Code du travail : pour Caroline de Haas, "vous pouvez faire un super dialogue social avec une loi toute nulle"

LOI TRAVAIL - En dévoilant la feuille de route de leur réforme du code du travail, Edouard Philippe et Muriel Pénicaud se sont principalement livrés à un exercice de communication, selon Caroline de Haas, candidate aux législatives dans la 18e circonscription de Paris et vive opposante au projet.

"Du bla-bla. Rien de nouveau sous le soleil". C'est le constat dépité que Caroline de Haas dresse, après avoir visionné les images de la conférence de presse donnée par Edouard Philippe et sa ministre du Travail, Muriel Pénicaud, pour présenter leurs ambitions en vue de la réforme du code du travail. Et le moins que l'on puisse dire, c'est que les précautions prises par les deux ministres n'ont pas vraiment convaincu la candidate écologiste aux législatives dans la 18e circonscription de Paris : "On retrouve dans l'ensemble ce qui a été sorti dans l'article du Parisien [...]. C'est un approfondissement de la loi El Khomri."

Les accords d'entreprise de la discorde

La loi El Khomri, du nom de l'ancienne ministre du Travail, Caroline de Haas la connaît bien pour l'avoir décortiquée dans tous les recoins et pour avoir lancé une pétition au succès monstre intitulée "Loi Travail, non merci" (1,3 million de signatures) - elle a d'ailleurs lancé sa petite soeur, intitulée "Loi Travail : c'est toujours non, merci". Du point de vue de cette cheffe d'entreprise, tout, dans la communication d'Edouard Philippe et Muriel Pénicaud, laisse entendre que "le code du travail va être rendu obsolète" : et avec, les certitudes apportées par la loi en matière de paiement des heures supplémentaires, d'indemnités de licenciement. "Quand Muriel Pénicaud dit que la loi gagnera en importance en se concentrant sur les fondamentaux, on ne sait pas de quels droits elle parle. Ces gens-là disent tout et son contraire."

Dans la liste des inquiétudes de la militante, "l'inversion de la hiérarchie des normes", ce concept qui veut que ce soit non plus la loi ou la branche qui détermine le code du travail dans une entreprise, mais l'entreprise elle-même... au risque d'obtenir des accords moins favorables aux salariés. "Ce n'est pas en baissant le nombre d'organisations de représentation du personnel que les salariés vont pouvoir défendre leurs droits", critique-t-elle, dans une allusion à la volonté affichée de fusionner le CHSCT, le CE, les représentants du personnel et les délégués syndicaux en une seule instance. De façon générale, Caroline de Haas ne voit pas comment le dialogue social dans l'entreprise pourrait éviter les dérives défavorables aux salariés : "Quand vous voulez négocier, plus vous êtes bas dans la chaîne, moins vous avez un rapport de forces en votre faveur." 

Ça fait 30 ans qu'on flexibilise, ça ne marche pas !

Et ce n'est pas la multiplication des concertations promise par le pouvoir aux partenaires sociaux qui aide à faire la pilule : "Quelle que soit la méthode choisie, s'il y a un désaccord politique, il y a un désaccord politique. [...] Vous pouvez faire un super dialogue social, une super concertation, avec une loi pourrie et toute nulle." Une loi d'autant plus "nulle", prédit-elle, qu'elle ne réduira en rien le problème du chômage : "Ça fait 30 ans qu'on flexibilise le code du travail pour lutter contre le chômage et ça ne marche pas. Mais peut-être que, par magie, parce qu'Emmanuel Macron est président, ça va s'améliorer ! Mais je n'y crois pas."

Bonne ou mauvaise, la réforme a toutes les chances de passer, avec la vague de marcheurs qui s'apprête à déferler sur l'Assemblée nationale. "La gauche offre un visage tellement triste qu'elle ne me paraît pas capable de se présenter comme une force rassurante et protectrice face à cette loi qui se prépare", soupire la candidate, qui se présente face à... Myriam El Khomri. Le terrain est-il déminé pour la future loi Travail ? "Non, parce que la démocratie ne se limite pas au Parlement et parce que seule une minorité d'électeurs de Macron était d'accord avec lui." Autant dire que, quelle que soit l'issue des négociations, la rentrée sociale risque d'être chaude.

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