Comment le Front national justifie les nombreuses défections chez ses élus locaux

Comment le Front national justifie les nombreuses défections chez ses élus locaux

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EXTRÊME DROITE – De nombreux élus municipaux du Front National ont démissionné depuis les municipales de 2014, rappellent de récentes enquêtes de France Inter et TV5 Monde. Le parti minimise les chiffres et parle de "querelles de personnes" plutôt que de désaccords politiques.

Représenté massivement dans les conseils municipaux et à la tête de nombreuses villes depuis les élections municipales de 2014, le Front National fait-il face à une véritable saignée parmi ses élus ? En septembre dernier, l'Agence France-Presse avait établi un décompte selon lequel environ 28% des conseillers municipaux FN élus en mars 2014 avaient démissionné. L'AFP notait la difficulté de comparer cette importante proportion de défections avec celles que peuvent enregistrer les autres formations, "faute de chiffres". Mais un spécialiste du FN, le sociologue Sylvain Crépon, avançait plusieurs explications dans la dépêche : "Investitures à la va-vite et coût de la visibilité en tant qu'élu ; élus expérimentant l'exercice d'un mandat et pas forcément bien formés ; compétition interne au sein du FN" pour les places éligibles.


Se basant sur cette statistique de 28%, en la ramenant au chiffre de 400 conseillers municipaux démissionnaires sur les 1500 que compte le parti, France Inter et TV5 Monde viennent de publier des enquêtes sur cette "hémorragie". Un journaliste de France Inter s’est notamment penché sur la commune de Cogolin, située dans le Golfe de Saint-Tropez. Dirigée par le maire FN Marc-Etienne Lansade, la ville aurait vu 10 de ses conseillers quitter l’équipe municipale. Anthony Guiraud, un militant local du parti frontiste, explique son choix par la propension du maire à "dilapider le peu de biens communaux que Cogolin possède". "Pas un seul conseil municipal sans un projet immobilier, sans projet de vente", s’indigne-t-il auprès de la radio. 

Ce n’est même plus autoritaire, c’est de la dictatureUne ancienne élue municipale de la mairie du 7e secteur de Marseille

TV5 Monde rapporte de son côté des accusations d'"autoritarisme et de clientélisme" à l’encontre du maire Marc-Etienne Lansade, mais aussi face à celui du 7e secteur de Marseille, Stéphane Ravier. Surnommé "le dictateur nord-phocéen", selon le média, il contrôlerait tout. A propos de ce dernier, France Inter cite d'ailleurs une ancienne élue frontiste, Maria Mustachia, qui l'accuse d’imposer les dossiers et les validations de vote. "Ce n’est même plus autoritaire, c’est de la dictature", conclut-elle.


Des propos durs qui ne manquent pas de faire réagir au Front National. "Dans le cas de Stéphane Ravier, que je connais bien, ce sont des problèmes de personnes", répond Jean-Lin Lacapelle, secrétaire national aux fédérations et à l’implantation. Joint par LCI, il explique que "ce type de problèmes, il peut y en avoir dans toute organisation humaine". Plus globalement, le cadre du FN indique qu’il y a bien des départs d’élus, "mais quand on regarde de près les raisons, ce sont des querelles de personnes, avec des problèmes de déception et de frustrations liés à des investitures. C’est très classique".

Ce sont des brouilles personnelles et non des désaccords politiquesNicolas Bay, secrétaire général du Front National

Même son de cloche pour Nicolas Bay, secrétaire général du parti. "Ce sont des bisbilles locales", avance-t-il auprès de LCI, avant de contester le chiffre de 28% d’élus démissionnaires, "en grande partie inexact" selon lui : "Pour une petite partie, c’est vrai, mais cela représente à peine 10%. Sur 1.650 élus, 150 ou 140 maximum sont vraiment fâchés avec le FN et, le plus souvent, c’est lié au fait qu’ils n’ont pas eu l’investiture pour les élections suivantes". Le député européen conclut : "Ce sont des brouilles humaines et personnelles et non des désaccords politiques. Cela a peu de sens, ce ne sont pas des gens qui nous ont quittés pour d’autres partis". Le FN a encore quelques mois, d'ici aux législatives, pour continuer de tenter de gommer l'image d'impréparation qui colle à ses troupes.

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