"Carnage", "massacre à Gaza" : la France change de ton face à Israël

"Carnage", "massacre à Gaza" : la France change de ton face à Israël
Politique

GAZA - Il est déjà loin, le temps où François Hollande soutenait Israël à "prendre toutes les mesures pour protéger sa population face aux menaces" du Hamas. Désormais, le ton adopté par son ministre des Affaires étrangères Laurent Fabius est beaucoup plus ferme.

Après 28 jours de conflit armé entre Israël et le Hamas , la position de la France, surtout incarnée par Laurent Fabius, se durcit de plus en plus. Et contrecarre les premières déclarations du président de la République au début des hostilités.

"Combien de morts faudra-t-il encore pour que s’arrête ce qu’il faut bien appeler le carnage de Gaza ?". Cette question, c'est Laurent Fabius qui se l'est posée ce lundi dans un communiqué publié par le ministère des Affaires étrangères . "La tradition d’amitié entre Israël et la France est ancienne et le droit d’Israël à la sécurité est total, mais ce droit ne justifie pas qu’on tue des enfants et qu’on massacre des civils", a ajouté l'hôte du Quai d'Orsay, qui exige de nouveau "l’instauration d’un réel cessez-le-feu".

"Il appartient à Israël de prendre toutes les mesures pour protéger sa population"

Quelques heures plus tard, son collègue de l'Economie Arnaud Montebourg a utilisé le même terme pour qualifier l'attitude d'Israël. "A Gaza, le droit à la sécurité n'implique pas le droit au massacre, il serait temps de faire prévaloir le droit international sur l'impunité", a écrit le ministre sur Twitter. Un lexique gouvernemental beaucoup plus ferme donc, et inédit depuis le début de ce conflit.

Si François Hollande a - plus timidement que ses ministres - marqué un soutien plus fort aux populations civiles de Gaza ce même jour, en assurant que "la neutralité n'était plus de mise", la position de l'exécutif face à l'attitude d'Israël avait en effet été jusqu'à présent très mesurée. Le premier communiqué de l'Elysée , publié juste après un entretien téléphonique entre le Président et le Premier ministre israélien, avait même gêné toute une partie de la gauche. François Hollande "a exprimé la solidarité de la France face aux tirs de roquettes en provenance de Gaza. Il lui a rappelé que la France condamne fermement ces agressions. Il appartient au gouvernement israélien de prendre toutes les mesures pour protéger sa population face aux menaces", avait alors écrit la présidence.

L'attitude de François Hollande très critiquée

De son côté, Laurent Fabius s'est toujours montré plus ferme que le Président. Mais il n'avait jamais utilisé des morts aussi forts que "massacre" ou "carnage". Le 22 juillet dernier, alors que le conflit avait déjà causé la mort de 620 Palestiniens, le ministre des Affaires étrangères s'était contenté d'estimer que la riposte israélienne aux tirs de roquettes du Hamas à Gaza devait être "proportionnée". Et d'ajouter : "Six cents morts, c'est évidemment quelque chose qu'on ne peut pas accepter".

Alors, que s'est-il passé pour que le ton du gouvernement se fasse aujourd'hui beaucoup plus dur ? Les centaines de civils - dont de nombreux enfants - tués par les raids israéliens ne cessent de faire réagir l'ensemble de la communauté internationale. De nombreuses manifestations pro-palestiniennes ont eu lieu depuis le début du conflit, des dizaines de tribunes ont été publiées pour exhorter le président de la République à agir. Encore ce lundi, l'ex-président de Médecins sans frontières et la veuve de Stéphane Hessel ont publié un texte pour rappeler à François Hollande qu'il est " comptable d'une certaine idée de la France qui se joue à Gaza". Tous poussaient le gouvernement à se positionner.

La tribune de Dominique de Villepin : un élément déclencheur ?

Vendredi, la tribune de l'ancien Premier ministre Dominique de Villepin, publiée dans Le Figaro, n'était pas passée inaperçue. Comme Laurent Fabius ou Arnaud Montebourg ce lundi, l'ex-ministre des Affaires étrangères pendant la guerre en Irak a en effet dénoncé le "massacre" qui est perpétré à Gaza par Israël. Et a rappelé qu'il "n'y a pas en droit international de droit à la sécurité qui implique en retour un droit à l'occupation et encore moins un droit au massacre".

Contacté par metronews, le député EELV Sergio Coronado estime que c'est surtout l'actualité très récente qui a forcé le gouvernement à hausser le ton. "Les déclarations du Premier ministre israélien (qui souhaite poursuivre le conflit), l'indignation de l'ONU qui parle de crime de guerre, peuvent l'expliquer", estime le député.

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