Cambadélis : "La tribune de Sarkozy sur l'Europe, c'est le plaidoyer du Merkozy"

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INTERVIEW – Jean-Christophe Cambadélis était jeudi l'invité du rendez-vous des Indés Radios, metronews et LCI. A quelques jours des européennes, le Premier secrétaire du Parti socialiste revient sur la tribune de Nicolas Sarkozy et rappelle les enjeux du scrutin.

Que vous inspire la tribune de Nicolas Sarkozy , publiée ce jeudi dans Le Point ?
C'est une critique sévère mais juste des dix ans de droite à la tête de l'Europe. On se demande pourquoi tout ce qui a été proposé avec madame Merkel n'a pas été engagé. Sur le fond, cette tribune, c'est le plaidoyer en creux du « Merkozy », qui a été critiqué par l'ensemble des peuples d'Europe. Cette tribune annonce le retour tonitruant de Nicolas Sarkozy dans la vie politique française. Mis à part cela, il est dans la continuité de ce qu'il n'a pas fait et de ce qu'il pensait nécessaire pour l'Europe, c'est à dire l'alliance avec madame Merkel.

Sur le fond, la proposition de remise à plat de Schengen vous semble-t-elle intéressante?
La question de l'immigration comporte deux sujets. D'une part, au niveau de l'immigration légale, Schengen est très utile. D'autre part, au niveau de l'immigration illégale, l'Europe - pas simplement la France et l'Allemagne mais tous les pays de L'UE - doit évidemment faire un effort pour mieux maîtriser ses frontières. Mais ce n'est pas suffisant : on ne réglera pas ce problème par la coordination de nos législations mais en étant en capacité d'investir dans les pays où il y a un maximum de migrants. En abordant ce sujet, Nicolas Sarkozy essaie de dérober le feu du débat sur l'immigration à madame Le Pen, tout en restant compatible avec les centristes.

Qu'est-ce qui oppose, au fond, la gauche et la droite à propos de l'Europe?
Nicolas Sarkozy ne veut pas entendre parler de la construction parlementaire : la Commission pour lui n'existe pas, il ne cite même pas Jean-Claude Juncker, le candidat de la droite à la présidence de la Commission. Pour lui l'Europe se résume à l'axe franco-allemand et pas à la Commission, encore moins au Parlement. Prendre en considération sa dimension législative est justement la divergence fondamentale entre la gauche et la droite. Si on veut changer l'Europe, on doit changer de majorité et donc mettre Schulz à la présidence de l'Europe.

En quoi le Parlement européen est-il si important pour le PS?
Le Parlement est le lieu des rapports de force du peuple avec les Etats, tandis que le Conseil est le lieu du compromis. Par exemple, à propos de l'obligation de la France de ramener son déficit à 3%, quand Martin Schulz se dit prêt à retirer les dépenses d'investissement du budget communautaire, cela démontre que le compromis est possible. On est en train de construire une architecture de la construction européenne qui a échappé à Nicolas Sarkozy dans son papier.

Vous deviez participer au débat européen de jeudi soir sur France 2. Pourquoi vous êtes-vous désisté en faveur de Martin Schulz, qui finalement n'y sera pas?
Il faut revenir en arrière. Dans une précédente émission de la chaîne, madame Le Pen avait refusé de débattre avec Martin Schulz. En retour, la chaîne avait proposé un débat avec les chefs de partis. J'ai alors proposé un débat européen, non pas avec moi mais avec Martin Schulz à ma place. Ce qui n'a pas plu à Marine Le Pen qui a considéré que je me défilais. Nous avons alors participé à un autre débat tous les deux. Et on en est resté là. Cela dit, je peux comprendre la logique de la chaîne qui consiste à donner une place aux leaders des partis. Je ne pense pas qu'elle ait cédé à Marine Le Pen.

Certains socialistes, comme Claude Bartolone ou Arnaud Montebourg, ont formulé des critiques très violentes sur l'Europe. Leurs prises de positions ne risquent-elles pas de créer une confusion et de favoriser le FN?
Non, pas du tout. Ils n'y vont pas avec le dos de la cuillère, mais cela fait partie du débat politique. Quant au Front national, il n'est fort que de l'abstention. S'il y a un débat droite-gauche suivi d'un investissement de nos concitoyens pour le vote, le FN sera contré.

Ne craignez-vous pas que les électeurs expriment un rejet de François Hollande, et du PS, à travers le scrutin européen?
Je ne crois pas, franchement. Je sais que c'est la campagne que veut mettre en place Jean-François Copé. Le président de l'UMP qui a pour seul argument de mettre un carton rouge à François Hollande.

Le Front de gauche et les souverainistes jouent sur la peur en abordant le thème du poulet à l'eau de Javel qui pourrait arriver dans nos assiettes en cas signature d'un traité de libre-échange entre l'Europe et les Etats-Unis. Comment rassurer les Français?
On peut avoir peur, le poulet à la Javel est inacceptable. C'est pourquoi je demande la transparence, que l'on soit au courant en temps et en heure de ce qui se négocie. Mais il faut toujours rester prudent dans ce que l'on dit tant que les négociations sont en cours. Il faut en effet rappeler que Barack Obama n'a pas la majorité au Congrès et qu'il doit il va y avoir des élections de mi-mandat avant. Cela signifie que les éventuels accords de libre-échange ne seront pas sur la table avant 4 ou 5 ans.

Que doit faire François Hollande dimanche, le soir du scrutin ? Quels enseignements devra-t-il tirer des résultats ?
Le Parti socialiste s'exprimera dès dimanche soir. Et le Premier ministre s'exprimera sûrement après, dimanche ou lundi. Le président de la République sera quant à lui amené à commenter les résultats lors du sommet européen, début juin.

Si le FN arrive en tête, le président restera-t-il silencieux?
La France en serait abîmée. Que le FN soit premier, deuxième ou troisième, évidemment François Hollande interviendra, mais j'ignore quand. 

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