Benjamin Griveaux, de pilier de la Macronie à candidat déchu à la mairie de Paris

Benjamin Griveaux, de pilier de la Macronie à candidat déchu à la mairie de Paris

PORTRAIT - Marcheur de la première heure, l'ex-secrétaire d'État et député Benjamin Griveaux, 42 ans, investi candidat de LaREM à Paris, a annoncé ce vendredi matin son retrait dans la campagne après la diffusion d'une vidéo à caractère sexuel sur un site confidentiel. LCI revient sur le parcours de cet ancien strauss-kahnien, très proche d'Emmanuel Macron.

C'est un séisme inédit en pleine campagne. À cinq semaines du premier tour des municipales à Paris, Benjamin Griveaux a quitté la campagne pour les municipales. Le candidat investi par LaREM a annoncé, vendredi 14 février, qu'il se retirait de la course à la succession d'Anne Hidalgo. Cette décision fait suite à la publication, sur un blog confidentiel, de vidéos d'échanges de messages à caractère sexuels, entre une personne présentée comme l'ancien porte-parole du gouvernement et une personne non identifiée.

Plombé dans les sondages (16%) et gêné par la candidature dissidente de Cédric Villani au sein de la majorité, cet homme-clé de la Macronie était donné à la troisième place dans les intentions de vote pour les municipales à Paris, derrière Anne Hidalgo (25%) et Rachida Dati (19%), et talonné par l'écologiste David Belliard. L'ancien conseiller municipal de Chalon-sur-Saône avait présenté son programme pour la capitale la veille, faisant le pari de la "clarté" pour tenter de rebondir face à la maire sortante. Jusqu'à ce qu'il jette finalement l'éponge, emporté par cette affaire. À cet effet, LCI revient sur les éléments marquants du parcours de ce pilier de la campagne 2017 d'Emmanuel Macron, âgé de 42 ans, dont le cheminement politique est déjà fourni.

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Un "DSK boy"

Le jeune quadra, qui avait décroché l'investiture LaREM à la mairie de Paris, a un CV déjà particulièrement fourni sur le plan politique. Diplômé de Science Po Paris (1999) puis de HEC (2001), il n'a pas réussi l'ENA, à la différence d'Emmanuel Macron, mais il s'est impliqué très tôt dans la chose publique en adhérant au Parti socialiste au début des années 2000. Un PS version Dominique Strauss-Kahn, puisqu'il a été le collaborateur de l'ancien ministre - alors député - durant quatre ans (2003-2007), œuvrant au sein des cercles associant les partisans de DSK aux jeunes rocardiens sous le nom du think tank "À gauche en Europe", tout en contribuant au sein de la fondation Jean-Jaurès.

C'est à cette époque qu'il a rencontré plusieurs personnalités qui ont formé par la suite le cœur de réacteur du macronisme. En 2006, il a ainsi soutenu la candidature de DSK à la primaire socialiste (finalement remportée par Ségolène Royal), en compagnie d'Ismaël Emelien (conseiller d'Emmanuel Macron jusqu'en mars 2019), de Cédric O (actuel secrétaire d'État au numérique), de Stanislas Guérini (député et patron de LaREM) et de Sibeth Ndiaye (actuelle porte-parole du gouvernement). 

En 2008, c'est encore dans l'ombre d'un ex-strauss-kahnien, Christophe Sirugue, élu à Châlons-sur-Saône, qu'il obtient son premier mandat de conseiller municipal, avant de devenir le vice-président de l'agglomération, puis du conseil général de Saône-et-Loire, département où il est né, alors dirigé par Arnaud Montebourg. 

Un pied dans le public, un pied dans le privé

À l'image de plusieurs "DSK boys", Benjamin Griveaux a fait plusieurs allers-retours du public au privé. Dès 2006, il a cofondé une agence de conseil en recrutement de dirigeants, Médiane Conseil, dont il est ensuite devenu membre du conseil d'administration jusqu'en 2013. Il est ensuite revenu dans la sphère publique à la faveur de l'élection de François Hollande, en intégrant le cabinet de Marisol Touraine, alors ministre de la Santé, entre 2012 et 2014, sur le thème de l'économie sociale et solidaire.

Le va-et-vient s'est poursuivi en 2014, lorsqu'il a quitté le gouvernement pour rejoindre le géant de l'immobilier Unibail-Rodamco, dont il est devenu le directeur de la communication et des affaires publiques. Une activité lucrative, puisqu'il y percevait des salaires annuels de 116.588 euros en 2015, puis de 174.881 euros net en 2016, selon la déclaration faite en 2017 à la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique (HATVP), contre 40.528 à 70.823 euros lorsqu'il était au cabinet de la ministre de la Santé. 

Dans l'ombre d'Emmanuel Macron

En 2015, il se rapproche d'Emmanuel Macron, alors ministre, par l'entremise d'Ismaël Emelien et de ses ex-camarades strauss-kahniens, pour contribuer à la préfiguration du mouvement En Marche, dont il deviendra le premier porte-parole. Une fonction qu'il occupera de façon exclusive jusqu'à la présidentielle. 

Bombardé candidat aux législatives dans la 5e circonscription de Paris sous l'étiquette LaREM, il remporte largement l'élection mais ne siège que quelques jours à l'Assemblée nationale, avant de rejoindre le gouvernement, comme secrétaire d'Etat auprès du ministre de l'Économie, Bruno Le Maire, puis fin 2017 comme porte-parole du gouvernement en remplacement de Christophe Castaner, parti à l'Intérieur. Il officie à ce poste jusqu'en mars 2019 en se donnant pour mission de "porter la parole dans les territoires, et pas seulement à Paris", se donnant un rôle "d'éponge, de capteur" de l'opinion. 

Parfois perçu comme arrogant

Cette forte visibilité médiatique l'exposera également à la critique, au même titre qu'Emmanuel Macron. À l'instar du chef de l'État, Benjamin Griveaux entretient un certain goût pour la formule sujette à polémique. En octobre 2018, il suscite de vives réactions en qualifiant les principaux responsables de l'opposition de "faussaires de la politique", qui "veulent revenir au monde d'avant". Quelques jours plus tard, il fustige les propos de Laurent Wauquiez sur les taxes en l'accusant d'être "le candidat de la France qui fume des clopes et roule au diesel". Des propos jugés "arrogants" et "méprisants" par les intéressés, mais aussi vivement critiqués par le patron du Modem et principal allié de Macron, François Bayrou. 

Engagé dans la campagne des municipales à Paris, Benjamin Griveaux se montre peut-être plus prudent à l'égard de ses adversaires, même s'il a également tenu des propos virulents à l'égard de la maire socialiste. "Le principal défaut d'Anne Hidalgo, c'est sa gestion clanique et très politique de la ville", a-t-il notamment déclaré. "Elle est la maire de la moitié des Parisiens, celle qui a voté pour elle." Il a aussi accusé la maire sortante et sa principale rivale, Rachida Dati, de mener des campagnes "idéologiques, claniques et partisanes".

Une campagne en chemin de croix

Relégué en troisième position dans les enquêtes d'opinion, loin derrière le duo de tête Hidalgo-Dati, l'ancien porte-parole du gouvernement a très vite donné le ton d'une campagne qui allait se révéler être chaotique.Tout a commencé avec son investiture jugée, par ses détracteurs, comme écrite à l'avance. Il a ensuite mal exploité les ralliements politiques en sa faveur, tout en faisant face dans le même temps à la candidature dissidente de Cédric Villani au sein de LaREM, rendant inaudible le message du prétendant officiel de la majorité. 

Il avait tenté déjà de redresser la barre en avançant quelques ébauches de mesures pour la capitale. Il était question de lutter contre la pollution (instauration d'un conseil parisien de défense écologique composé d'habitants tirés au sort, d'examens respiratoires réglementaires pour les écoliers, interdiction des cars diesel, couverture partielle du périphérique), d'alimentation (mettre fin à la différence de niveau entre les cantines scolaires, instaurer la saisonnalité des aliments servis) ou encore de logement (stopper les départs des classes moyennes vers la banlieue). Il avait aussi émis quelques propositions qui ont suscité débats et moqueries : le Central Park à la place des voies de la gare de l'Est, les 100.000 euros pour aider les familles parisiennes à acheter leur appartement ou encore la création de "managers de rue" pour améliorer la vie de quartier.

Il se désolait fin janvier de l'image d'une personnalité rigide, lisse et arrogante qu'on lui accole. "Ça devient ridicule", dénonçait-il. "À chaque fois, on écrit mon nom, virgule "perçu comme arrogant par les Parisiens". Même la séance photo "à la cool" en compagnie des différentes têtes de listes n'y a rien fait : Benjamin Griveaux traînait toujours un problème d'image.

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