Au FN, on lutte contre les journalistes "hostiles"

Politique

POLITIQUE - Une journaliste de Mediapart affirme s'être vu refuser samedi après-midi l'accès à l'université d'été du Front national de la jeunesse (FNJ) à Fréjus (Var). Une pratique qui n'est pas nouvelle dans un parti n'hésitant pas à attaquer la presse.

"Journalistes refoulés, chercheurs ostracisés : le #FN a toujours autant de mal avec la démocratie". La journaliste de Mediapart Marine Turchi n'en revient toujours pas : à ses confrères et sur son compte Twitter , elle raconte sa journée quelque peu mouvementée de samedi, à l'université d'été du Front national de la Jeunesse. "Je me suis fait éjecter au retour de la pause déjeuner. Le service de presse 'a reçu des consignes en début d'après-midi de la direction'. Ils m'ont sortie en me demandant de rendre mon autocollant presse, ils m'ont suivie pour le reprendre jusque sur la route", a ainsi rapporté la journaliste, qui avait pourtant pu assister à la session matinale.

En riposte, plusieurs journalistes, dont ceux de l'AFP, du Monde, du Canard enchaîné, de L'Opinion, de L'Humanité et de RFI, ont décidé de ne pas couvrir la fin de cette journée, au cours de laquelle le trésorier du parti, Wallerand de St-Just, et l'un des vice-présidents, Florian Philippot, se sont exprimés.

France Inter = "Radio Bolcho"

Du côté de la direction du FN, on assume le geste : le patron des jeunes du parti, Julien Rochedy, a ainsi déclaré que le problème n'était pas l'éjection de Marine Turchi mais plutôt l'autorisation d'entrer qui lui avait été donnée le matin. "Mediapart ne rentre pas dans les manifs du Front depuis très longtemps, depuis que Mediapart a boycotté le FN à la présidentielle", a-t-il expliqué, évoquant "un petit problème de coordination et d'organisation" cette fois-là. "C'est déjà bien qu'elle ait pu venir ce matin", a de son côté ironisé le maire de Fréjus, David Rachline. "Je ne lis jamais ses articles mais il paraît qu'ils sont (...) systématiquement hostiles. Mais on ne laisse pas entrer quelqu'un le matin pour le refuser l'après-midi, c'est incompréhensible. La refuser n'était pas nécessaire, nous n'avons rien à cacher", a de son côté affirmé à l'AFP un autre responsable FN.

Rien à cacher, vraiment ? Le parti n'en est pourtant pas à son coup d'essai. Journalistes du Monde, de l'Express, du Petit Journal de Canal +... Depuis plusieurs années, le Front National n'hésite plus à faire "son marché" parmi les médias et à ouvertement attaquer certains journalistes. France Inter ? "Radio Bolcho", selon Marine Le Pen. En mai dernier, Le Point révélait des propos attribués à Philippe Martel, chef de cabinet de la présidente du FN, qui selon l'hebdomadaire ficherait des journalistes : "On va vous rentrer dans le lard. Tous ces connards de journalistes institutionnels. De toute façon, les Français vous détestent. Notre plan média, c'est de vous attaquer à mort. La presse nous est défavorable, pourquoi continuer à collaborer avec elle ?" Des propos que le principal intéressé a réfuté.

Mais le 11 mai dernier, force était de constater que Marine Le Pen avait bien l'intention d'en découdre avec certains journalistes. Sur le plateau de BFM TV, la présidente du FN "bousculait" la journaliste politique Apolline de Malherbe, rappelant en direct ses études à Sciences Po et son passé chevènementiste.

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