Centenaire de l'Armistice : "l'itinérance" d'Emmanuel Macron, "une initiative originale pour tenter de reprendre la main"

Politique
CENTENAIRE - "L'itinérance mémorielle et politique" du président français marquera les commémorations du centenaire de l'armistice de 1918, du 4 au 11 novembre 2018. Un parcours inédit du Président sur les lieux de bataille, pour la mémoire collective mais aussi pour tenter de renouer avec les territoires au moment où l'exécutif est en difficulté.

Une commémoration ininterrompue d'une semaine sur les traces des anciens Poilus. Emmanuel Macron, très attaché aux symboles, se livre à partir de dimanche à une démarche inédite pour un président français, qu'il a lui-même baptisée "l'itinérance mémorielle et politique" sur les lieux de la Grande Guerre. 


Un voyage qui a représenté "presque un an de travail", vante l'Elysée, et qui verra le chef de l'Etat arpenter dix départements de l'est et du nord de la France,  dont certains villages meurtris par le conflit mondial où "aucun Président ne s'est rendu depuis 1918". Seul le général de Gaulle avait accompli un tel périple, sur une période un peu plus courte. 

Lors de ce voyage, il sera, bien sûr, beaucoup question d'histoire. Le chef de l'Etat visitera notamment Morhange (Moselle), théâtre de la pire hécatombe pour les troupes françaises avec 20.000 morts par jour en août 1914, Verdun et l'ossuaire de Douaumont, La Flamengrie (Aisne) où le cessez-le-feu a été sonné pour la première fois, Maubeuge (Nord) ou encore Péronne (Somme), ville libérée par les Australiens. 

Renouer avec les Français

Mais l'objectif avoué de "l'itinérance" est surtout de parler des territoires "autrefois meurtris par la guerre et qui aujourd'hui sont meurtris par la crise", comme l'indique l'intitulé officiel. "Emmanuel Macron est un enfant de ces territoires", rappelle le député LaREM Jean-Jacques Bridey, président de la commission Défense à l'Assemblée, sollicité par LCI. "Il est d'Amiens, l'un de ces territoires qui, au-delà de la guerre, ont beaucoup souffert de la désindustrialisation." 

Le Président veut aller au contact des Français, comme il y excellait au début de son mandatBruno Jeanbart, directeur général adjoint de l'institut OpinionWay

Plus prosaïquement, le chef de l'Etat, en grande difficulté dans l'opinion, ne pouvait pas espérer un meilleur exercice que celui-ci, pourtant prévu de longue date, pour tenter de reprendre la main. Souvent critiqué pour les conséquences de ses réformes sur la France rurale et périurbaine et en froid avec une partie des élus locaux, le chef de l'Etat a ainsi inclus dans son parcours des visites systématiques sur le thème du développement économique (Pont-à-Mousson, en Meurthe-et-Moselle, le 5 novembre), des personnes âgées (Rozoy-sur-Serre, dans l'Aisne, le 7 novembre), ou encore de l'insertion et de la rénovation urbaine (Lens, dans le Pas-de-Calais, le 9 novembre). "La démarche s'inscrit dans la volonté d'un Président qui veut aller au contact des Français, comme il y excellait au début de son mandat, en replaçant la fonction au-dessus des débats", note le politologue Bruno Jeanbart, directeur général adjoint de l'institut OpinionWay, sollicité par LCI. "L'avantage de ces commémorations est de renforcer la dimension présidentielle et de limiter les risques d'accrochage. Il est là pour incarner un moment d'unité nationale. Sur la forme, c'est une initiative originale pour tenter de reprendre la main." 


Bref, un pèlerinage du centenaire qui prendra bien souvent des allures de campagne, à sept mois d'élections européennes cruciales pour le pouvoir en place, et de surcroît dans des départements qui sont loin de lui être électoralement favorables. 

Un Forum pour la paix pour rappeler que "le multilatéralisme est plus que jamais nécessaire"

Emmanuel Macron, qui recevra une centaine de chefs d'Etats et de gouvernements lors de son discours le 11 novembre sous l'arc de Triomphe, entend également faire de l'événement une tribune internationale pour défendre la stabilité mondiale et alerter sur les risques de conflits exacerbés à ses yeux par la montée des populismes, notamment sur le continent européen. 


"C'est le sens du Forum pour la paix qui se tiendra à Paris [10.000 personnes y sont attendues du 11 au 13 novembre à la porte de la Villette, NDLR]", indique Jean-Jacques Bridey. "Emmanuel Macron veut profiter de la présence des dizaines de chefs d'Etats pour rappeler que l'Europe vit depuis 70 ans dans la stabilité et la paix." Les chefs d'Etats invités "prendront la parole dans différents formats", a également indiqué l'Elysée, précisant que les commémorations seront l'occasion de plusieurs réunions bilatérales. Lors de cette intense activité diplomatique, "le message du Président" sera de rappeler que "le multilatéralisme est plus que jamais nécessaire", ajoute l'entourage du chef de l'Etat, et de plaider pour "le concept de paix durable". 


L'initiative sera d'autant plus scrutée qu'elle s'inscrit dans un contexte particulier, où la principale alliée d'Emmanuel Macron en Europe, la chancelière allemande Angela Merkel, est en grande difficulté dans son pays à quelques mois des élections européennes. 

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