"Au revoir" : la petite histoire de la séquence d'adieu devenue culte de Valéry Giscard d'Estaing

"Au revoir" : la petite histoire de la séquence d'adieu devenue culte de Valéry Giscard d'Estaing

ARCHIVES - Le 19 mai 1981, Valéry Giscard d'Estaing s'éclipsait symboliquement de son bureau de l'Élysée après un "au revoir" théâtral aux Français. Une séquence qui a marqué des générations, bien au-delà de son septennat, sur laquelle l'ancien président s'est expliqué des années plus tard.

"Au revoir". Le mercredi 2 décembre, l'ancien président de la République Valéry Giscard d'Estaing est décédé "des suites du Covid-19" "entouré de sa famille" dans sa propriété d'Authon dans le Loir-et-Cher. L'ancien chef de l'État avait été hospitalisé à plusieurs reprises ces derniers mois pour des problèmes cardiaques. 

Suite à sa prise de fonction en 1974, Valéry Giscard d'Estaing entreprend de transformer la société française avec des réformes sociétales comme la légalisation de l'IVG ou l'abaissement de la majorité à 18 ans. Après des débuts prometteurs, la crise économique, s'accompagnant de la fin des Trente Glorieuses, et les affaires judiciaires ont eu raison de ses chances d'obtenir un second septennat. Après sa défaite en 1981 face à François Mitterrand, "VGE" s'adresse à la Nation pour lui dire un dernier "au revoir". Retour sur l'un des moments d'histoire politique les plus connus du pays.

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Des dizaines d'années d'après, la formule, reprise à des multiples reprises dans les émissions de télévision et de radio, a survolé les générations. Le célèbre "au revoir" de Valéry Giscard d'Estaing, moment tragi-comique de la Ve République, a traversé le temps. 

De ce discours d'adieu aux Français, le 19 mai 1981, de l'ancien président, l'histoire n'a retenu que les dernières secondes. Celles où le chef de l'État, assis derrière un austère bureau surmonté d'un simple pot de fleur, face caméra, prononce son "au revoir" solennel après une (longue) poignée de secondes de silence. Puis se lève lentement, tourne les talons, traverse la pièce et la quitte par la gauche, tandis que retentit, bien tardivement, la Marseillaise, dans une pièce curieusement vide, à l'image de ce pouvoir devenu temporairement vacant. 

"Une minute de fauteuil vide et de salle déserte sur fond de Marseillaise ! Curieux usage de l'hymne national", commentera, perplexe, Le Monde, au lendemain de l'allocution. "Une minute de grand spectacle. Une minute d'un spectacle mis en scène d'une manière si affectée que, rétroactivement, il obère le sens de ce qui a précédé et conduit à réviser le jugement porté sur l'allocution tout entière." 

Un moment scénarisé par VGE lui-même

Ce moment raté de télévision a rapidement été tourné en dérision, au point de devenir le "running gag" à la française que l'on connaît aujourd'hui. Giscard, grand amateur de communication politique - on se rappelle de ses dîners, déjà moqués, auprès des familles françaises durant son septennat -, avait manifestement raté sa cible. Battu neuf jours plus tôt par le candidat socialiste François Mitterrand avec près d'un million de voix d'écart, "VGE" devait se préparer à la passation officielle de pouvoir, le 21 mai 1981, à l'occasion de laquelle il transmettrait définitivement les clés de l'Élysée à son successeur. 

La veille, le président sortant avait convié ses plus proches collaborateurs pour un ultime dîner. Ce mardi 19 mai, il avait fait ses adieux au personnel de l'Élysée, réuni dans la salle des fêtes à 18 heures. Il prévoyait, le lendemain, d'aller déposer une gerbe sous l'Arc de Triomphe puis de passer en revue, une dernière fois, la Garde républicaine. C'est dans cette scénographie présidentielle que Valéry Giscard d'Estaing a entrepris d'intercaler, ce mardi 19 mai à 20 heures, son "message de départ aux Français" sous la forme d'une allocution retransmise en direct sur TF1 et sur Antenne 2. 

Une allocution dont il n'avait soufflé mot qu'à un cercle très restreint de proches, et qu'il a scénographiée lui-même. "Il me fallait dire adieu aux Français", confiait-il à L'Express, en 2006. "Or, en France, on ne dit pas adieu, c'est trop dramatique, on dit au revoir. Après avoir prononcé mon message, pour visualiser ce départ, j'ai demandé au cameraman de filmer ma sortie. Je n'avais pas réalisé que la porte était si loin, ce qui m'a obligé à tourner le dos longtemps aux téléspectateurs, moi qui avais regardé la France au fond des yeux..."

Défendre un bilan et préparer l'avenir

Si les Français n'ont retenu que le départ raté, la salle vide et la Marseillaise, ce moment avait été précédé d'une dizaine de minutes de discours, plus sobre, qu'il encore possible de relire. Un message où le chef de l'État défendait tout simplement son septennat. "Pendant ces sept ans, j'avais un rêve : que la France devienne une nation forte et paisible, fraternelle pour tous les siens, et traitant d'égal à égal avec les grands dirigeants du monde", assurait-il. "Pendant sept ans, la France a vécu en paix, sans souffrir de secousses intérieures graves, ni politiques, ni sociales." 

Appelant à "oublier les blessures du combat politique", le président sortant préparait aussi l'avenir. "Je resterai attentif à tout ce qui concerne l'intérêt de la France. Tourné vers l'avenir et fort de l'expérience acquise, je ferai en sorte de me tenir à la disposition de mon pays", assurait celui qui croyait alors en ses chances de revenir dans la bataille présidentielle. 

S'ensuit l'ultime séquence, dramatisée à outrance, et quasi contradictoire avec l'idée d'un retour, qui est passée à la postérité. "Dans ces temps difficiles, où le mal rôde et frappe dans le monde, je souhaite que la providence veille sur la France, pour son bonheur, pour son bien et pour sa grandeur. Au revoir..."

"En ai-je trop fait ?"

Dans le tome 3 de ses mémoires, Le pouvoir et la vie (2006), l'ancien président est revenu sur la fameuse séquence des adieux, avec un semblant de mea culpa : "En ai-je trop fait dans ce mot de la fin ? Sûrement ni le décor ni le texte qui n'avaient rien de mélodramatiques ! Peut-être le court ballet de la fin me sera-t-il reproché ? Peut-être aura-t-il causé de la peine à certains de ceux qui m'ont regardé ? Peut-être n'aurais-je pas dû leur tourner le dos après les avoir regardés dans les yeux en 1974 ?"

Dans le mois qui suivra son départ, il se rendra dans un monastère au nord de la Grèce, en quête de spiritualité afin de digérer cette si difficile défaite, selon un récit du Monde. Il se rendra ensuite, avec sa famille, au Canada, pour s'isoler pendant six semaines dans un ranch. Malgré tout, il n'aura de cesse de penser à sa revanche au cours des années suivantes.

Las, les Français ne rappelleront jamais Giscard aux affaires. Jacques Chirac prendra Matignon en 1986, puis succédera à François Mitterrand en 1995. Redevenu un élu local, VGE devra se résoudre à s'offrir un autre destin, tourné vers l'Europe, jusqu'à sa retraite politique à la moitié des années 2000. 

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Ses deux successeurs ont, eux aussi, prononcé des allocutions en formes d'adieu. Mais de vrais adieux, puisqu'il était acquis qu'ils ne se représenteraient plus jamais au suffrage universel, et qui sont passés comme tels à la postérité. "Je crois aux forces de l'esprit et je ne vous quitterai pas", promettait François Mitterrand aux Français lors de ses vœux en 1995. "Servir la France, servir la paix, c'est l'engagement de toute ma vie", lançait Chirac, à son tour, en 2007. Concluant : "Cette France que j'aime autant que je vous aime."

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