Cahuzac : le financement du mouvement rocardien, vérité ou ligne de défense opportuniste ?

Politique
A l'ouverture de son procès pour fraude fiscale, l'ex-ministre du Budget Jérôme Cahuzac a lâché une bombe lundi : son premier compte ouvert en Suisse en 1992 a servi à financer le courant politique de Michel Rocard. Ses révélations sont-elles plausibles ou s’agit-il d’un nouveau mensonge ? La question a été débattue sur le plateau d’Yves Calvi, 24 heures en questions mardi sur LCI.

Apparemment, les personnes qui gravitaient dans l’entourage étaient au courant depuis longtemps. L’un d’eux, Jean-Luc Barré, avait même évoqué dans un ouvrage (Dissimulations. La Véritable Affaire Cahuzac) le lien qu’il existait entre un compte caché ouvert en Suisse par Jérôme Cahuzac  et le financement du mouvement rocardien. Mais pour les non-initiés, les révélations de l’ex-ministre du Budget, lundi à la reprise de son procès laissent sans voix. 


"Pourquoi cette sortie tonitruante dans le prétoire un mois et demi après la mort de Michel Rocard ? C'est tout de même surprenant" s’étonne Hélène Pilichowski, éditorialiste politique.  


En tout cas, la ligne de défense adoptée lundi  mérite d’être entendue estime Jérôme Sainte-Marie rappelant que Jérôme Cahuzac a mis en cause les rocardiens et non Michel Rocard, figure de la gauche réformatrice, devenue d’autant plus intouchable depuis son décès. "A minima, il agite l'eau pour que cette histoire qui était uniquement crapuleuse devienne complexe avec des prolongements politiques. Mais il y a un autre raisonnement. Il lance un avertissement public aux rocardiens qui occupent des fonctions éminentes au sein de l'appareil d'Etat. Or dans le milieu des mutuelles étudiantes, des rocardiens ont été mis en cause. Eux n'ont pas été canonisés " note le président de PollingVox .



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Cahuzac adresse-t-il des menaces voilées aux Rocardiens ?

Véridiques ou pas, les révélations entrent dans une ligne de défense cohérente visant à reléguer au second plan les accusations de fraudes fiscales dans un but d’enrichissement personnel et de collusion avec les laboratoires pharmaceutiques.  Pour Claude Weill, "il vaut mieux être un porteur de valises qu'un trafiquant d’influence qui se sert de son carnet d'adresses pour prendre des enveloppes et les planquer en Suisse. Même pénalement c'est moins grave. Et puis, cela veut dire  je suis un militant, j’étais un soldat de la gauche, je me suis battu". 


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Cahuzac : un "soldat de la gauche" qui s'est battu pour son courant politique?

Laurent Valdiguié reconnaît la "force du procès" et les aveux qui en jaillissent parfois. "Il y a toujours un moment où le président  fait passer le message à la personne jugée qu’elle peut faire bouger les lignes par rapport à l’instruction". Mais le rédacteur en chef de la cellule investigation du Journal du Dimanche ne croit pas trop, pour sa part, à la véracité des paroles du "paria de la République".  En cause, la personnalité complexe de Jérôme Cahuzac  et son envie de racheter à tout prix sa vie gâchée.  "Il s’est dit que ça allait servir sa défense, faire exploser son image précédente, celle d’une chute vertigineuse" conclut le journaliste. 

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