Changement de gouvernement : comment se déroulent les tractations en coulisses ?

Changement de gouvernement : comment se déroulent les tractations en coulisses ?
Politique

COMPOSITION - Le nouveau duo de l'exécutif formé par Emmanuel Macron et Jean Castex est à l'oeuvre pour mettre en place un nouveau gouvernement. Un exercice particulièrement complexe qui doit tenir compte de trois critères indispensables.

C'est l'une des séquences les plus compliquées d'un changement de gouvernement qui se joue actuellement entre l'Elysée et Matignon. Après la nomination de Jean Castex en remplacement d'Edouard Philippe, vendredi, le nouveau duo de l'exécutif doit plancher ce week-end sur la composition du gouvernement. Le temps presse. L'Elysée souhaite "aller vite", afin d'avoir une équipe opérationnelle dès la semaine prochaine.

L'exécutif avait indiqué vendredi espérer aboutir avant lundi ou mardi, afin d'être en ligne pour le conseil des ministres prévu mercredi. Un objectif confirmé vendredi soir, sur TF1 et LCI, par le nouveau Premier ministre. "Le président de la République comme moi-même souhaitons aller vite", a indiqué Jean Castex vendredi soir sur TF1. "Je souhaite prononcer mon discours de politique générale en milieu de semaine prochaine. L'objectif est d'être à pied d'oeuvre le plus vite possible.

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Changement versus remaniement ministériel

Le mandat d'Emmanuel Macron avait été rythmé précédemment par une série de remaniements de plus ou moins grande ampleur, suscités par les départs, notamment, de Richard Ferrand, François Bayrou, Nicolas Hulot, François de Rugy ou encore, dernièrement, Agnès Buzyn. 

Techniquement, ce qui est à l'oeuvre actuellement n'est pas un simple remaniement mais un "changement de gouvernement", quand bien même certains ministres conserveraient leur portefeuille ou bien une place dans le nouvel exécutif. Le Premier ministre a démissionné, est remplacé par un nouveau chef de gouvernement, qui va mettre sur pied une nouvelle équipe et prononcer un discours de politique générale, mercredi prochain, sur la base d'une nouvelle orientation et de nouvelles priorités. L'ampleur des modifications dans l'exécutif rend donc la tâche encore plus complexe que lors d'un simple remaniement. 

La première contrainte, définir les périmètres

Durant les prochaines heures, l'exécutif va se livrer à un exercice d'équilibriste soumis à une contrainte majeure, la redéfinition des périmètres ministériels - l'Elysée ayant promis un gouvernement "plus resserré".

"Il y a des invariants dans la composition d'un gouvernement", a expliqué samedi, sur LCI, Pierre-René Lemas, ancien secrétaire général de l'Elysée entre 2012 et 2014, sous François Hollande. "Il va y avoir durant deux jours un exercice qui ressemblera davantage à un Rubik's cube qu'à un puzzle. Il va falloir découper les périmètres ministériels, essayer de créer de grands pôles, mais également prévoir une répartition plus politique. Il faudra bien des poids lourds."

Même avec un gouvernement plus "resserré", c'est une architecture complexe qui doit être mise en place. "Il y aura un premier cercle", celui des grands ministères, "puis un second, avec des secrétaires d'Etat, puis peut-être des hauts commissaires, plus spécialisés", selon l'ancien secrétaire général de l'Elysée. "Aucun doute qu'il y aura des spécialistes dans ces grands pôles". L'hypothèse d'une annonce en plusieurs étapes, d'abord les ministres, puis les secrétaires d'Etat et les éventuels hauts commissaires, n'est d'ailleurs pas exclue. 

Trouver le bon équilibre politique

La seconde contrainte, étroitement liée à celle du périmètre, est bien sûr le casting des nouveaux ministres, avec les fameux coups de fil attendus dans les prochaines heures par les intéressés. Pour l'heure, l'exécutif a simplement promis de recruter "de nouveaux talents" et des personnalités "venues d'horizons différents". Jean Castex a ajouté, vendredi soir, que l'équipe serait également "paritaire". 

Une réflexion avait commencé "plusieurs jours, voire plusieurs semaines" avant la nomination de Jean Castex, mais c'est bien dans la dernière ligne droite qu'une partie de cette sélection se joue. Le Premier ministre avait d'ailleurs rendez-vous samedi à l'Elysée, en milieu de journée, l'occasion d'une première rencontre officielle dans ses nouvelles fonctions avec Emmanuel Macron, en vue de peaufiner la liste des futurs ministres.  

Reste à savoir quelle tonalité le chef de l'Etat souhaitera donner à sa nouvelle équipe, et de quel côté penchera la balance. La nomination de Jean Castex, élu marqué à droite, s'est accompagnée de celle de son directeur de cabinet, Nicolas Revel, un macroniste issu de la gauche, qui était secrétaire général adjoint de François Hollande au même moment qu'Emmanuel Macron. Le président de la République sera-t-il enclin à nommer au gouvernement des personnalités de gauche, ou à renforcer celles de droite ? "A 18 mois d'une campagne présidentielle, je ne vois pas de grand leader de la droite républicaine entrer au gouvernement", jugeait samedi, sur LCI, le sénateur LR des Hauts-de-Seine Roger Karoutchi. A moins que la nomination d'un proche de Nicolas Sarkozy comme Jean Castex ne fasse changer d'avis certains de ces ténors. 

L'obligation de transparence

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La troisième contrainte du changement de gouvernement tient à l'obligation de transparence des futurs ministres. Les nouveaux membres du gouvernement devront, dans les deux mois suivant leur nomination, adresser à la Haute autorité pour la transparence de la vie publique (HATVP) une déclaration de situation patrimoniale ainsi qu'une déclaration d'intérêts, qui seront rendues publiques. 

La tâche paraît simple pour le nouveau locataire de Matignon. Jean Castex avait déjà transmis en 2014 une déclaration à la HATVP, en tant que que président de communauté de communes. Cette déclaration a été mise à jour en janvier 2020, pour tenir compte des indemnités liées à sa nomination comme délégué interministériel aux Jeux olympiques entre 2018 et 2020.

Pour les nouveaux ministres, notamment ceux qui seraient issus du privé, l'opération est plus délicate. Il s'agit, pour l'exécutif, de passer au crible tous les revenus et les patrimoines avant même les nominations afin de s'assurer de l'absence de conflit d'intérêt ou de situation fiscale litigieuse, susceptibles de remettre en cause leur nomination après coup. Des vérifications qui imposent des délais supplémentaires. Dans la pratique, depuis la mandat de François Hollande, les noms des "ministrables" sont même transmis avant l'heure aux agents de la HATVP afin de limiter les risques. Ce qui n'empêche pas les possibles trous dans la raquette : en décembre dernier, le haut commissaire aux retraites Jean-Paul Delevoye avait été contraint de démissionner après avoir omis de déclarer plusieurs mandats à la Haute autorité, qui a saisi la justice. 

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