Budget 2021 : quand la France renoue avec les déficits de la Grande Guerre... et de la grippe espagnole

Budget 2021 : quand la France renoue avec les déficits de la Grande Guerre... et de la grippe espagnole
Politique

CRISE DU CORONAVIRUS - Pour financer - entre autres - la compétitivité des entreprises, le gouvernement présente ce lundi un budget au déficit massif. De quoi arriver à une dette sans équivalent depuis un siècle, au sortir de la Première Guerre mondiale et de la pandémie de grippe espagnole.

Ce n'est encore que le volet "Recettes" du budget 2021 qui vient d'arriver pour débat à l'Assemblée Nationale, mais on sait déjà qu'il fera date. Avec un déficit projeté de 6,7% - dans l'hypothèse "volontariste" d'une reprise de croissance de 8% l'année prochaine -, la France retrouve le niveau de déficit des deux années 2009-2010 qui suivaient la crise financière.

Premier enjeu, et mesure la plus visible : une baisse prévue des impôts de production de l'ordre de dix milliards d'euros pour soutenir "la compétitivité des entreprises", comme l'explique Laurent Saint-Martin (LREM), rapporteur général du budget. Ces "impôts de production" représentent aujourd'hui une trentaine de milliards d'euros et sont très décriés par les industriels, en ce qu'ils ne dépendent que très partiellement de la bonne santé des entreprises.

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Un niveau de dette inédit depuis la Grande Guerre

Si elles ne représentent qu'une petite partie du plan de relance prévu de cent milliards d'euros, ces mesures fiscales additionnées à d'autres conséquences économiques de la pandémie aboutissent à un budget hors-norme. Au total, la dette publique de la France telle que la prévoit ce budget devrait atteindre 116,2% du Produit Intérieur Brut (PIB). Un chiffre que les économistes n'entrevoyaient pas pour avant 2024, dans des estimations qui dataient certes des premiers jours du confinement. Surtout, un niveau d'endettement que la France n'avait pas connu depuis les suites de la Première Guerre mondiale, mais aussi de la grippe espagnole, qui avait fait 400.000 victimes en plusieurs vagues successives entre 1918 et 1920.

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En 1921, au pic de la crise économique sortie de la Grande Guerre, la dette représentait 150% du PIB. En 1926, la charge de la dette sur le budget national avait même atteint son plus haut, à 41,6% du budget. Aujourd'hui, rien de comparable, du fait de taux d'intérêts eux aussi sans précédent, des taux négatifs qui permettent même à l'Etat de refinancer sa dette existante à bon marché, et de payer les intérêts dus aux meilleures conditions possibles. Un état de grâce du financement qui reste vulnérable aux retournements économiques, si l'inflation reprenait, par exemple, mais ce spectre-là ne semble pas à l'horizon.

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Si le principe de ces déficits fait peu débat, les oppositions se font entendre sur les conditions de son utilisation, voire de son financement. À droite, Éric Woerth (LR) aurait souhaité un budget envisageant plusieurs scénarios "en fonction de l'évolution de l'épidémie." À gauche, on réclame le retour de l'Impôt sur la Fortune, mais surtout des engagements et contreparties de la part des entreprises qui bénéficieront de ces baisses d'impôts. Une demande entendue, mais rejetée en l'état par l'exécutif. 

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Pour Jean Castex, ce n'est pas un faux débat, mais "il doit se traiter entreprise par entreprise, dans le cadre du dialogue social." Le débat sur ce premier volet du budget devrait durer une semaine. Les députés ont plus de 3.000 amendements à considérer.

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