Aurélien Taché (LaREM) ne votera pas la loi "anti-casseurs" : "Si Marine Le Pen arrive au pouvoir..."

Politique

EXPLICATIONS - Le député LaREM, qui a annoncé ce dimanche qu'il ne voterait pas "en l'état" le texte censé répondre aux violences lors des manifestations des Gilets jaunes, s'en est expliqué ce lundi sur LCI. Évoquant une "forme de signal", il craint que ce dernier ne conduise à "des dérives".

Un frondeur ? "Certainement pas", répond l'intéressé. Après avoir annoncé la veille qu'il ne votera pas en l'état pas la loi anti-casseurs,  le député LaREM Aurélien Taché est revenu sur les différents points qu'il l'ont conduit à cette décision, ce lundi sur LCI. Le texte censé répondre aux violences lors des manifestations des Gilets jaunes "pose encore un certain nombre de questions qui, à mon avis, sur le plan des libertés individuelles ne sont pas neutres", a--t-il expliqué. Or "dans l'ADN de LaREM il y a la conviction qu il faut défendre les libertés individuelles, il faut défendre un maximum de libertés pour chaque Français et donc non je ne voterai cette loi en l'état."

Représentant de l'aile gauche de la majorité, Aurélien Taché critique surtout l'article 2 du texte, qui permet aux préfets de prononcer des interdictions de manifester à l'encontre d'individus représentant "une menace d'une particulière gravité pour l'ordre public", sous peine de six mois d'emprisonnement et 7500 euros d'amende en cas d'infraction. "Qu'est ce qui interdira demain à un pouvoir peu soucieux des libertés de demander à ses préfets d'interdire aux gens qui soutiennent Emmanuel macron, la gauche ou d'autres de manifester", s'interroge-t-il. Et d'illustrer : "Si Marine Le Pen arrive au pouvoir, avec une loi comme celle-là, elle peut très facilement, en se passant d'un juge indépendant, donner des consignes strictes aux représentants du gouvernement de prendre des interdictions de manifester assez larges".

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"Personne ne m'a passé de savon"

"Dans une grande démocratie, la liberté est la règle, sa restriction l'exception", a-t-il en outre rappelé, précisant que la restriction "intervient a posteriori par la décision d'un juge" et qu'elle "ne peut pas devenir le principe".  Selon l'élu du Val-d'Oise "le texte en soi n'est évidemment pas ultra liberticide" mais  "on met le doigt sur quelque chose qui pourrait conduire à des dérives". Il a en outre rappelé avoir "déposé un certain nombre d'amendements sur ce texte pour que la justice soit mise dans le circuit de décision de l'interdiction de manifester : ils n'ont pas été retenu en première lecture".

Si l'élu caresse l'espoir que le texte évolue en deuxième lecture, il a réitéré sa décision "en attendant" : "Je pense que je m'abstiendrai sur le texte, c'est pour moi une forme de signal (...) une forme d'avertissement en disant : 'Attention chers collègues, même s'il y a une menace avec parfois des individus violents dans les manifestations, on doit pouvoir les réprimer autrement'."

 

Ajoutant qu'"on a aussi la possibilité quand même d'exprimer des sensibilités", Aurélien Taché a assuré pour finir : "personne ne m'a passé de savon, ni le Président, ni mon président de groupe, ni personne". L'article 2 de la loi "anti-caseurs" doit faire l'objet d'un vote des députés ce mardi, avant d'être examiné par le Sénat.

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