Christian Estrosi : "La montée de l'antisémitisme est due au laxisme du gouvernement"

Christian Estrosi : "La montée de l'antisémitisme est due au laxisme du gouvernement"
Politique

INTERVIEW - Le député-maire UMP de Nice Christian Estrosi déposera cette semaine, "mardi ou mercredi", une proposition de résolution demandant la création d'une commission d'enquête sur la montée de l'antisémitisme en France. Il s'en explique auprès de metronews.

Pourquoi demandez-vous la création de cette commission d'enquête ?
Il est clair qu'aujourd'hui les manifestations, comportements et actes antisémites augmentent dans des proportions considérables, comme le révèlent les récents chiffres du ministère de l'Intérieur confirmés par le Conseil représentatif des institutions juives de France. Sur les 7 premiers mois de 2014, 527 actions ou menaces ont été enregistrées, soit une augmentation de 91% par rapport à la même période l'an passé ! Les nombreux débordements qui ont émaillé les manifestations pro-palestiniennes cet été ont fait resurgir le spectre d'un nouvel antisémitisme impuni.

A quoi attribuez-vous cette recrudescence des actes antisémites ?
Je crois que pour beaucoup, elle est due à un laxisme du gouvernement. A force de ne pas sanctionner un certain nombre de comportements et de propos, alors que la loi le permet, ou d'avoir une attitude extrêmement ambiguë à l'égard de la lutte d'Israël contre le mouvement terrorisme Hamas, un certain nombre de personnes se disent que la brèche est ouverte. Pour elles, faire la quenelle, dire "on est tous des Mohammed Merah", brûler des synagogues, des commerces juifs, cela n'a plus d'importance.

Au mois de juillet à l'Assemblée, vous aviez déjà dénoncé l'inaction de François Hollande. La gauche vous avait alors accusé de diviser et d'instrumentaliser le conflit israélo-palestinien...

Qui divise ? N'est-ce pas plutôt ceux qui acceptent des provocations à l'égard des juifs de France parce qu'il y a un conflit entre Israël et le Hamas ? Je défends simplement ce qui me paraît être la justice. La France, pays des Lumières, n'a pas le droit de se salir en ne réagissant pas face à ces comportements.

Plutôt que d'aller sur le terrain de la polémique en pointant ainsi les responsabilités, le phénomène ne réclame-t-il pas une démarche de rassemblement et d'union nationale ?
Je l'appelle dans le cadre de cette commission d'enquête. Si la majorité socialiste considère comme moi qu'il y a un malaise, qu'elle s'associe à cette commission d'enquête ! Co-présidons là ensemble et donnons lui les moyens de faire son travail. Ainsi, nous pourrons mener durant six mois les investigations nécessaires sur la résurgence et l'accélération de ces comportements, et en même temps faire des propositions pour y mettre un terme.

Concrètement, sur quel type de propositions pourrait déboucher votre commission d'enquête ?

Je n'ai pas demandé une commission d'enquête pour apporter des conclusions avant. Je pense que notre arsenal juridique pourrait déjà permettre de répondre à beaucoup de choses.

La semaine dernière, Manuel Valls a lui aussi dénoncé "un nouvel antisémitisme" et a proposé de "remettre à plat" le plan d'action contre le racisme, l'antisémitisme et la xénophobie. Le soutenez-vous dans cette démarche ?
Quand je le réclame, je serais un diviseur, et lui pas ? Que monsieur Valls se comporte en rassembleur en donnant son feu vert à la création de cette commission d'enquête. Qu'il laisse le groupe socialiste proposer que nous nous partagions les rôles entre président et rapporteur de la commission. Nous porterons ensuite à sa connaissance le fruit de nos investigations, pour ensemble proposer les réponses les plus adaptées.

Pensez-vous obtenir cet aval des socialistes ?
Je ne sais pas si le groupe socialiste ou le gouvernement partagent ma position, au vu du laxisme dont ils ont jusqu'à présent fait preuve. En tant que maire de Nice, j'ai fourni à la justice des enregistrements de caméras de vidéosurveillance montrant des gens faire la quenelle devant des policiers qui ne réagissent pas, d'autres où l'on voit des individus crier "Israël assassin, à mort les juifs". Pourquoi n'y a-t-il pas d'instructions données pour que la justice engage des poursuites ? On ne peut pas dire que l'on est inquiets alors que l'on n'agit pas. Le moyen de donner un signe de bonne foi, c'est d'accompagner ce que je propose.

Avant l'été, le Parti de Gauche et des députés socialistes avaient demandé la création d'une commission d'enquête après les incidents devant des synagogues, afin de savoir s'il y avait "eu des actes antisémites" et "des provocations délibérées commises par des militants de la Ligue de Défense juive". Ce travail serait-il réalisé au sein de votre commission ?
Non, parce que celle-ci ne porterait pas exclusivement sur les manifestations, mais globalement sur le phénomène et l'augmentation des comportements antisémites dans notre pays. Bien évidemment, les événements de l'été comptent pour beaucoup, mais il n'y a pas que cela dans les statistiques.

Avec le retour de Nicolas Sarkozy , que vous soutenez, certains redoutent que l'on ne soit déjà entré dans la campagne présidentielle. Cela ne nuit-il pas à des sujets de fond comme celui que vous soulevez aujourd'hui ?
Malheureusement, on était déjà en campagne présidentielle avant même le retour de Nicolas Sarkozy. La présidence de François Hollande est tellement contestée que beaucoup se sont livrés à cette accélération du calendrier. Moi, je pense que la solidité de nos institutions, voulue par le général de Gaulle, fait qu'il n'y a pas de justification à ce qu'il y ait une campagne présidentielle avant l'heure. Le retour de Nicolas Sarkozy nous permet tout simplement de clore un épisode peu glorieux de l'histoire de la droite, parce que depuis deux ans et demi nous n'avons pas offert la meilleure image qui soit. Si on veut laisser monter inexorablement le Front national, il fallait surtout continuer comme avant.

Avez-vous discuté avec lui de cette proposition de commission d'enquête ?
Bien évidemment, il n'est pas là pour se mêler de tout ce que peuvent faire chacun des parlementaires. Mais je sais que je suis totalement en phase avec lui, pour l'avoir accompagné souvent en Israël, et encore récemment. Il est extrêmement sensible à la cause des Juifs de France et de l'Etat d'Israël.

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