Bernard Cazeneuve : "Une réforme du permis de conduire d'ici la fin de l'année"

Bernard Cazeneuve : "Une réforme du permis de conduire d'ici la fin de l'année"
Politique

INTERVIEW - Le ministre de l'Intérieur Bernard Cazeneuve s'est prononcé lundi en faveur d'une "expérimentation" de la limitation de la vitesse autorisée à 80 km/h au lieu de 90 km/h sur certaines routes "très accidentogènes". Pour metronews, le ministre détaille les orientations de son plan pour améliorer la sécurité routière.

Vous vous êtes prononcé en faveur d'une "expérimentation" de la limitation de la vitesse autorisée, de 90 à 80km/h. Pourquoi temporisez-vous ?
Je ne suis pas favorable à une mesure unilatérale de généralisation de la limitation de la vitesse à 80km/h sur les routes secondaires à deux voies. D’une part parce qu’il y a un débat entre les experts qui ne peut être tranché de manière brutale. Cela justifie donc d’une expérimentation sur un ou deux segments de route, particulièrement accidentogènes, pour constater les effets réels de la mesure de la limitation à 80 km/heure de la vitesse autorisée. D’autre part, parce qu’une telle limitation, pour être efficace, doit être comprise par la population. Je propose donc de prendre le temps de la pédagogie.

Quels seront les segments concernés ?
Ils seront déterminés en liaison avec la délégation interministérielle à la sécurité routière et les préfets. Les plus accidentogènes seront retenus pour donner de la force et de la pertinence à l'expérimentation.

Et ainsi enrayer la mortalité routière, qui a progressé ces derniers mois ?
Je suis très préoccupé par la dégradation des statistiques depuis le début de l'année. On ne peut pas les expliquer uniquement par des considérations météorologiques. Il y a un lien incontestable entre la diminution de la vitesse et la diminution du nombre d'accidents. Mais la vitesse n'est pas le seul sujet. Il y a d'autres causes tout aussi graves d’accidents : la consommation d'alcool, de stupéfiants, l'utilisation du téléphone portable ou le refus de porter la ceinture de sécurité. Aujourd'hui, 20% des personnes victimes d'un accident mortel en voiture ne portaient pas la ceinture de sécurité, alors que cela est obligatoire depuis 40 ans.

De nombreux automobilistes s'opposent à une baisse de la vitesse. Celle-ci empêcherait par exemple de pouvoir doubler certains poids lourds. Que leur répondez-vous ?
Si doubler un poids lourd expose à des risques en raison de la configuration des routes, il ne faut pas que cela soit autorisé. Je souhaite protéger les Français du risque d'accidents mortels. Et je veux le faire de façon efficace et pragmatique.

Les jeunes seront-ils impactés par la réforme du permis ?
Cette réforme est une réforme pour les jeunes, car pour beaucoup, le permis de conduire est un permis de travailler, un moyen d’accéder à l’autonomie. L’objectif de la réforme est de faire en sorte que les jeunes puissent le passer le permis de conduire avec moins de délais et un coût moindre. Nous souhaitons aussi développer l'apprentissage des bonnes pratiques en milieu scolaire. J'ai proposé par ailleurs de développer massivement la conduite accompagnée. Celle-ci permet d'avoir des taux d'accidents beaucoup moins importants et un taux de réussite qui passe de 55 à 74% au premier coup.

Quel va en être le calendrier ?
Je souhaite une réforme d'ici la fin de l'année. Dès le 1er juillet, nous allons déjà demander à des retraités de la police et de la gendarmerie de contribuer au passage du code. Nous devrions donc rapidement commencer à en percevoir les premiers effets. Je le rappelle, ce n'est pas une réforme contre les auto-écoles, contre les inspecteurs, mais pour les jeunes, afin que le service public leur donne le meilleur de lui-même.

Lire aussi >> Réforme du permis de conduire : le point sur les principaux changements à venir

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