Baisse des effectifs dans la police : comment Sarkozy fait mentir les chiffres

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FACT-CHECKING - Nicolas Sarkozy a une nouvelle fois répété ce jeudi sur Europe 1 que 868 postes de policiers et de gendarmes avaient été supprimés depuis l’arrivée de François Hollande à l’Elysée. Un chiffre qui mérite quelques éclaircissements.

Nicolas Sarkozy lit probablement assez peu la presse. Depuis des mois, lui ou ses soutiens rabâchent le même nombre pour dénoncer le laxisme du gouvernement en matière de sécurité. Selon l’ex-chef de l’État, depuis l’arrivée de la gauche au pouvoir, 868 postes de policiers et de gendarmes ont été supprimés. Il l’avait dit en juillet dernier sur TF1 et il l’a de nouveau répété ce jeudi matin sur Europe 1.


Ce nombre de 868 ne sort pas de nulle part. Il provient de la Cour des Comptes. Selon les sages de la rue Cambon, nous sommes en effet passés de 240.298 postes budgétaires de policiers et gendarmes fin 2011 à 239.430 fin 2015. Soit une diminution de 868 postes. 


Sauf que cette baisse n’est pas de la responsabilité du gouvernement socialiste. Pour le comprendre, il faut rentrer dans le détail et regarder année par année. Ce fléchissement est intégralement dû aux diminutions de postes budgétaires de policiers et gendarmes entre 2012 et 2013 seulement (de 240.298 à 237.569). 


Et comme l’a montré fort justement Libération, ces deux années de baisse sont le fruit de décisions prises par l’ancienne majorité et actées dans la loi de finances votée en 2011 pour l'année 2012. Une partie de ces postes ont bien été supprimés en 2012. Mais pas la totalité. 

La gauche prétend avoir créé plus de 3000 postes mais...

Première remarque pour bien comprendre, il n’agit pas de poste au sens propre mais d’équivalents temps plein travaillé (ETPT). "Si un poste est supprimé fin juin, il pèsera 0,5 ETPT dans le bilan de l’année. Les 3000 postes supprimés en 2012 l’ont été (en moyenne) au milieu de l’année. L’impact de leur disparition, au niveau budgétaire, s’est donc fait sentir pour moitié sur l’année 2012. En 2013, en revanche, l’impact a été entier. D’où une deuxième forte baisse constatée en 2013", décrypte Libération.


Cet été, la rapporteuse générale du Budget, Valérie Rabault, avait, elle aussi, remise en cause les calculs (très politiques) de Nicolas Sarkozy concernant les forces de l’ordre. Refusant légitimement d’assumer la baisse des ETPT décidées en 2011 par la droite, elle explique "qu’entre fin 2012 et fin 2015, les plafonds d'effectifs de policiers et de gendarmes ont augmenté de 3002 ETPT".


Un chiffre à relativiser (lui aussi) car, comme le souligne l'association professionnelle de gendarmes GendXXI, cette hausse est artificielle. "Ce sont des effectifs bien réels, mais que l’on rattache soudain au budget "sécurité" pour créer le mirage fantomatique d’une augmentation d’effectifs… alors que ces effectifs existaient réellement déjà depuis des années", écrit le président de GendXXI, le lieutenant-colonel Jean-Hugues Matelly.

Sarkozy a bien supprimé plus de 10.000 postes chez les forces de l'ordre en 2007 et 2012

Outre lancer un chiffre plus que contestable, Nicolas Sarkozy a attaqué Bernard Cazeneuve. "J'ai entendu hier (ndlr : mercredi) le ministre de l'Intérieur, enfin ce qui nous sert de ministre de l'Intérieur, qui a osé dire, honte sur lui, qu'après quatre ans et demi au pouvoir, c'est moi qui était responsable des manifestations de policiers. Mais est-ce que M. Hollande sait qu'il est président de la République depuis quatre ans et demi?", a lancé l'ancien président.


Une flèche qui n'a pas échappé au patron de la place Beauvau. "Ce qui me frappe, c'est qu'il n'y a plus aucun propos d'apaisement, plus aucune mesure, plus aucune pondération, plus aucun souci de vérité et j'en profite pour dire au candidat à l'élection présidentielle Nicolas Sarkozy que la manière dont il s'est exprimé sur les ondes ce matin ne correspond pas à ma conception de la politique", a lancé le ministre.


Ncolas Sarkozy a en outre qualifié de "mensonges" la suppression de plus de 10.000 postes dans les effectifs de sécurité pendant son quinquennat - estimation régulièrement mise en avant par l’actuelle majorité, et notamment Bernard Cazeneuve (vidéo ci-dessous).

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Cazeneuve dénonce la baisse des effectifs de police sous la droite

Pourtant, les chiffres sont formels. Selon un rapport parlementaire publié en octobre 2014, "la police nationale a perdu près de 7000 agents réels (élèves inclus) entre la fin de l’année 2007 (149.881 équivalents temps plein) et la fin de l’année 2012 (142.945 équivalents temps plein) sous l’effet, notamment de la révision générale des politiques publiques (RGPP). Dans le même temps, la gendarmerie a perdu 6790 postes, dont quinze escadrons de gendarmes mobiles". Soit plus de 13.000 postes supprimés lors du quinquennat de Nicolas Sarkozy.

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Nicolas Sarkozy : "Je comprends l'émotion des policiers"

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