Atout sécuritaire de Macron, Darmanin se retrouve au cœur des divisions de la majorité

Atout sécuritaire de Macron, Darmanin se retrouve au cœur des divisions de la majorité

TENSIONS - Omniprésent depuis sa nomination à l'Intérieur, aux commandes sur les chantiers sécuritaires du gouvernement, Gérald Darmanin est désormais bousculé au sein même de la majorité. L'atout d'Emmanuel Macron peut-il se retourner contre lui ?

Après un passage sans encombres aux Comptes publics, où il avait mené tambour battant la réforme de l'impôt à la source, Gérald Darmanin avait pris ses fonctions place Beauvau, en juillet dernier, la fleur au fusil. Le nouveau ministre de l'Intérieur succédait à Christophe Castaner avec une mission prioritaire : pacifier les relations, fortement distendues, entre l'exécutif et les forces de l'ordre, échaudées par les mises en cause sur fond de violences policières. 

Ce fer de lance de l'aile droite du macronisme, accro aux formules chocs, assumant la comparaison avec son ancien mentor Nicolas Sarkozy, s'est montré omniprésent durant l'été, en dépit de deux accusations de violences sexuelles qui ont accompagné sa nomination. Alors que les Français profitaient d'un répit entre deux vagues pandémiques, le premier flic de France occupait le terrain sécuritaire, ponctuant ses nombreux déplacements de tweets, avec une ligne directrice : le soutien systématique aux forces de sécurité. "Quand j'entends les mots 'violences policières', je m'étouffe", avait-il lancé dès juillet, pour fermer le ban sur cette polémique et tourner la page de son prédécesseur. Une page qui vient de se rouvrir malgré lui.

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Rentrée compliquée

Le rôle dévolu pour cette rentrée à Gérald Darmanin ne se cantonnait pas aux prises de position martiales. L'agenda du gouvernement Castex, au-delà des priorités de la crise sanitaire et de la relance économique, comprend une forte dimension sécuritaire, avec plusieurs chantiers devant marquer la dernière partie du quinquennat jusqu'aux échéances électorales de 2022 : lutte contre les trafics, lutte contre le "séparatisme" sous la forme d'un projet de loi "confortant les principes républicains", et renforcement de la protection des forces de l'ordre avec le fameux texte sur la "sécurité globale". Des chantiers chers à Emmanuel Macron, sur lesquels Gérald Darmanin, atout régalien de l'exécutif, est à la manœuvre. 

L'agenda du ministre s'est pourtant grippé depuis la rentrée. Le point mensuel promis depuis octobre, avec sa collègue Marlène Schiappa, sur les statistiques de la délinquance, s'est noyé dans la nouvelle flambée de l'épidémie de Covid-19. 

Puis, une nouvelle vague d'attentats terroristes commis sur le sol français est venue percuter ce calendrier, entraînant le déclenchement du plan Vigipirate "urgence attentat", qui mobilise l'ensemble des forces de sécurité en parallèle du reconfinement du territoire, et des modifications sur le texte relatif au séparatisme.

Contestation dans la majorité

Ce sont surtout les débats autour de la proposition de loi LaREM sur la "sécurité globale" qui ont fait naître, ces dernières semaines, de fortes tensions dans la majorité, et jusqu'au gouvernement, autour du ministre de l'Intérieur. Si ce texte émanait de la majorité LaREM à l'Assemblée nationale, Gérald Darmanin a ardemment défendu son article 24 polémique qui pénalisait l'usage malveillant d'images de policiers. Il avait même plaidé pour le floutage systématique de leurs visages, à l'instar des syndicats de police. Une proposition qui n'a pas été retenue. Face à la polémique, c'est d'ailleurs lui qui avait été chargé, à la demande de Jean Castex, de modifier l'article 24 par des amendements garantissant la liberté de la presse. 

Face à lui, les soutiens vacillent. Si la majorité a nettement voté le texte vendredi dernier, plusieurs députés LaREM, comme Hugues Renson ou Pierre Person, ont demandé et continuent de demander le retrait pur et simple de cet article. Le 20 novembre, dix députés du groupe ont voté contre l'ensemble du texte, et trente se sont abstenus. 

Les images de violences policières sur un producteur de musique parisien, diffusées jeudi 26 novembre, ont encore aggravé les tensions entre l'aile droite et les progressistes du mouvement présidentiel. Alors que Gérald Darmanin a apporté un soutien continu au préfet de police Didier Lallement, plusieurs macronistes historiques ont fait entendre une voix fortement dissonante. À commencer par le prédécesseur à la place Beauvau, Christophe Castaner, qui a dénoncé vivement ces violences. Une petite revanche pour celui qui avait été mis en cause quand, ministre, il avait plaidé pour la suspension systématique des policiers ayant tenu des propos racistes. Un autre proche d'Emmanuel Macron, l'eurodéputé Stéphane Séjourné, a adressé un signal indirect à Gérald Darmanin, affirmant jeudi qu'il était "temps que le préfet de police fasse en sorte que ceux qui font respecter la loi la respectent eux-mêmes"

Toutes ces polémiques ne pouvaient pas plus mal tomber pour l'exécutif, alors que Gérald Darmanin doit porter prochainement au Parlement le projet de loi, cher à Emmanuel Macron, relatif aux "principes républicains". Sur fond de crise ouverte entre l'exécutif et la majorité parlementaire autour de la loi sécurité, massivement contesté dans la rue le 28 novembre, le ministre de l'Intérieur va devoir éteindre lui-même l'incendie. Jeudi, Emmanuel Macron lui a demandé "d'agir vite" dans l'affaire des violences à Paris. Gérald Darmanin devra aller s'expliquer sur cette affaire, lundi 30 novembre, devant la commission des lois de l'Assemblée nationale.

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