Stopper ou relancer le nucléaire : un sujet politiquement sensible pour l'après-2022

Stopper ou relancer le nucléaire : un sujet politiquement sensible pour l'après-2022

AVENIR ÉNERGÉTIQUE - Le Haut Commissaire au Plan François Bayrou, qui publie mercredi une note sur le sujet, juge sur LCI qu'il faut "de nouveaux réacteurs" en France dans les années à venir. Emmanuel Macron, qui a retenu l'objectif de 50% d'énergie nucléaire dans la production électrique d'ici 2035, veut maintenir les investissements dans le secteur. La France devra faire un choix après la présidentielle.

François Bayrou met les pieds dans le plat brûlant du nucléaire. En publiant mercredi 24 mars une note consacrée à l'avenir de la filière, le Haut Commissaire au Plan relance un sujet particulièrement sensible pour l'exécutif. Sur LCI, il a estimé que "l'électricité produite en France par les centrales nucléaires, c'est la condition même pour qu'on puisse avoir des énergies renouvelables", et que compte tenu de la vétusté du parc actuel, "il faut de nouveaux réacteurs, il n'y a pas d'autres solutions sauf à recommencer à émettre des gaz à effet de serre". Une prise de position qui questionne l'ambition affichée par le gouvernement, à savoir la réduction de la part du nucléaire à 50% de la production d'électricité à l'horizon 2035. 

Le sujet est d'autant plus sensible que la ministre de la Transition écologique, Barbara Pompili, a récemment pris une position diamétralement opposée sur le sujet, partant, elle aussi, du constat que le parc nucléaire était vétuste. "Quel est le choix que nous faisons après 2035 concernant notre production d'électricité ?" interrogeait la ministre, favorable à l'objectif de 100% d'énergies renouvelables, début mars dans un entretien à l'AFP. "Est-ce que nous relançons le nucléaire en relançant de nouvelles centrales, ou est-ce que nous décidons de laisser le parc nucléaire actuel finir sa vie et nous le remplaçons par des énergies renouvelables ? Le choix ne sera pas fait par moi [...], il sera fait par les citoyens, en tout cas, c'est ce que je souhaite." C'est dans ce sens qu'elle a répondu à l'appel de François Bayrou, dans un tweet où elle contredisait ouvertement l'élu béarnais.

Pas d'arbitrage avant les élections

La loi de transition énergétique votée en 2015 sous François Hollande prévoyait de ramener la part du nucléaire dans la production d'électricité à 50% d'ici à 2025. Si Emmanuel Macron s'était engagé à respecter cet objectif pendant sa campagne, il l'avait finalement, une fois élu, repoussé de dix ans, à 2035, au nom du réalisme. Le calendrier proposé par son gouvernement prévoit actuellement la fermeture de 14 réacteurs, soit 20% du parc, d'ici à 2035. 

La France pourra-t-elle toutefois éviter la construction de nouveaux réacteurs dans cette période intermédiaire ? Ce n'est pas l'avis de François Bayrou. Emmanuel Macron lui-même n'a jamais fermé la porte à cette possibilité. Le 8 décembre dernier, lors d'un discours au Creusot, le chef de l'État avait plaidé pour le nucléaire, "une énergie décarbonée et sûre", affirmant que "notre avenir énergétique et écologique" passe par cette filière. "Je n’ai jamais été un partisan du tout nucléaire, mais l’atome doit être un pilier dans les années à venir", avait-il renchéri. 

Pour autant, Emmanuel Macron ne prendra pas de décision sur de la création de nouvelles centrales avant les élections de 2022. Alors que les travaux se poursuivent sur le renforcement des énergies renouvelables dans le mix énergétique - un rapport a été remis en janvier à l'exécutif par l'Agence internationale de l'énergie et RTE  et doit être présenté à l'automne prochain -, le chef de l'État avait lancé, en décembre, des études "sur la construction de nouveaux réacteurs", avec l'objectif de recevoir leurs conclusions "avant la fin du quinquennat". "La décision définitive de construction de nouveaux réacteurs doit être préparée et devra être prise au plus tard en 2023", avait expliqué Emmanuel Macron. 

Autrement dit : la stratégie de la France sur son programme nucléaire ne sera pas tranchée avant les prochaines élections et devrait donc s'inviter dans la campagne présidentielle.

Sujet hautement clivant

Ce débat promet d'être particulièrement clivant. Une ligne de fracture nette sépare les forces politiques, entre les partisans de la fin du nucléaire au profit des énergies renouvelables et les tenants du maintien, voire du renforcement de la filière actuelle. Sur ce sujet, la majorité présidentielle se situe au milieu d'un champ de mines. 

Le Sénat, à majorité de droite, a voté le mardi 23 mars une proposition de résolution des Républicains demandant au gouvernement de "redonner une place centrale au nucléaire" dans la production d'électricité, voyant dans la filière "un atout considérable pour atteindre la neutralité carbone en 2050"

Le Rassemblement national plaide également pour le renforcement du nucléaire. Dans son contre-projet de consultation des Français sur l'écologie, présenté le 9 mars dernier, Marine Le Pen a souhaité que la France "continue d'investir dans le nucléaire, énergie décarbonée", proposant même en parallèle "la suspension de tout projet de construction d'éoliennes" sur le territoire. 

Et le sujet divise profondément la gauche, au point de menacer de possibles rapprochements. "Je suis évidemment pour que l'on puisse aller vers des énergies propres, mais l'énergie nucléaire est vraisemblablement une énergie de transition, d'avenir provisoire", avait expliqué le patron du PS, Olivier Faure, début février sur France Info. Le débat agite également au sein du PCF. À l'opposé, Jean-Luc Mélenchon (LFI) plaide pour une sortie totale du nucléaire avant 2030, à l'instar des écologistes, historiquement partisans de cette sortie définitive

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