ayrault se chargera de rappeler très vite au ministre récalcitrant.

 "Le Trésor n'est pas loyal avec la pensée du gouvernement", septembre 2012
Ce n'est pas la première fois que celui qui est alors ministre du Redressement productif pointe du doigt la direction du Trésor de Bercy, dont il dénonce "l'orientation ultralibérale" . C'est aussi une pique à Pierre Moscovici, à qui il livre une bataille d'influence au sein du ministère de l'Economie. Aussitôt, celui-ci, très attaché à la réduction des déficits, prend la défense du directeur du Trésor, Ramon Fernandez, nommé par ses soins à ce poste.

 "Tu fais chier la terre entière avec ton aéroport de Notre-Dame-des-Landes dont tout le monde se fout", à Jean-Marc Ayrault en décembre 2012
Engagé dans le dossier ArcelorMittal à Florange, où il se pose en militant de la "nationalisation temporaire" du site, Arnaud Montebourg est excédé devant le peu d'empressement du Premier ministre de l'époque à le soutenir. Dans une réunion des plus tendues, il tance vertement Jean-Marc Ayrault pour son obsession autour de l'aéroport de Notre-Dame-des-Landes, objet lui aussi de nombreuses controverses.

EN SAVOIR + >> 10 clés pour comprendre Florange

 "La question de la recherche sur le gaz de schiste est toujours posée", février 2014
Comme pour le nucléaire, le ministre se veut pragmatique. Le gaz de schiste est une manne énergétique, que certains pays se sont empressés d'exploiter. Alors, pourquoi ne pas faire de même , en prenant soin de trouver des techniques d'extraction plus propres ? Ce n'est pas l'avis de l'exécutif, le président de la République ayant martelé le 14 juillet 2012  : "Tant que je serai président, il n'y aura pas d'exploration du gaz de schiste en France."

EN SAVOIR + >> Notre dossier gaz de schiste  

 "Les comptes publics, ça ne crée aucun emploi, ça peut même en détruire", avril 2014
Réduire les déficits publics ? Une question "accessoire", estime déjà Montebourg, tout frais nommé ministre de l'Economie. Une sortie pour le moins remarquée, qui intervient juste après la déroute socialiste aux municipales, dans le cadre d'un voyage diplomatique en Allemagne avec son nouveau confrère de Bercy, Michel Sapin. Lequel, très proche de François Hollande, venait alors de rassurer sur la détermination gouvernementale à tenir ses engagements budgétaires.

 "Les Etats membres n'ont pas les informations suffisantes sur le Traité transatlantique", mai 2014
Revêtant les habits de démondialisateur (qu'il n'a que peu quittés), le troisième homme de la primaire socialiste dénonce dans les colonnes de metronews l'opacité avec laquelle la Commission européenne négocie les termes du traité de libre-échange transatlantique. Un projet soupçonné d'affaiblir les normes sanitaires, sociales et environnementales en cours en Europe et qui inspire une grande prudence à Arnaud Montebourg, là où le président Hollande avait expliqué, en février à Washington : "Nous avons tout à gagner à aller vite. Sinon, il y aura une accumulation de peurs, de menaces, de crispations."

EN SAVOIR + >> Faut-il avoir peur du Traité transatlantique ?

Sur le même sujet

Et aussi

Lire et commenter