Blanquer est-il le ministre qui a le plus augmenté les enseignants, comme l'affirme Darmanin ?

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A LA LOUPE - Alors qu'une nouvelle journée de mobilisation est prévue ce mardi 17 décembre, notamment dans l'Education Nationale, Gérald Darmanin a assuré que Jean-Michel Blanquer était le ministre qui a le plus augmenté le salaire des enseignants. Les revalorisations actuelles sont pourtant l'oeuvre de Najat Vallaud Belkacem. Explications.

Le gouvernement peine à convaincre les Français du bien-fondé de la réforme des retraites et doit faire face à une nouvelle journée de manifestation ce mardi 17 décembre. Seront notamment présents dans les cortèges, les enseignants, "première victimes de cette retraite à points", pour Xavier Marand, secrétaire général adjoint du SNES-FSU. 

Pourtant, selon Gérald Darmanin, le gouvernement fait son maximum pour cette profession : "les enseignants (...), M. Blanquer a été le ministre qui les a le plus augmentés", a-t-il assuré sur le plateau de BFM TV ce dimanche. Une affirmation qui a fait sourire Philippe Martinez, invité à débattre avec lui. "Ah, ils vont être contents de l'apprendre", a ironisé le patron de la CGT. Qu'en est-il réellement ?

La revalorisation des salaires, une mesure du précédent gouvernement

"C'est complètement faux, a réagi Xavier Marand. Jean-Michel Blanquer reprend à son compte des mesures qui ont été prises sous le précédent quinquennat." Les hausses de salaire attendues en janvier 2020 et annoncées dans les médias cet été, résultent en effet de l'application d'un plan de revalorisation des salaires des enseignants initié sous François Hollande. Fin 2015, le gouvernement Valls avait signé un accord avec six organisations syndicales de la fonction publique sur les Parcours Professionnels, Carrières et Rémunérations ou PPCR qui courait de 2016 à 2020. La revalorisation devait donc être progressive.

"Le protocole parcours carrières et rémunération apporte un gain de rémunération aux agents du ministère depuis 2017, peut-on ainsi lire sur le site de l'Education Nationale. Il se traduit (entre autres) par une revalorisation globale des grilles indiciaires - à échelon identique, les rémunérations sont supérieures - une amélioration des perspectives de carrières - un avancement plus régulier avec des durées d’échelon fixes et connues de tous -" et la création d'"un 3ème grade, la classe exceptionnelle". En clair, les enseignants débutent avec un meilleur salaire, 130 euros nets par mois supplémentaires dès la rentrée 2017 et bénéficient en fin de carrière d'un meilleur avancement.

En plus de s'approprier cet accord, le gouvernement actuel a décalé le calendrier de ces mesures d'un an, souligne le syndicaliste. En octobre 2017, Edouard Philippe a effectivement décidé de suspendre la mise en oeuvre du protocole sur l'année 2018. Les hausses de salaire prévues initialement en 2019 seront ainsi effectives en janvier prochain. Occultant les décisions du gouvernement socialiste, le ministre de l'Education Nationale avait avancé à quelques jours de la rentrée scolaire : "concrètement, c’est sous ce gouvernement que des augmentations de salaire vont avoir lieu : c’est-à-dire 300 euros (bruts par an, ndlr) pour tout le monde en moyenne en 2020". Autrement dit, budgétiser cette mesure équivaudrait à la mettre en place : "On a tout de même une part de mérite quand on réussit à financer cela, je tiens à le dire quand même".

Il faudra donc attendre 2021 pour que cette revalorisation soit entière, mais déjà, les syndicats, à l'image de Gilles Langlois, secrétaire national du syndicat SE UNSA, soulignent que "la hausse de cotisations comme la pension civile vient manger une partie de cette hausse des salaires", sans compter l'inflation et les constants gels du point d'indice (la valeur de l'indice permettant de calculer la rémunération des enseignants en fonction de leur avancement).

Une augmentation de la prime pour les enseignants en REP+

Au final, aujourd'hui, la seule avancée dans le domaine, réellement instaurée par Jean-Michel Blanquer, est une prime de 2000 euros par an pour les personnels des établissements de REP+. Selon le ministre de l'Education lui-même, elle ne concerne que 50.000 enseignants, soit moins de 7% des professeurs exerçant dans les établissements publics de l'enseignement secondaire, selon un calcul de l'Express. "C'est une revalorisation ponctuelle, qui ne touche pas tous les enseignants", souligne le syndicaliste. Cette mesure était par ailleurs une promesse de campagne du Président. Emmanuel Macron avait même promis plus : que les enseignants de REP+ touchent une prime annuelle de 3.000 euros, un montant qui devrait être atteint à la rentrée 2020.

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Un budget de 10 milliards d'euros annoncé

En assurant que l'actuel ministre de l'Education Nationale était le champion de la hausse des salaires des enseignants, Gérald Darmanin fait peut-être écho aux 10 milliards d'euros qui viennent d'être mis sur la table. Alors que les enseignants dénoncent une réforme des retraites qui pénalisent leurs pensions, le gouvernement promet de revaloriser leurs salaires : "L'objectif est que le niveau de pensions reste identique à ce qu'il est aujourd'hui," a indiqué le Premier ministre, lors d'un débat avec des enseignants, à Nancy le 13 décembre.

Ces 10 milliards d'euros avait déjà été évoqués par Emmanuel Macron en octobre dernier. "Si je voulais revaloriser, c'est 10 milliards", avait indiqué le chef de l'Etat. Avant d'ajouter : "On ne peut pas mettre 10 milliards demain, c'est vos impôts. C'est le déficit, c'est la dette pour nos enfants." Le gouvernement souhaite donc étaler dans le temps cette revalorisation. "C'est infaisable en une fois, mais si vous regardez l'effort sur une durée de 10 à 15 ans, il est totalement différent", a ainsi noté Edouard Philippe vendredi dernier. 

Dimanche, Jean-Michel Blanquer avançait de son côté, lors du Grand Jury RTL, Le Figaro, LCI, l'année 2037 pour parvenir à l'aboutissement de cette revalorisation. C'est à cette date que partiront les fonctionnaires nés en 1975, soit les premiers impactés par la réforme des retraites. 

Pour Gilles Langlois, secrétaire national du syndicat SE UNSA, Gérald Darmanin parle toutefois un peu vite en parlant de plus forte hausse. "Si il vient au bout de la revalorisation annoncée, ce sera peut-être le cas". Pour le moment, il ne s'agit que d'annonces. "Nous avons été reçus vendredi dernier par M. Blanquer pour discuter de ces questions là, nous indique le syndicaliste, et nous avons pour le moment obtenu que soit inscrit dans la loi de programmation un budget de 500 millions pour 2021".

"Pour le PPCR (Le parcours Professionnels, Carrières et Rémunérations du gouvernement Valls) le gouvernement avait prévu un budget de 5 milliards d'euros sur 4 ans, ajoute Xavier Marand, à titre de comparaison. Là, on propose 10 milliards sur 10 ans", au mieux. Pas de quoi révolutionner le montant des salaires de l'Education Nationale pour le secrétaire général adjoint du SNES-FSU. D'autant plus, que d'après ses calculs, ces 10 milliards ne compenseront pas l'inflation. "Si l'inflation se maintient à son niveau actuel, soit 1,3% par an, il faudrait une enveloppe budgétaire de 14 milliards d'euros sur 10 ans, uniquement pour maintenir le pouvoir d'achat des enseignants". 

Le syndicaliste craint également que cette revalorisation ne passe pas par une hausse globale des salaires. "D'après les premières informations, il s'agirait de primes versées en contrepartie de temps de travail supplémentaire ou de changement de poste". Insuffisant à ses yeux pour dissuader les enseignants de descendre dans la rue ce mardi 17 décembre.

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