Benalla assure avoir échangé régulièrement avec Macron malgré sa mise à l'écart : "Nous avons toutes les raisons de croire qu'il dit vrai", dit Plenel

Politique
EN CONTACT - Alexandre Benalla affirme dans Mediapart avoir continué à échanger régulièrement avec Emmanuel Macron, depuis son licenciement de l'Elysée, précisant avoir conservé la preuve de ces échanges sur son téléphone portable.

Il a été mis à l’écart. La présidence assurait ne plus entretenir aucun contact avec lui. Et pourtant, il s’entretiendrait encore régulièrement avec Emmanuel Macron. C’est ce qu’affirme Alexandre Benalla dans un entretien avec Mediapart. L’ancien chargé de mission, mis à l’écart l’été dernier après sa mise en cause pour des violences le 1er mai, échangerait en fait selon ses dires très régulièrement avec le chef de l’Etat, sur des "thématiques diverses". Il assure aussi en avoir les preuves.


"Ça va être très dur de le démentir parce que tous ces échanges sont sur mon téléphone portable", déclare Alexandre Benalla dans cet entretien mis en ligne dans la nuit de dimanche à lundi. "Nous échangeons sur des thématiques diverses. C’est souvent sur le mode ‘comment tu vois les choses ?’. Cela peut aussi bien concerner les gilets jaunes, des considérations sur untel ou sur untel ou sur des questions de sécurité", des échanges comme ceux qu'il avait déjà avec le chef de l'Etat quand il était son homme de confiance à l'Elysée. Il dit également échanger de manière régulière avec d’autres membres de la présidence. Contactée par Mediapart, la présidence de la République, n’a pas donné suite. Mais elle avait pourtant assuré, le 24 décembre, au quotidien Le Monde, qu'elle n’entretenait "plus aucun contact" avec Alexandre Benalla.

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Affaire Benalla : de nouveaux remous autour des passeports diplomatiques de l'ex-collaborateur d'Emmanuel Macron

On continue à me solliciter, alors je continue à répondreAlexandre Benalla

Ces échanges ont eu lieu jusqu’aux récentes révélations de Mediapart sur son utilisation d’un passeport diplomatique pour des voyages d'affaires en Afrique. "Là, le lien est coupé", indique l’ancien garde du corps. Après ces révélations, le ministère des Affaires étrangères a saisi le procureur de la République qui a ouvert une enquête pour "usage sans droit" de passeports diplomatiques.


Alexandre Benalla, qui a récemment effectué plusieurs voyages en Afrique et rencontré des dirigeants, affirme aussi avoir toujours rendu compte au président ou à son entourage de ses faits et gestes. "J’explique que j’ai vu telle personne, je détaille les propos qui m’ont été rapportés et de quelle nature ils sont. Après, ils en font ce qu’ils veulent. Y compris le président de la République, qui est informé en direct", dit-il. L'Élysée avait insisté mardi sur le fait que Alexandre Benalla n'était "pas un émissaire officiel ou officieux" de la présidence. Il assure encore n'avoir jamais reçu de lettre de licenciement, mais ne se considère plus comme étant en mission pour l'Elysée. "Je suis un élément extérieur qui veut du bien au mec (Emmanuel Macron) qui lui a fait confiance". "J’aurais pu claquer la porte et passer à autre chose. Mais on continue à me solliciter, alors je continue à répondre". 

Ils lui font faire des conneries phénoménalesAlexandre Benalla, à propos de Macron

Dans cet article, Alexandre Benalla dénonce, aussi, l'entourage du président, "un système technique et administratif", qui "déconnecte un mec qui n’est déjà pas très connecté mais brillant", qui "l'intoxique", et lui "fait faire des bêtises" : "Cela dérange un certain nombre de personnes, qui sont puissantes et qui font comme si le président était sous curatelle. Ils lui font faire des conneries phénoménales", accuse l'ex-chargé de mission. Il décrit autour du président un univers peuplé de "technocrates et d'énarques" qui "appartiennent à une famille pire que la mafia, où tout le monde se tient, où tout le monde doit sa carrière à l’autre". 


Sur l’affaire des passeports diplomatiques, Alexandre Benalla répète la même version qu'il a eu depuis les révélations de Mediapart : les passeports diplomatiques en sa possession rendus fin août à la présidence de la République lui ont été restitués début octobre. Il raconte que début octobre, une personne de l'Elysée lui a rendu des effets personnels et ses passeports diplomatiques dans une rue près du Palais avec pour seule consigne : "Tu ne fais pas de bêtises avec". Pour lui, le Quai d'Orsay lui a laissé utiliser ses passeports comme bon lui semblait. "Si on ne veut pas que j’utilise ces passeports, il n’y a qu’à les désactiver et les inscrire à des fichiers", plaide-t-il, précisant les avoir utilisés pour entrer dans "une dizaine de pays" depuis l'automne. "Quand vous voyagez à l’étranger avec un passeport diplomatique, l’ambassade de France est au courant que vous arrivez", assure-t-il. De leur côté, l’Élysée et le Quai d’Orsay ont affirmé n'avoir pas été informés de l'utilisation de ces passeports et avoir réclamé à Alexandre Benalla leur restitution. 

Nous avons de très bonnes raisons de croire qu’il dit vraiEdwy Plenel

Interviewé sur LCI ce lundi matin, le confondateur de Mediapart, Edwy Plenel, a commenté : "Nous avons de très bonnes raisons de croire qu’il dit vrai. Maintenant la balle est dans le camp de la présidence de la République. L’interview  est le fruit d’une longue enquête, c’est une pièce de puzzle supplémentaire à ce feuilleton où tous les éléments sont cohérents". Pour le journaliste, Alexandre Benalla est un peu "comme un collaborateur free-lance, indépendant de la présidence de la république qui bénéficie de l’indulgence du premier cercle du président et du président lui-même."Au point que "les hauts fonctionnaires, comme directeur de cabinet, directeur général de la présidence, s’inquiètent de cette présence dans l’entourage présidentielle de M. Benalla."


Alexandre Benalla a-t-il encore une influence sur le président ? Pour Edwy Plenel, il faut "vraiment poser la question à son entourage. Nous sommes tous devant cette énigme, de quelqu’un qui est au départ un garde du corps, qui a participé à cette aventure de la conquête du pouvoir, et a à l’évidence un rôle plus importante que l’apparence de ses titres, une confiance, une responsabilité plus importantes. Le pourquoi de cette confiance est sans doute la clé de la réponse à cette question."

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Benalla, l'affaire sans fin

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