Chômeurs, étudiants, migrants, retraites : les chantiers très sensibles d'Emmanuel Macron en 2018

Politique
ANNÉE TEST - Passées les premières mesures du quinquennat, dont celle du Code du travail, 2018 pourrait être l'année de la véritable épreuve du feu pour Emmanuel Macron. Plusieurs réformes sociales seront conduites au pas de charge. Revue de calendrier.

Ses opposants, Jean-Luc Mélenchon en tête, l'ont prévenu : il a remporté ses premières batailles, mais pas la guerre. Emmanuel Macron, qui a pu conduire sans heurts les premières réformes de son quinquennat - Code du travail, moralisation de la vie publique, mesures d'économies budgétaires - lors des six premiers mois de mandat, est attendu au tournant pour cette nouvelle année 2018.


Le chef de l'Etat et son gouvernement ont en effet programmé dans les mois qui viennent un rythme de réformes intense, dont certaines sont d'ores et déjà critiquées. L'exécutif aura également à trancher, à très court terme, un dossier chaud. 

Notre-Dame des Landes

Le projet d'aéroport de Notre-Dame-des-Landes, cette patate chaude transmise par ses prédécesseurs, arrive sur le bureau d'Emmanuel Macron. Sur la base d'un nouveau rapport d'experts rendu mi-décembre, le chef de l'Etat a promis de trancher d'ici fin janvier sur le lancement ou non de ce chantier très contesté par les écologistes et, au sein même du gouvernement, par le ministre Nicolas Hulot. Le sujet est également un problème de sécurité, le ministre de l'Intérieur Gérard Collomb ayant concédé mardi matin que la décision devrait s'accompagner d'une évacuation par les forces de l'ordre des "zadistes" qui occupent la zone. Les élus locaux et les parlementaires concernés seront reçus cette semaine à Matignon, puis la semaine prochaine à l'Elysée. 

Plan fac

Le leader des Insoumis, Jean-Luc Mélenchon, espère voire dans leur éventuelle mobilisation la première brèche dans la politique d'Emmanuel Macron. Les étudiants seront aux premières loges en ce début d'année avec le débat autour du projet de loi pour "l'orientation et la réussite des étudiants", bientôt examiné au Sénat, pour un vote définitif prévu fin février. 


Au menu de la réforme effective à la rentrée 2018 : la "prise en charge personnalisée" des futurs étudiants, la transformation du cursus de licence et surtout l'instauration de prérequis, ou "attendus", pour entrer dans certaines filières sous tension, ce que l'opposition assimile à de la sélection. Jusqu'ici, le dossier a pourtant mobilisé faiblement la jeunesse et suscité peu de remous à l'Assemblée nationale. 

Assurance chômage et apprentissage

Avec la réforme de l'Assurance chômage, qui doit aboutir avant la fin de l'été 2018, Emmanuel Macron veut tenir l'un de ses principaux engagements de campagne. Cette réforme prévoit d'ouvrir l'indemnisation à certains salariés démissionnaires, afin de favoriser la mobilité professionnelle, ainsi qu'aux professions indépendantes, jusqu'ici privées de ressources en cas de perte de revenu. La contrepartie, particulièrement contestée par les syndicats, consistera à renforcer le contrôle et les sanctions à l'encontre des chômeurs dont les recherches d'emploi ne seraient pas suffisamment actives. Un sujet brûlant qui doit faire l'objet d'une concertation courant janvier. 

Le gouvernement mène parallèlement avec les syndicats et le patronat une discussion en vue de la réforme de l'apprentissage et de la formation professionnelle, là encore pour un débat au Parlement au printemps. Le projet, qui pourrait donner un rôle central aux entreprises et aux branches professionnelles, suscite l'inquiétude des régions, dont l'apprentissage est l'une des compétences traditionnelles. 

Retraites

La réforme des retraites est également au menu de ce premier semestre 2018, a confirmé mercredi Edouard Philippe, même si son adoption pourrait s'étaler sur toute l'année, voire jusqu'au premier trimestre 2019. Le projet de l'exécutif est de créer un système "universel" de retraite qui remplacerait les 37 régimes qui cohabitent en France, et s'appuierait sur le principe de la retraite à points, un euro cotisé devant donner accès aux mêmes droits pour tous. Le sujet très sensible des régimes spéciaux devrait être remis sur le tapis par la même occasion. 

Logement

Le projet de loi "évolution du logement et aménagement numérique" (Elan) fait l'objet d'une "conférence de consensus" au Sénat dépuis le 12 décembre, et jusqu'à la fin du mois de janvier. La réforme doit notamment traiter des questions de simplification des normes en matière d'urbanisme, de la facilitation de la délivrance des permis de construire ou encore de la mixité sociale et des sanctions contre les marchands de sommeil. 


Mais après la baisse des APL de l'automne dernier, ce chantier qui doit aboutir à un projet de loi en février doit également aborder le sujet polémique de la réduction des loyers que l'exécutif souhaite faire peser sur les bailleurs sociaux, en contrepartie de la baisse durable des aides au logement pour les locataires. 

Droit d'asile et immigration

Le sujet promet de mobiliser une partie de la gauche contre l'exécutif. Et pourquoi pas, de réactiver certains clivages traditionnels : au sein même de la majorité LREM, des voix s'élèvent contre le durcissement annoncé de la politique de l'immigration et la possible hausse des reconductions à la frontière. Une circulaire transmise mi-décembre aux préfets, instaurant un recensement des migrants dans les lieux d'accueil, a lancé la controverse. 


A partir du 11 janvier, le gouvernement consultera les associations concernées afin de préparer sa future loi sur l'immigration, mais aussi sur le droit d'asile, qu'Emmanuel Macron veut rendre plus "efficace". 

Réforme de la justice

Les travaux de concertation avec les professionnels du monde judiciaire vont aboutir à la remise des conclusions le 15 janvier prochain. Au menu : la transformation numérique des procédures, l'amélioration et la simplification des procédures pénale et civile. Emmanuel Macron souhaite que les peines prononcées par le juge soient systématiquement exécutées, tout en prônant le développement des mesures alternatives à la prison pour les "petits" délits de droit commun. 


Sur ces sujets, l'opposition de droite compte être en pointe, en portant notamment la proposition de rétablir les peines planchers en cas de récidive, instaurées sous Nicolas Sarkozy puis abrogées par Christiane Taubira. Là encore, une bonne occasion pour les adversaires de la majorité de réactiver des clivages mis sous cloche depuis l'élection d'Emmanuel Macron. 

Réforme constitutionnelle

Emmanuel Macron va engager la réforme constitutionnelle promise durant la campagne, prévoyant notamment la limitation à trois mandats parlementaires et la réduction du tiers des effectifs du Parlement. Après l'Assemblée nationale, le Sénat doit rendre mi-janvier, par l'entremise de son président Gérard Larcher, ses propositions sur le sujet. A l'issue de cette concertation, un projet de loi sera présenté "au cours du premier semestre 2018", a indiqué Edouard Philippe mercredi.


La tâche est particulièrement ardue pour Emmanuel Macron, puisque la réforme constitutionnelle nécessite, à moins de recourir à un référendum, un vote majoritaire du Parlement. S'il est soutenu par une majorité absolue à l'Assemblée nationale, le chef de l'Etat devra trouver des compromis pour gagner à sa cause la majorité de droite au Sénat. 

Les autres chantiers

Le calendrier des réformes, détaillé par le Premier ministre après le séminaire gouvernemental, mercredi, prévoit plusieurs autres chantiers. Parmi eux : le projet de loi faisant suite aux états généraux de l'alimentation (fin janvier), le projet de loi de programmation militaire qui doit consacrer une hausse du budget pour la Défense (février), les conclusions sur l'évolution du Grand Paris (février), la Stratégie nationale de lutte contre la pauvreté (mars 2018), un plan contre les violences faites aux femmes (printemps) et la mise en oeuvre progressive d'une offre sans reste à charge pour certains soins dentaires et optiques.

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