De "l'horreur" à la "résilience" : le maire du 11e raconte son 13 novembre et son année à "panser les plaies"

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Les attentats du 13 novembre, trois ans après

INTERVIEW - Le 13 novembre 2015, le 11e arrondissement de Paris a été frappé à quatre endroits par les terroristes. Son maire PS François Vauglin, élu en 2014, a dû gérer une situation à laquelle il n'était pas préparé. Un an après, il répond aux questions de LCI et tire le bilan de cette année "écoulée à panser les plaies".

François Vauglin avait déjà vécu les attentats de janvier 2015. Les locaux de Charlie Hebdo, pris pour cible par les frères Kouachi, étaient situés dans son 11e arrondissement de Paris. Le 13 novembre 2015, le cauchemar a recommencé, peut-être en pire. Sur le parcours des terroristes, trois bars du 11e - La Bonne Bière, le Comptoir Voltaire et La Belle Equipe - et une salle de spectacle - le Bataclan - sont attaqués. François Vauglin n'a pas d'autre choix que de gérer la situation du mieux qu'il peut. Un an après les faits et avant les commémorations qui auront lieu dimanche, il revient pour LCI sur les événements et sur l'année difficile qui a suivi. 

LCI : Où étiez-vous au moment des attaques, ce 13 novembre ? Comment avez-vous appris ce qu’il se passait dans votre arrondissement ?

François Vauglin : J’étais chez moi, en train de dîner, lorsque j’ai reçu le coup de fil de l’un de mes adjoints qui habite au-dessus de la Belle Equipe. Il m'a dit qu’il avait entendu des coups de feu dans la rue, que les gens criaient et que ce qu'il se passait avait l’air très grave. A ce moment-là, je ne savais pas quoi faire… J'ai contacté le commissaire de l’arrondissement qui m’a empêché de me rendre sur place, alors j'ai décidé de me rendre au commissariat.

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LCI : Ensuite, quel a été le déroulé de votre nuit ?

François Vauglin : Depuis le commissariat du 11e, j’ai pu observer toutes les opérations en cours sur les écrans retransmettant les images des caméras de vidéosurveillance. J’entendais aussi les policiers en intervention qui communiquaient entre eux avec leurs micros. J’avais le son et l’image. J’ai eu une vision assez claire de ce qu’il s’est passé. Je me souviens aussi du tableau que les policiers actualisaient au fur et à mesure. Le bilan humain s’alourdissait de minute en minute. Je suis resté une heure et demie au commissariat. Puis au moment de l’assaut du Bataclan, on s’est rendu compte que les personnes rescapées, en état de choc, devaient être prises en charge. Alors j’ai décidé d’ouvrir la mairie et d’y mettre en place des cellules de crise psychologiques. Vers une heure du matin, déjà 300 personnes, des médecins, des infirmiers, des psychologues, des bénévoles, étaient sur place. La mairie s’était transformée en ruche prête à accueillir ceux qui avaient vécu l’horreur, notamment les personnes convoyées par bus depuis le Bataclan. La mairie est restée ouverte toute la nuit. J’en suis parti à 6 heures du matin. Le lendemain, la vie a repris et des mariages ont été célébrés… Pendant un mois et demi, les services de la mairie ont coexisté avec un hôpital de jour, où plus de 1500 personnes ont été prises en charge.

"Les habitants ont envie de vivre plus intensément"François Vauglin

LCI : Depuis ces événements, avez-vous senti que votre arrondissement avait changé ? Les habitants vivent-ils différemment ?

François Vauglin : Les choses ont forcément changées, en particulier la perception de notre environnement. En bien comme en mal. Le regard des gens a aussi évolué sur les forces de l’ordre, maintenant vues comme des personnes qui s’engagent pour nous protéger. Même s’il existe un sentiment plus aigu de vulnérabilité, l’envie de vivre des habitants a toujours été forte. Quand je discute avec eux, beaucoup me disent que cela leur a donné envie de vivre plus intensément. Le sentiment d’appartenir à un arrondissement qui fait de la diversité et de l’accueil ses valeurs fondamentales, cela renforce l’envie de vivre-ensemble. D’autant plus que ce sont ces valeurs et cette façon de vivre qui ont été visées par les terroristes. Cela exacerbe le plaisir qu’on prend aux choses quotidiennes, banales.

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LCI : Des mesures particulières, notamment en matière de sécurité, ont-elles été prises depuis le 13 novembre 2015 ?

François Vauglin : Oui, elles ont été rythmées par les mesures prises par la mairie de Paris. Par exemple dans le 11e, nous avons fait des travaux dans toutes les écoles pour renforcer leur sécurité. Nous avons mis des grilles devant les portes de service qui donnaient sur l’extérieur, occulté toutes les baies vitrées à travers lesquelles on apercevait les enfants. Il fallait en faire des lieux moins vulnérables. Nous avons aussi pris des mesures pour améliorer la résilience des quartiers et redynamiser les commerces. Nous avons distribué des aides financières, organisé des fêtes autour des lieux attaqués comme La bonne bière, La belle équipe et Le Bataclan. Nous avons passé toute l’année à panser les plaies avec les blessés et les commerçants.

"Il faut inscrire dans le paysage parisien la mémoire de ces attentats"François Vauglin

LCI : Comment appréhendez-vous les cérémonies d’hommage qui auront lieu ce dimanche, un an après ?

François Vauglin : Elles sont nécessaires pour aller de l’avant. L’année a été marquée par le deuil. La pose de plaques va permettre d’inscrire dans le paysage parisien la mémoire de ces attentats. Au choc et au deuil va succéder la mémoire, la transmission, la lutte contre l’oubli. Il faut inscrire cela dans le patrimoine de la ville.

En vidéo

Vidéo. Un an après les attentats du 13 novembre, le Bataclan rouvrira avec un concert de Sting

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