Attaques contre Nicolas Sarkozy : les accusations de Patrick Buisson laissent de nombreuses zones d'ombre

Attaques contre Nicolas Sarkozy : les accusations de Patrick Buisson laissent de nombreuses zones d'ombre
Politique

INCERTITUDES - Certaines accusations de l'ancien conseiller de Nicolas Sarkozy contenues dans un ouvrage à paraître jeudi incitent à la prudence. Des "émeutes" de 2006 à l'opération séduction auprès du FN, des preuves restent à apporter.

Les lieutenants de Nicolas Sarkozy ont beau minimiser, et une partie de la droite clouer au pilori les méthodes de l'ancien conseiller de Nicolas Sarkozy, le mal est fait. Les accusations portées par Patrick Buisson, mis en examen dans l'affaire des sondages de l'Elysée, dans son ouvrage à paraître jeudi, ont d'ores et déjà causé beaucoup de tort à la mécanique bien rodée de la campagne de l'ex-Président pour la primaire à droite. 

Mercredi soir, au JT de France 2, Patrick Buisson a réitéré ses accusations à l'égard de celui dont il a conduit la campagne en 2012, sans pour autant lever les doutes sur la véracité des propos rapportés dans La Cause du peuple. L'historien et ex-conseiller s'en est pris à Nicolas Sarkozy, "frère jumeau de François Hollande, deux présidents 'selfie' qui ont transformé leur pouvoir en exercice de développement personnel". Il a à nouveau présenté son ancien allié politique comme une girouette, "toujours à la recherche du logiciel" qui permettra de séduire son électorat. Mais les éléments les plus polémiques de son livre ont été évités. Pour l'heure, la prudence s'impose. 

Lire aussi

    Les émeutes des manifs anti-CPE

    Dans son livre, dont L'Express a publié les bonnes feuilles, Patrick Buisson assure notamment que lors d'une manifestation anti-CPE, le 26 mars 2006, Nicolas Sarkozy, alors ministre de l'Intérieur, avait volontairement laissé une émeute éclater à Paris pour gêner son rival, Dominique de Villepin, alors Premier ministre. "Nous avions pris la décision de laisser les bandes de blacks et de beurs agresser les jeunes blancs aux Invalides, tout en informant les photographes de Paris-Match de la probabilité de sérieux incidents", assure l'historien. Et de prêter ces propos cyniques à Nicolas Sarkozy : "Nous avions tremblé à l'idée qu'il puisse y avoir un blessé grave. Mais, au fond, ça valait la peine d'endurer pendant une demi-journée les sarcasmes des médias".

    Sur France 2, mercredi soir, Patrick Buisson a précisé qu'il n'avait pas enregistré ces propos, mais qu'il les rapportait "fidèlement". 

    Je n'ai pas eu besoin d'enregistrer, ces propos sont suffisamment frappants pour rester gravés dans la mémoire- Patrick Buisson

    Parole contre parole, donc. Pour Patrick Buisson, Nicolas Sarkozy aurait parlé de cet épisode "à tout le monde, c'était son fait d'arme". Pour Brice Hortefeux, il s'agit "d'accusations invérifiables". Après la publication de ces révélations, l'hebdomadaire Paris-Match a vivement contesté avoir jamais été contacté lors de cette manifestation. 

    Seul témoignage à l'appui de l'ex-conseiller, un ancien chef de section des CRS qui était présent lors de la fameuse manifestation. Ce dernier s'étonne rétrospectivement de la progression "trop lente" des forces de l'ordre. "J’étais présent", dit-il, "en mesure d’interpeller des casseurs, je les avais identifiés, et on ne m’a jamais donné l’ordre, avec ma section, d’intervenir. C’est ça que j’ai vécu". 

    Les parrainages de Jean-Marie Le Pen

    Toujours selon Patrick Buisson, Nicolas Sarkozy, qui aurait estimé avoir "des valeurs communes" avec le FN, a prêté main forte à Jean-Marie Le Pen alors que ce dernier peinait à recueillir les 500 parrainages pour se présenter à la présidentielle de 2007. Nicolas Sarkozy, lui-même en campagne, aurait fait demander à Alain Marleix, l'ex-monsieur élections de l'UMP, de "faire remonter une cinquantaine de signatures d'élus au candidat Le Pen et à lui seul". Jean-Marie Le Pen a fini par recueillir 554 parrainages. 

    Aucun des acteurs de l'époque ne s'est exprimé pour l'heure sur le sujet. Cela dit, la question des parrainages de Jean-Marie Le Pen avait été mise sur la place publique à l'époque, et pas seulement par Nicolas Sarkozy. Brice Hortefeux, en février 2007, avait assuré que "parrainer n'est pas soutenir", justifiant ainsi que des élus locaux apportent leur signature au candidat du Front national au nom du principe démocratique. Le même Brice Hortefeux s'était d'ailleurs déclaré favorable à une réforme des parrainages afin de permettre à tous les Français, par voie de pétition, d'être représentés par leur candidat, en l'occurrence le FN. 

    Lire aussi

      L'échange avec Jean-Marie Le Pen

      Plus gênante pour Nicolas Sarkozy, la séquence où Patrick Buisson relate un échange avec Jean-Marie Le Pen entre les deux tours de la présidentielle de 2007, afin de convaincre ce dernier d'appeler à voter pour lui au second tour. Nicolas Sarkozy aurait envoyé son conseiller en visite auprès du leader du Front national. "Demande lui ce qu'il veut. Faut-il que je le reçoive ?" Interrogé sur cet épisode, Jean-Marie Le Pen à assuré à BFMTV que, "sincèrement", il ne se souvenait pas de cette visite. 

      Mais en 2014, Marine Le Pen avait confirmé une rencontre avec Patrick Buisson, y voyant le souhait de Nicolas Sarkozy de "prendre la température" du FN à quelques jours du second tour de 2007.  Seule certitude : le 1er mai 2007, Jean-Marie Le Pen avait fini par appeler à une "abstention massive" au second tour.

      Lire aussi

        En vidéo

        Comment le livre à charge de Patrick Buisson pèse sur la campagne de Nicolas Sarkozy

        Sur le même sujet

        Et aussi

        Lire et commenter

        Alertes

        Recevez les alertes infos pour les sujets qui vous intéressent