Chute du mur de Berlin : "C’était un symbole mais tout avait commencé bien avant", affirme Hubert Védrine

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L'INTERVIEW POLITIQUE - Hubert Védrine est l'invité politique d’Elizabeth Martichoux dans la matinale de LCI ce vendredi 8 novembre. L'occasion pour l'ancien ministre des Affaires étrangères d'évoquer les trente ans de la chute du mur de Berlin mais aussi les propos critiques d'Emmanuel Macron sur l'Europe et l'OTAN.

Élizabeth Martichoux recevait ce vendredi matin sur LCI, dans son interview politique, Hubert Védrine. Porte-parole de la présidence de la République de 1988 à 1991 sous François Mitterrand, ministre des Affaires étrangères dans le gouvernement Jospin de 1997 à 2002, puis auteur d’un rapport sur l'OTAN pour François Hollande en 2013, il apparaît comme l’un des mieux placés pour commenter l’impact de la chute du mur de Berlin, dont on fêtera les trente ans samedi, ou encore les récentes critiques émises par Emmanuel Macron contre l'OTAN. Passage en revue de ses réponses.

Sur la chute du mur de Berlin

"On était tellement dans le processus de l’affaiblissement de l’URSS, ce n’était pas un mouvement allemand. On en parlait depuis 1981. Mais pour les Berlinois, cela a été une accélération extraordinaire, même le chancelier Helmut Kohl ne croyait pas encore en une réunification. Nous étions dans une époque visuelle, donc d’émotion. Les gens croient que le mur a été abattu à coups de pioches alors que pas du tout, il a été ouvert. C’était un symbole mais tout avait commencé bien avant. Les Polonais, les Hongrois, avaient ouvert le rideau de fer plusieurs années avant. Il ne faut pas négliger l’émotion, qui est légitime, mais il faut aussi remettre les choses à leur place. Le régime soviétique était déjà mort-vivant en 1989. Et il a survécu encore deux ans après."

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Sur l’erreur des Occidentaux par rapport aux Russes

"Je crois que, sur le moment, ils n’ont pas été intelligents avec la Russie, en se mettant à la considérer comme un sous-pays, une puissance négligeable. C’est pour cela qu’aujourd’hui, Poutine adopte une posture de défiance, et étend son territoire en Crimée ou en Ukraine. La Russie est redevenue nationaliste et c’est de là que ça vient."

Sur le terme d’"annexion de l’Allemagne de l’Est" employée par Le Monde diplomatique et applaudi par Jean-Luc Mélenchon

"C’est un vieux débat entre Allemands, depuis le début, bien au-delà du mélenchonisme. Un mouvement minoritaire de gauche radicale, die Linke, considère qu’il s’agit d’une annexion, par nostalgie du communisme est-allemand. Les Allemands ont le droit d’en parler entre eux, mais n’arrivons pas là-dedans avec nos gros sabots. Soyons modérés et responsables. Tous les pays d’Europe ont des problèmes de décalage. Regardez le Brexit…"

Sur l’avènement supposé du capitalisme après la chute du mur

"Ce n’est pas le capitalisme, c’est l’Occident qui impose sa puissance partout, avec derrière un impérialisme américain et une grande naïveté européenne. Les Européens se croient dans le monde des Bisounours alors que c’est plutôt Jurassic Park. Aujourd’hui, on constate que l’histoire n’était pas terminée en 1989. Des dizaines de pays émergents, la Chine en tête, mais aussi tous les pays anciennement colonisés, sont entrés dans la foire d’empoigne mondiale. Les Européens ont longtemps vécu dans une illusion sans en tenir compte. D’ailleurs, ils croient toujours qu’une communauté internationale existe (sourire)."

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Sur les propos critiques d'Emmanuel Macron sur l'Europe et l’OTAN

"Il a raison. Mais il faut bien avoir en tête que l’Europe s’est construite sous la protection des États-Unis face à la menace de Staline. Il n’y  a pas de puissance à proprement parler dans l’ADN de l’Europe, juste des valeurs universalistes, qui souvent ne correspondent pas à la réalité. Je trouve le Président Macron courageux là-dessus, comme sur l'OTAN, par ses initiatives, ses prises de position. L’Allemagne le critique ? C’est normal, elle reste tétanisée par son passée et n’a pas d’intérêt à perdre sa puissance dans une réforme. Elle reste au centre de tout en Europe. Et la politique d’Angela Merkel reste une politique d’immobilisme. Il y a en fait un doute sur la garantie de protection américaine depuis des décennies. Les États-Unis ne veulent plus de l'OTAN depuis longtemps, et les Européens veulent y rester faute de mieux. Mais on ne peut plus compter sur les États-Unis, ce qu’Angela Merkel elle-même a compris dès sa première rencontre avec Donald Trump… Le discours de vérité d’Emmanuel Macron peut créer un déblocage, convaincre les Européens de former un pôle de défense autonome, quitte à se passer de l’Allemagne au départ du processus. Sinon, c’est quoi l’autre option ? L’apathie, le renoncement, rien."

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