Ce que les policiers attendent de Bruno Le Roux, le nouveau premier flic de France

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REMANIEMENT – Le ministère de l'Intérieur change de visage. A cinq mois de la présidentielle, c’est Bruno Le Roux qui revêt le costume de patron de la place Beauvau. Avec une fine marge de manœuvre.

A Beauvau, comme à chaque changement de ministre, on est entré dans un "tunnel" qui devrait durer au moins 48 heures. "Chaque changement de ministre de l’Intérieur nous donne beaucoup de boulot. Il faut tout lui expliquer, tout lui faire visiter, rédiger des notes", explique un haut fonctionnaire. 


Si Bernard Cazeneuve était globalement apprécié place Beauvau, pour certains, son départ est vécu comme un soulagement. "Le stress va pouvoir retomber. Car bien plus que d’autres ministres de l’Intérieur, Bernard Cazeneuve était devenu patron de la police. Retirant ainsi aux chefs leurs pouvoirs", poursuit ce policier. Qui ajoute : "Il en a fait même plus que Sarkozy qui, tout en étant omniprésent, n'oubliait pas de mettre en avant les chefs."

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Spécialiste de la sécurité

A sa place, c'est Bruno Le Roux qui va revêtir le costume de premier flic de France. Sans surprise, à peine était-il nommé que l’extrême droite tirait la première. Pour Gilbert Collard, député "Rassemblement Bleu Marine" du Gard, le choix de ce socialiste résulte d’une "improvisation". "Ce n'est pas la composition d'un gouvernement. C'est la décomposition du gouvernement!", a-t-il réagi sur BFM TV, mettant en doute les compétences de ce nouveau ministre de l’Intérieur. 


Pourtant, Bruno Le Roux est sans doute un des mieux préparés à cette fonction dans les rangs socialistes. Député de Seine-Saint-Denis, il connaît parfaitement les contraintes des policiers dans les zones sensibles. Acteur et penseur de la police de proximité, il a fait peu à peu de la sécurité une de ses spécialités. 

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Dossier en suspens : la légitime défense

"Il connaît bien la problématique. Mais beaucoup moins les rouages de l’Intérieur", relève un policier qui a vu se succéder tous les ministres de l’Intérieur de ces 20 dernières années. Or prévient-il, "il faut au moins trois ou quatre mois pour comprendre cette maison et prendre en main toutes les ficelles". Ainsi, en cinq mois, le temps qu'il lui reste d’ici à la présidentielle, la marge de manœuvre de Bruno Le Roux semble limitée. C’est sans doute pour cela que François Rebsamen, pourtant pressenti pour le poste, a refusé l’offre de ministre de l’Intérieur.


"Le gros dossier en suspens, c’est l’évolution de la légitime défense pour les policiers", poursuit l’un d’entre eux. Un rapport a été rendu à Manuel Valls, qui devrait donc continuer d’être traité par Bernard Cazeneuve depuis Matignon. Autre sujet, les moyens alloués à la sécurité publique pour calmer la fronde des policiers. "Tout cela est déjà arbitré, il n’aura qu’à appliquer ce qui est déjà décidé", ajoute-t-on.

Cinq mois pour laisser une empreinte

Reste la menace d'une nouvelle une crise terroriste à gérer à quelques mois de l’élection présidentielle. Scénario hautement probable puisque la communauté du renseignement ne cesse d’avertir que les sympathisants de Daech n’attendent que le lancement de la campagne présidentielle pour tenter de tirer profit de l’élection. Dans ce cas, Bruno Le Roux aurait-il les épaules pour affronter la séquence ? "La Place Beauvau est une administration forte. Qui peut, en cas d’extrême crise, tenir seule, et reposer sur l’existant. Et prendre des décisions fortes sans forcément attendre l’arbitrage du politique", coupe-t-on.


Par ailleurs, Bernard Cazeneuve, qui va sans doute amener avec lui une partie de ses conseillers à Matignon, continuera de garder un œil sur les questions de sécurité nationale. Et il est fort possible qu’en cas de nouvelle crise, la salle du fumoir de Beauvau, épicentre de la traque des terroristes lors des attentats de janvier 2015, se délocalise temporairement de l’autre côté de la Seine. Reste à savoir comment Bruno Le Roux incarnera la fonction. En cinq mois, pas sûr qu’il ait le temps d’y laisser son empreinte.

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