"Avenir lycéen" : tollé après des révélations sur un syndicat "pro-Blanquer"

"Avenir lycéen" : tollé après des révélations sur un syndicat "pro-Blanquer"

MANIPULATION ? - Selon de nombreux témoignages recueillis par Libération, le syndicat lycéen "Avenir lycéen" était directement téléguidé par le ministère de l'Education nationale. Des députés réclament une commission d'enquête parlementaire. Les autres organisations lycéennes dénoncent, elles, une "propagande d'Etat".

Quels liens entretiennent le ministère de l'Education nationale et le syndicat "Avenir lycéen" ? Cette association créée en 2018 avait-elle pour but de torpiller la contestation lycéenne contre, notamment, la réforme du bac ? Pourquoi cette dernière a-t-elle reçu 65.000 euros de subventions en 2019 et devait en recevoir 30.000 de plus en 2020 ? C'est ce que veulent savoir des députés et les organisations lycéennes. 

Dans une enquête publiée ce samedi 21 novembre, Libération assure - témoignages à l'appui - que cette structure créée en 2018, "a germé Rue de Grenelle, dans l’entourage proche de Jean-Michel Blanquer, pour servir la communication du ministre, et surtout rompre tout dialogue avec les syndicats lycéens" opposés à ses réformes, notamment celle du bac. L'article affirme que le numéro 2 du ministère à l'époque, Jean-Marc Huart, était lié aux responsables d'"Avenir lycéen" et que des rectorats participaient à l'écriture de communiqués du syndicat, systématiquement favorables aux réformes du ministère. 

Une "entreprise politique afin de servir les intérêts du ministre"

Aussi ce samedi, de nombreuses organisations syndicales ont accusé directement le ministre de l'Education nationale. La Fidl a dénoncé un "dévoiement total de la cause syndicale et une insulte faite aux jeunes dont le ministère aurait organisé l’étouffement de la parole face à des réformes du bac et du lycée catastrophiques" et exhorté Jean-Michel Blanquer à saisir la justice pour qu'une enquête judiciaire soit ouverte. Le syndicat MNL voit lui dans "Avenir lycéen", "une entreprise politique n’ayant pas hésité à manipuler certains de nos jeunes camarades lycéens (...) afin de servir les intérêts du ministre".

L'UNL accuse le ministre de "corruption de mineurs au profit des buts politiques". "Le ministre Blanquer et les autres fonctionnaires impliqués dans cette affaire ont largement outrepassé leurs fonctions. Quand on est ministre, on ne doit pas manipuler les élus de la démocratie lycéenne pour son profit personnel", dénonce son président Mathieu Devlaminck. 

"Pour SUD éducation, cette politique clientéliste et d’instrumentalisation des lycéen-ne-s, menée avec de l’argent public à des fins politiques est un scandale", écrit cet autre syndicat dans un communiqué, qui réfléchit au "dépôt d’une plainte pénale pour détournement de fonds publics et négligence d’une personne dépositaire de l’autorité publique".

Un "coupable mélange des genres" pour un syndicat enseignant

L'article a également fait réagir le syndicat enseignant Snes-FSU, première organisation du secondaire, qui a appelé à faire toute la lumière sur ce "coupable mélange des genres" afin d'établir si l'administration avait agi "sur ordre ou sur pression politique".

Dès vendredi soir, des élus LFI et communistes avaient réclamé une commission d'enquête parlementaire sur cette affaire.

Début novembre, Mediapart avait révélé qu'"Avenir lycéen" avait reçu 65.000 euros de subventions publiques en 2019 qui auraient été dépensées en frais de bouche et autres dépenses dans des hôtels. Ce samedi, il a par ailleurs soutenu, mail à l'appui, qu'un cadre du ministère avait été informé dès juillet dernier des dérapages financiers d'"Avenir Lycéen" sans qu'aucune enquête ne soit alors diligentée.

Après les premières révélations de Mediapart, le ministère avait diligenté une enquête administrative sur les subventions accordées à "Avenir lycéen" et s'était défendu, auprès de l'AFP, de tout favoritisme en assurant que ce syndicat faisait partie des organisations "représentatives". Il avait par ailleurs indiqué que le versement de la subvention de 30.000 euros allouée en 2020 à "Avenir lycéen" avait été gelé. Ce samedi, le ministère de l'Education nationale n'avait pas réagi aux nouvelles accusations de Libération.

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