Des larmes de l'Elysée à la fâcherie avec Macron, l'éloignement de Collomb, le premier fidèle

Politique
CA NE MARCHE PLUS - Le départ de Gérard Collomb du gouvernement vient entériner une crise relationnelle tardive entre le ministre de l'Intérieur et Emmanuel Macron, qui avaient affiché jusqu'à il y a quelques semaines une solide amitié politique. Une dégradation soudaine sur laquelle LCI revient en cinq points-clé.

S'il en est un qu'on n'aurait pas imaginé, il y a un peu plus d'un an, alors que la Macronie faisait son entrée sous les ors de la République, causer tant de chagrins au gouvernement, c'est bien lui. Et pourtant. Un mois après Nicolas Hulot, dont l'annonce du retrait n'aura surpris que sur la forme, c'est au tour de Gérard Collomb, briscard parmi les briscards du président, de plonger l'exécutif dans la crise. En effet, le numéro 3 du gouvernement a, en deux jours, proposé deux fois sa démission à Emmanuel Macron qui, après l'avoir balayée la veille, l'a acceptée mardi 2 octobre au soir, annonçant par ailleurs "attendre les propositions du Premier ministre" pour trouver une remplaçant. Non sans regretter, moins de 24 heures après l'avoir assuré de son soutien, que son ministre se soit mis en situation "de devoir démissionner"... Un divorce rapide pour une amitié politique qui avait pourtant marqué par son intensité, et sur laquelle LCI revient.

Les larmes de l'investiture

Cela restera comme une image marquante du début du quinquennat. Le 14 mai, alors qu'Emmanuel Macron reçoit ses attributs présidentiels, c'est un Gérard Collomb particulièrement ému qui assiste à la cérémonie, au premier rang des fidèles, des larmes coulant sur sa joue.

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Passation de pouvoirs : Collomb ému aux larmes face à Macron

Pour le sénateur-maire de Lyon, ténor de l'aile droite du PS, toujours cité par les ministrables socialistes mais jamais nommé, c'est l'heure de la consécration. Il a communiqué sa sympathie à Emmanuel Macron dès son passage à Bercy, par exemple en octobre 2015, et s'est réclamé de sa proximité avec lui dès que les premières rumeurs de démission du jeune ministre de l'Economie se sont fait jour. Avant, évidemment, de le soutenir ouvertement, quand ce dernier annonce sa candidature à l'élection présidentielle. Rien d'étonnant quand on sait que la ville de Lyon, où Emmanuel Macron a donné ses premiers meetings, où Gérard Collomb, quand il en était le maire, a allié la gauche et la droite sur de nombreux projets, et où le parti présidentiel a tenu son premier congrès, est aujourd'hui considérée par les marcheurs comme la "capitale de la Macronie".

Des lois symboliques

Epouvantail de l'opposition pendant son passage place Beauvau, Gérard Collomb endosse l'habit du bon soldat, ministre en première ligne sur les dossiers de sécurité et d'immigration. Après Manuel Valls et Bernard Cazeneuve, il prend un poste stratégique dans une France qui n'échappe toujours pas aux attentats ou projets d'attentats terroristes. Il porte ainsi le premier texte sécuritaire du quinquennat Macron, visant à faire entrer des dispositions de l'Etat d'urgence dans le droit commun, à l'automne 2017. Viendra ensuite le texte Asile et immigration, qui lui vaudra de renforcer son statut de tête de turc de l'opposition de la gauche, mais aussi de certains parlementaires de la majorité. Un débat qui le verra être accusé par cette dernière de complaisance envers l'extrême droite et les identitaires, et lui, se plaindre, dans un confidentiel du Canard enchaîné, "de passer pour le facho de service", reprochant notamment à Edouard Philippe de "ne pas se mouiller" pour le défendre.

L'affaire Benalla, la rupture

Après cette première semonce, le calme semble se rétablir, après tout, Gérard Collomb bénéficie toujours de sa proximité avec l'Elysée. Mais le temps va considérablement se couvrir avec l'affaire Benalla, qui secoue considérablement la majorité au beau milieu de l'été. Le ministre de l'Intérieur, là aussi en première ligne, nie toute implication dans la présence du chargé de mission de l'Elysée dans le dispositif du policier du 1er-Mai, où ce dernier est vu en train de molester deux manifestants. Devant la commission d'enquête parlementaire de l'Assemblée nationale, le 23 juillet, il renvoie toutes les responsabilités en dehors de Beauvau, direction l'Elysée et... la préfecture de police. Pourquoi n'a-t-il pas signalé les faits au parquet quand il en a eu connaissance ? "Ce n'est pas au ministre qu'il appartient de le faire". Pourquoi Benalla avait-il un permis de port d'armes ? "Mes services avaient émis des avis défavorables". Fusible idéal imaginé par les commentateurs de la séquence, Gérard Collomb rechigne à endosser la moindre responsabilité et à partir du gouvernement... en tout cas sous la contrainte : "Je n'ai pas une vocation de kamizake, le sabre dans le ventre, très peu pour moi", s'expliquera-t-il plus tard.

Les petites phrases assassines

Depuis cette séquence difficile pour l'exécutif, le patron de Beauvau ne cache plus ses critiques à l'égard de l'Elysée. Première salve le 6 septembre, sur BFM TV. Gérard Collomb met en garde Emmanuel Macron contre le "manque d'humilité" de l'exécutif. Une critique qui appuie là où ça fait mal, les reproches autour du président s'arc-boutant justement autour d'une certaine arrogance. "En grec, il y a un mot qui s'appelle hubris, c'est la malédiction des dieux", infligée "quand, à un moment donné, vous devenez trop sûr de vous". Si Emmanuel Macron répond que "le ministre de l'Intérieur a raison" dans l'après-midi, les deux hommes auront une explication de texte quelques jours plus tard, où le président signifiera au numéro 2 du gouvernement son mécontentement.


C'est semble-t-il bien tard pour rectifier le tir. Dans des propos rapportés le 23 septembre par La Dépêche du Midi mais tenus le même 6 septembre, Gérard Collomb approfondit ses critiques : les relations avec les collectivités territoriales "dégradées", des sujets comme les 80 km/h et l'accueil des mineurs isolés "pas bien traités", la "nouvelle grammaire politique ou la start-up nation" dans laquelle les "provinciaux [...] ne se reconnaissent pas"... L'ex-sénateur enchaîne les reproches comme des perles et finit en apothéose, au sujet d'Emmanuel Macron : "Nous ne sommes pas nombreux à pouvoir encore lui parler [...] D'ailleurs, il va finir par ne plus me supporter. Mais si tout le monde se prosterne devant lui, il finira par s'isoler, car par nature, l'Elysée isole".

La démission anticipée

Entre cette interview et la fuite de ses propos acerbes dans la presse, Gérard Collomb a tenu le haut de l'affiche de l'actualité politique. Le 18 septembre, le ministre de l'Intérieur annonce qu'il sera, selon toutes probabilités, candidat pour reprendre la tête de Lyon, la ville dont il a été le maire de 2001 à 2017. "Je ne serai pas ministre de l'Intérieur jusqu'à l'avant-dernier jour. [...]Les ministres qui veulent être candidats aux municipales de 2020 devraient pouvoir quitter le gouvernement après la bataille des européennes [au printemps 2019, ndlr]". 

Depuis, le message retenu par l'opposition est que le patron de Beauvau a la tête à Lyon et plus forcément à sa fonction. Au point de forcer Edouard Philippe à sortir du bois sur le sujet , le 27 septembre sur le plateau de L'Emission politique : "Gérard Collomb se consacre pleinement à sa tâche et quand il se consacrera à sa campagne, il se consacrera à sa campagne." L'exécutif tentera encore de faire comme si, quelques jours, jusqu'à ce que Gérard Collomb présente, par deux fois en moins de 24 heures, sa démission à Emmanuel Macron. Celle-là sera refusée, l'Elysée assurant qu'il s'agit là de "renouveler sa confiance" au ministre "face aux attaques doit il fait l'objet". Le lendemain, le démissionnaire passe en force. Emmanuel Macron ne peut que "regretter" que Gérard Collomb se soit mis dans la situation "de devoir démissionner". Tout en l'assurant de "son amitié".

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Gérard Collomb, le ministre qui a forcé sa démission

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