Macron annonce des "testings" anti-discriminations dans 120 entreprises : cette méthode est-elle efficace ?

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DÉCRYPTAGE - Dans le cadre de son plan pour les banlieues présenté ce mardi, Macron a annoncé que 120 entreprises allaient être soumises à des testings pour détecter les cas de discrimination à l'embauche. Mais la mesure, déjà utilisée par le passé, a-t-elle fait ses preuves ?

"Vous allez m'aider et montrer à tous les esprits chagrins que quand on aide les entrepreneurs à réussir, ça peut être efficace et juste." C'est ce qu'a lancé Emmanuel Macon ce mardi à l'adresse des entreprises du SBF120, qui composent l'indice boursier regroupant les 120 principales valeurs françaises. Le président de la République s'exprimait à l'occasion de la présentation de son plan pour les banlieues. 


Devant un parterre d'élus, de responsables associatifs et d'entrepreneurs, Emmanuel Macron a également annoncé que ces entreprises seraient soumises à des "testings" (tests anonymes) pour détecter les cas de discrimination à l'embauche, au rythme de 40 par an pendant trois ans. "Nous allons généraliser le testing, vérifier les comportements et s'assurer qu'il n'y a pas de discrimination à l'embauche", a déclaré le Président sans donner plus de détails. Mais comment cela fonctionne-t-il ? Est-ce vraiment efficace ?

L’idée de ce testing n’est pas de constater les discriminations mais d’activer la peur du gendarmeJean-François Amadieu, sociologue et président de l'Observatoire des discriminations.

A l'instar de ce qui avait été fait en 2016 par la ministre du Travail d'alors, Myriam El Khomri, et Emmanuel Macron, à l'époque ministre de l'Economie, ce testing devrait consister à soumettre à des entreprises des CV presque identiques à l'exception du nom de famille ou de l'adresse pour constater ou non des discriminations. A l'époque, les mauvais élèves avaient vu leur nom révélé dans la presse sur le principe du "name and shame" (nommer et humilier).

"L’idée de ce testing n’est pas de constater les discriminations mais d’activer la peur du gendarme, estime Jean-François Amadieu, sociologue et président de l'Observatoire des discriminations. C'est une très mauvaise publicité pour les firmes car on donne les noms. Ça va pousser les équipes à être plus vigilantes." 

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ARCHIVES 2016 - Discrimination à l'embauche : un testing accablant

On peut attendre autre chose de l'Etat que de simplement quantifier les discriminationsDominique Sopo, président de SOS Racisme

La méthode n'est pas nouvelle et a été importée en France dans les années 2000 par SOS Racisme. Mais si le président de l'association Dominique Sopo se réjouit "que la méthode soit reprise par l'Etat", il estime que l'"on peut attendre autre chose de l'Etat que de simplement quantifier les discriminations". "Et d'ajouter : "Le testing vient révéler les discriminations, mais n'est pas un moyen d'action contre elles".


Pour lui, il serait plus sage de se concentrer sur la mise en exécution de la formation obligatoire des personnels de ressources humaines à ce sujet. "Elle est aujourd'hui inscrite dans la loi, mais, lorsqu'elle n'est pas respectée, elle n'entraîne aucune sanction", regrette Dominique Sopo. Une obligation sans sanction n'en est pas une".


Jean-François Amadieu estime de son côté que le gouvernement "perd son temps" avec ce testing. "Ce testing va être réalisé uniquement sur la première phase de l'embauche, à savoir le tri du CV, pense-t-il savoir. Mais il suffirait que les logiciels qui reçoivent les CV puissent anonymiser les candidatures pour régler le problème. Le véritable enjeu est celui de l’appel téléphonique et de la rencontre. Il aurait été plus utile de développer des testings sur ces étapes".

D'autres discriminations oubliées

Autre problème, selon Jean-François Amadieu : en se concentrant sur les discriminations en raison de l'origine du candidat," on oublie les autres discriminations, notamment celle que vivent les seniors" (première discrimination à l'embauche, selon le Défenseur des Droits). Et de conclure, dur : "Cette opération de testing est centrée et mono-sujet. C’est violent, et l’effet pervers est de diviser les Français". 

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