Brigitte Bourguignon (LREM) : "Obliger les communes à la transparence sur l’attribution des places en crèche"

Brigitte Bourguignon (LREM) : "Obliger les communes à la transparence sur l’attribution des places en crèche"

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INTERVIEW - Un colloque consacré à la politique de la petite enfance se tient ce mardi en fin de journée à l’Assemblée nationale. La députée LREM et présidente de la commission des Affaires sociales Brigitte Bourguignon y participera. Elle dévoile pour LCI ses pistes de réflexions.

Elle représente l'aile gauche de LREM. Brigitte Bourguignon, présidente de la commission des Affaires sociales de l'Assemblée, ex-députée socialiste, est depuis plusieurs semaines la porte-voix des aspirations sociales d’une partie de la majorité présidentielle. Après avoir notamment plaidé pour le rétablissement de l'exonération de cotisations sociales sur les heures supplémentaires, elle aura l'occasion ce mardi, lors qu'un colloque organisé  au palais Bourbon, de faire valoir ses propositions en matière d'accueil de la petite enfance. Elle dévoile à LCI ses pistes de réflexion.

LCI : Pourquoi souhaitez-vous modifier la politique de la petite enfance ? Qu’est-ce qui selon vous ne fonctionne pas et mérite d’être changé ?

Brigitte Bourguignon : La politique de la petite enfance en France repose depuis très longtemps sur un dispositif de mode de garde destiné essentiellement aux parents qui travaillent. Or, pour éradiquer la pauvreté et contrer certains modèles de reproduction sociale, comme le souhaite le président, il faut s’y attaquer le plus tôt possible, c’est-à-dire dès la petite enfance. On doit donc réorienter cette politique dans l’intérêt des enfants et des parents qui en ont le plus besoin, en donnant par exemple la priorité au développement de nouvelles crèches dans les quartiers populaires ou les zones rurales.

LCI : Cela passe-t-il nécessairement par la création de nouvelles places ?

Brigitte Bourguignon : On manque de places partout, dans toutes les collectivités, mais encore plus dans les zones où il y a un plus grand besoin social. Dans les quartiers les plus en difficulté et les territoires ruraux qui sont souvent sous-dotés, il faudrait 40.000 nouvelles places d’ici 2022. Je prends l’exemple de mon département, le Pas-de-Calais : il y a actuellement moins de 10 places de crèche pour 100 enfants. Je souhaite par ailleurs que l’on lève le voile sur l’opacité des critères d’attribution des places en crèche, car le système actuel n’est pas lisible. Cela implique d’obliger les communes à une transparence complète sur les critères d’attribution, sous peine de ne plus recevoir les aides nationales versées par les CAF. Mais ce n’est pas qu’une question de places en crèche. Il faut aussi développer fortement le soutien à la parentalité.

LCI.fr : De quelle manière ?

Brigitte Bourguignon : Je ne parlerais pas d’école des parents parce que ce serait stigmatisant, mais quand même… Il faut travailler à la reprise du dialogue avec certaines familles. Par exemple, dans les crèches telles qu’elles fonctionnent aujourd’hui, on devrait pouvoir réserver un lieu pour les parents afin de favoriser les actions de parentalité. Il existe déjà des expérimentations dans lesquelles certaines crèches font de l’insertion professionnelle avec des ateliers de recherche d’emploi pour des mères isolées et en situation de précarité. Tout cela peut aider à la fois le parent lui-même qui est démuni, et l’enfant à qui l’on donne des repères. Je précise que tout cela ne doit pas se faire au détriment des autres modes de garde, il s’agit avant tout d’investissement social pour des enfants qui n’ont pas accès à ces structures aujourd’hui. Seuls 5% des enfants issus de familles pauvres ont accès à ces structures, parce qu’on privilégie - et c’est normal - les parents ayant un emploi.

LCI.fr : En quoi la faible proportion d’enfants issus de foyers modestes dans les crèches constitue-t-elle un problème, à vos yeux ?

Brigitte Bourguignon : Beaucoup de choses se jouent dès les premières années chez l’enfant, tout le monde le sait. Si on veut travailler sur le mal profond et l’assignation à vie de certains enfants issus de milieu modeste, il faut commencer dès le plus jeune âge. Ce n’est pas parce que les parents ne travaillent pas qu’il ne faut pas une politique de la petite enfance adaptée, à la fois émancipatrice et ouverte. Quand une mère isolée en situation de précarité obtient un stage ou une formation, le modèle actuel, pas assez souple, ne lui offre pas la prise en charge dont elle a besoin.

LCI.fr : De manière plus globale, quel regard portent d’après vous les plus modestes sur les premiers mois de ce gouvernement ? Donnez-vous raison à ceux qui jugent sa politique économique bien plus favorable aux ménages aisés qu’aux autres ?

Brigitte Bourguignon : On est dans une recherche de solutions pour corriger tout ce qui a été mis en place pendant des années et qui n’a pas fonctionné. On peut toujours dire : "la politique actuelle est trop libérale", etc… Mais on ne peut pas corriger en sept ou huit mois tous les problèmes sociaux et sociétaux, qui ne relèvent pas seulement du seul pouvoir d’achat. C’est une question de regard, d’orientation globale d’une politique. On est sur une stratégie de long terme et donc il faut aussi ne pas toujours chercher à se défendre vis-à-vis de ces critiques, mais plutôt être sur l’offensive en expliquant l’objectif de notre politique.

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