Au Sénat ou à l'Assemblée, cet argent que les groupes politiques gèrent en toute opacité

Politique
DirectLCI
PARLEMENTAIRES – En plus de l'affaire Bygmalion, un autre scandale vise l'UMP et ses sénateurs. Une trentaine d'entre eux sont accusés d'avoir détourné 400.000 euros de la dotation publique attribué à leur groupe politique. Metronews revient sur l'absence totale de contrôle de cet argent distribué aux parlementaires.

En plus de l'affaire Bygmalion , un autre scandale vise l'UMP et plus précisément les sénateurs du parti, accusés d'avoir détourné 400.000 euros . Une enquête préliminaire a en effet révélé des faits potentiels de détournements de fonds public, d'abus de confiance et de blanchiment au Sénat. Par l'intermédiaire de deux associations, l'Union Républicaine du Sénat (URS), et le Cercle de réflexion et d'études sur les problèmes internationaux (Crespi), une trentaine de sénateurs aurait perçu des dizaines de milliers d'euros en chèques et en liquide, versé par la questure du Sénat. Une affaire qui met en lumière l'absence de tout contrôle sur cette cagnotte parlementaire.

Chaque groupe politique, du Sénat ou de l'Assemblée nationale, possède une double cagnotte. Tout d'abord la réserve parlementaire, à la disposition des élus, et qui est de plus en plus transparente depuis la publication de sa répartition. Et la cagnotte destinée à la "vie courante" des groupes politiques, qui elle, échappe à toute traçabilité. Après les révélations du Parisien sur le détournement présumé de l'argent du groupe UMP au Sénat, l'institution elle-même a tenu à le reconnaître. "Le Conseil de Questure rappelle que les groupes politiques, qui sont l’expression parlementaire du pluralisme et dont l’existence est consacrée par l’article 5 du Règlement du Sénat, s’administrent librement, conformément au principe posé par l’article 4 de la Constitution", a ainsi déclaré le Sénat à metronews.

"Il y a des zones de non droit, celle-ci en est une"

Par exemple, la Chambre haute a contribué financièrement au fonctionnement des groupes politiques en leur allouant une subvention annuelle de 10,4 millions d’euros en 2013 . Le but officiel de cet argent : permettre aux groupes de rémunérer leurs collaborateurs. Contacté par metronews, le trésorier du groupe EELV au Sénat détaille l'utilisation de son argent. "Nous avons reçu environ 450.000 euros parce que nous sommes un petit groupe d'une dizaine d'élus. Sur cette somme, 85% sont attribués aux salaires et le reste aux journées parlementaires", explique le sénateur écolo Jean Desessard. De leur côté , l'UMP au Sénat a perçu 3.690.000 euros en 2013 et le PS 3.781.000 euros.

Mais cet argent est-il contrôlé ? "Deux commissaires aux comptes entendent les conclusions d'un expert-comptable, mais le contrôle ne se fait qu'entre nous au sein du groupe", concède le trésorier d'EELV. Et d'ajouter : "C'est vrai qu'on ne s'est jamais posé la question avant cette affaire UMP". En cas de problèmes sur la gestion des finances d'un groupe, la seule autorité qui peut en être informée est le président du groupe politique concerné. Ni la Cour des comptes, ni même le président du Sénat ou de l'Assemblée ne sont tenus au courant des expertises.

En clair, les parlementaires peuvent utiliser cet argent public comme ils le souhaitent. "Je peux aller voir les filles avec ou aller au bistrot", plaisante ainsi un sénateur interrogé par Public Sénat . Un autre membre, cette fois-ci de l'Assemblée et contacté par metronews, se montre conscient de ces dérives : "Il y a des zones de non-droit, celle-ci en est une. Grâce à la constitution qui protège l'indépendance des groupes, les parlementaires font ce qu'ils veulent. Et le pire c'est que tout ça est légal", confie-t-il. Pas sûr que la justice saisie dans cette affaire ne trouve rien à redire.

Lire aussi >> Gérard Longuet reconnaît avoir déjà "reçu un chèque"

Sur le même sujet

Plus d'articles

Lire et commenter