Sans la France insoumise, LR et le reste de l’opposition , la commission d'enquête... enquête-t-elle vraiment ?

Sans la France insoumise, LR et le reste de l’opposition , la commission d'enquête... enquête-t-elle vraiment ?

COMITÉ RESTREINT - Vendredi 27 juillet, les parlementaires marcheurs et du Modem se retrouvaient de nouveau en commission d’enquête pour auditionner le commandant de la compagnie de CRS présente place de la Contrescarpe, le 1er mai. Mais en petit comité en raison des défections de l'opposition. Retour sur une audition particulière.

Comment se déroule une audition de la commission d'enquête  quand ceux qui la composent sont exclusivement issus de la majorité parlementaire ? Alors que, la veille, jeudi 26 juillet, l’ensemble de l’opposition (LR, Nouvelle Gauche, LFI, communistes, UDI et non inscrits) avait claqué la porte de la commission sur fond de désaccords irréconciliables sur l’identité des prochaines personnes à auditionner, la curiosité était de mise pour savoir comment les députés LaREM et Modem allaient “cuisiner” le commandant Pierre Leleu, témoin de choix des agissements d’Alexandre Benalla et Fabien Crase le 1er mai, du fait de sa position de chef de la compagnie 15 des CRS. 


L’appréciation dépendra sûrement des velléités des téléspectateurs de l’audition, mais le moins que l’on puisse dire, c’est que les oreilles des responsables de l’Elysée n’ont guère sifflé, vendredi 27 juillet. Et que la commission a répondu au mot près à l’intitulé de la mission qu’elle s’était assignée : “Faire la lumière sur les événements survenus à l’occasion de la manifestation parisienne du 1er mai 2018.” Et s’est donc grandement appesantie, sans qu’on en décèle toujours l’intérêt, sur l’atmosphère de violences, déjà bien connue de tous, ce jour-là. 

Le contexte de violence, encore et toujours

Dans sa première question, la rapporteure évoque ainsi "une période d’extrême tension, un 1er mai qui s'annonçait difficile, opérations de maintien de l'ordre délicates”, pour finir par demander si, au sujet de cette “violence extrême, ces moments d’une brutalité inouïe”, il partageait… “les opinions du ministre de l’Intérieur”. Yaël Braun-Pivet avait donné le ton, et nombre de députés LREM et Modem présents, saluant à chaque fois “l’extraordinaire professionnalisme” et “l’efficacité” des CRS, n’y couperaient pas. Ainsi du député Rudigoz, qui rappelle “la gravité de ce qui a été fait, la violence des Black blocs”, dont la présence n’est pourtant pas avérée place de la Contrescarpe. Ou d’Alain Tourret, qui, lui, revient même sur les violences commises… boulevard de l’Hôpital, “une guérilla urbaine, organisée par des gens qui ont un entraînement militaire, pour un choc maximum avec les forces de l'ordre”. Mieux, il s’interroge sur la nationalité des “émeutiers”, se demandant si ces personnes sont françaises ou “en provenance de toute l’Europe”. Et finit même par s’interroger sur leurs moyens : “Avaient-ils des cocktails molotov ? Des billes de plomb ? Trouvent-ils les objets sur place ? Ou sur eux ?”

L’intervention de Benalla “sans plus-value”

Il y aura bien des “tentatives intéressantes” sur “la présence de Maxence Creusat, commissaire présent sur place et mis en examen par la suite”, admet pour LCI Ugo Bernalicis, député France insoumise qui a claqué la porte de la commission avec d’autres députés la veille. Et d’autres, qui permettront au commandant Leleu de confirmer que “non”, il ne savait pas que Benalla serait là, qu’il l’avait pris “pour un policier” et que son intervention n’avait pas “apporté de plus-value au déroulement de l’intervention”. Ou encore ces questions qui, à l’instar de Rémy Rebeyrotte (LREM), viendront éreinter le couple violenté par Benalla, vu en train de jeter différents objets aux forces de l’ordre quelques jours plus tôt, des faits qui font l’objet d’une enquête préliminaire : “Les deux personnes interpellées, entre guillemets victimes, on nous a dit que c'étaient des gens fort aimables, vous nous confirmez que ce sont des gens virulents, qui lançaient des projectiles ?"


“Tout ça a servi à relativiser le comportement d’Alexandre Benalla et à desservir la police pour charger l’institution”, fustige encore Ugo Bernalicis, pour qui cette audition crédite “ce qu’on pensait : les élus LREM, Yaël Braun-Pivet en tête, se sont comportés en députés de la majorité et pas en membres de la commission d’enquête parlementaire.” Une analyse que ne partagera évidement pas Yaël Braun-Pivet, qui se félicitera en fin d’audition que “l’intervention ait permis de neutraliser des éléments virulents”.

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