"Baisse de 57 millions d'euros d'aides" pour les sans-abri : Julien Denormandie parle de "fake news", qu'en est-il ?

Politique
PAUVRETE - Le ministre du Logement Julien Denormandie a contesté dans un tweet des informations parues il y a quatre jours dans la presse, concernant un plan d'économie du gouvernement de 57 millions d'euros sur les subventions allouées à l'hébergement pour les sans-abris et les personnes en situation de précarité. LCI fait le point.

Des subventions réduites de “57 millions d’euros” pour l’hébergement des sans-abri et des précaires. “Fake news” ou pas ? Ce chiffre est apparu sur Twitter le 25 février dans la vague des critiques à l'égard d'Emmanuel Macron, lorsque les photos de sa maraude ont fait polémique sur les réseaux sociaux. 

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Macron en maraude auprès des sans-abris

Un montant avancé par des opposants politiques, ainsi que par plusieurs médias. 

Le 28 février, le ministre du Logement Julien Denormandie finissait par répondre dans un tweet : “Des articles de presse ont fait état d’une baisse cette année de 57 millions d'euros des crédits pour l’hébergement d’urgence. #FakeNews. La réalité est que le gouvernement a augmenté de 268 millions d'euros les crédits en faveur de l’hébergement d’urgence entre 2017 et 2019.”

D'où vient ce chiffre ?

A quoi faisaient référence ces 57 millions d'euros ? Des élus de l’opposition et des associations ont mentionné une réforme budgétaire de l’Etat, décidée au printemps 2018 et concrétisée avec l’arrêté du 2 mai 2018. L’arrêté concernait spécifiquement les centres d’hébergement et de réinsertion sociale (CHRS), des structures accueillant des personnes en difficulté pour des périodes indéfinies. 


L’Etat avait constaté que le montant des subventions allouées à chacun des 780 CHRS était très variable. La réforme devait donc mettre en place un plafond maximal de financement en fonction des prestations offertes par les CHRS, pour harmoniser les tarifs et garantir un financement égal à prestations égales. Les économies liées à cette réforme étaient estimées à 57 millions d’euros sur 4 ans, dont 20 millions d’euros en 2018 et 12 millions d’euros en 2019. C’est donc bien 57 millions d’euros d’aides de l’Etat qui ne devaient plus être versées à ces structures d’accueil. La Fédération des acteurs de la solidarité, qui regroupe 870 associations, avait fait état de ce plan d'économie prévu dès 2018.

Alors qu'en est-il ?

Pour affirmer que la "baisse de 57 millions d’euros des crédits pour l’hébergement d’urgence" est une fausse information, Julien Denormandie joue sur les appellations légales de deux structures d’accueils en réalité bien distinctes : les centres d’hébergement et de réinsertion sociale (CHRS) et les centres d’hébergement d’urgence (CHU).


Ces deux types d’établissements sociaux accueillent, hébergent et accompagnent vers l’insertion les personnes en grande précarité, souvent dans des situations d’urgence. Ils exercent donc le même rôle, et dans des villes comme Paris, se répartissent la prise en charge des personnes. Cependant, ils n’ont pas le même encadrement juridique et ne dépendent pas de la même enveloppe budgétaire. Les CHRS sont encadrés par le Code de l’action et des familles, et ont des crédits de dotation qui peuvent varier en cours d’année. Les CHU, quant à eux, reçoivent des subventions annuelles.


Le chiffre de 57 millions d’euros évoqué par la presse ne concerne donc que les CHRS, et non l'ensemble de “l’hébergement d’urgence”, comme l'a laissé entendre Julien Denormandie dans sa dénonciation des "fake news". 

Une baisse finalement annulée

Julien Denormandie a toutefois profité de son tweet, le 28 février pour publier un communiqué qui revient sur le projet de plafonnement des crédits aux CHRS. Il y annonce que, "conscient des efforts demandés à certaines structures, le gouvernement a fait le choix en 2019 de limiter la baisse [des aides aux CHRS, NDLR] à 2 millions d'euros et d’avoir une attention particulière pour les centres accueillant des publics spécifiques, et d’abord les femmes victimes de violence. Il n’y aura donc pas de baisse de 57 millions d'euros des crédits attribués aux CHRS." Une annonce qui devait s'appliquer à compter du 1er mars.


Quant aux 268 millions d'euros de crédits supplémentaires en faveur de l'hébergement d'urgence mis en avant par le gouvernement, ils correspondent au programme 177 de la Mission Cohésion des territoires qui englobe plusieurs programmes d'aides et d'accès au logement pour la période 2017-2019. Une hausse sans lien avec le plan d'économie de 57 millions envisagé, puis finalement annulé, par l'exécutif.

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