"Comparer Valls à Sarkozy, c'est trop facile"

"Comparer Valls à Sarkozy, c'est trop facile"

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ANALYSE - L'Assemblée nationale a voté mardi la confiance au gouvernement après un discours de 47 minutes de Manuel Valls. Décryptage de la prestation du Premier ministre avec le synergologue Stephen Bunard, analyste du langage corporel auteur du livre "Leurs gestes disent tout haut ce qu'ils pensent tout bas", et la sémiologue Virginie Spies, maître de conférences en sciences de l'information et de la communication à l'université d'Avignon.

Qu'a révélé son langage corporel ?
Stephen Bunard : "Ce qu'il y a eu de différent de d'habitude chez lui, c'est l'utilisation plus importante de la main gauche, lui qui apprécie beaucoup la main droite, un peu comme François Hollande, pour expliquer, argumenter, défendre ou convaincre. Or là, la main gauche a traduit la spontanéité et il l'a souvent utilisée. Il y a eu également pas mal de langue de délectation. La langue sort quand on veut se réjouir de son propos. Il a aussi eu recours à des codes inconscients de séduction avec les yeux, les paupières, quand il a parlé de dialogue social ou de nouvelle étape du quinquennat, qui sont les points sur lesquels il voulait particulièrement convaincre. Contre toute attente, on a eu un Manuel Valls assez expressif et en mode séduction. Ses index et ses majeurs ont également beaucoup bougé, ce qui a été la signature de son impatience, de son désir d'action".

Une communication maîtrisée ?
Virginie Spies : "Le 'je', utilisé à maintes reprises, a traduit l'idée de quelqu'un qui a pris la main et souligné le côté qu'il y a désormais un chef, un patron, sous-entendu qu'il n'y en avait pas avant, même si ce n'est pas ce qui a été dit. Parallèlement, l'usage du 'nous' n'a pas été oublié pour autant, comme les références à l'ensemble de la majorité ou aux Verts. Le 'je' était un porte-parole de la majorité qui voulait en même temps rassembler, ce qui est plutôt malin du point de vue de la communication. Tout ce qu'on a reproché à François Hollande et à Jean-Marc Ayrault, le côté mou, c'est tout l'inverse avec Valls. Il a utilisé des formules comme 'voilà le changement', 'ça va être une vraie révolution', 'ce sera fait comme ça'. Ce n'est pas 'on va regarder, on va faire'. Il s'est montré ferme et il l'a tellement été que ça ressemblait à un discours électoral. On aurait pu imaginer qu'il s'agissait du dernier meeting d'un candidat à la présidentielle. C'était très puissant".

Une méthode Valls ?
Stephen Bunard : "La méthode Valls se dessine avec cette langue qui sort à gauche, c’est-à-dire qu'il va prendre le risque de dire des choses qui ne sont pas faciles à entendre".

"Un aspect 'communicator is back'"

Quid de la comparaison avec Nicolas Sarkozy ?
Stephan Bunard : "Valls ne me fait pas du tout penser à Sarkozy. La force de Sarkozy, c'est de ne pas masquer ce que dit son corps, ce qui le rend naturel. La force de Valls est d'avoir une cohérence gestuelle. Les deux sont gagnants car ils ne cherchent pas à maîtriser leur gestuelle".
Virginie Spies : "Il y a des éléments qui peuvent faire penser à Nicolas Sarkozy, notamment autour de la vérité, ce qui relève de la rhétorique politicienne sarkozyste. Je refuse de complètement comparer Valls à Sarkozy, ce qui signifierait que dès qu'il y a quelqu'un de volontaire, d'énergique, c'est Sarkozy. C'est trop facile. Aujourd'hui, on a peu de modèles de politiciens charismatiques et Sarkozy a marqué les esprits du point de vue de la communication".

Un sans faute ?
Stephen Bunard : "Je ne dirais pas que c'est un sans faute, mais sa très grande cohérence gestuelle fait sa force. Le prix à payer, c'est que toute incohérence gestuelle sautera aux yeux".
Virginie Spies : "Si j'étais son coach, je lui dirais qu'il a bien bossé. C'était peut-être risqué aux yeux de sa majorité d'avoir autant dit 'je'. En même temps, la majorité se cherchait un chef. C'est un exercice pas si difficile pour peu qu'on s'y entende bien et qu'on soit un politicien professionnel, ce qu'il est. Il avait en face de lui une majorité acquise malgré les tensions. Personne ne pouvait lui répondre, ce n'était pas un débat.. Christian Jacob qui passe derrière, ça ne donne pas envie du point de vue de la communication... Valls sait faire, il y avait cet aspect 'communicator is back'. C'est peut-être plus un discours réussi pour l'ensemble des Français que pour son gouvernement. A-t-il vraiment convaincu son camp ? C'est moins évident, mais c'est clair qu'il a montré de l'énergie. Au niveau de la promesse, c'est pas mal".

Bilan ?
Stephen Bunard : "Je l'ai trouvé naturel, avec une grande cohérence gestuelle, c’est-à-dire un langage corporel qui vient renforcer le discours plutôt que le contredire".
Virginie Spies : "Je trouve que c'est une prestation très réussie du point de vue de la communication. Il y avait de l'énergie, du rythme. Au niveau de la voix, c'était bien porté, bien posé, très théâtral, surtout à la fin. La gestuelle était intéressante, avec des mains et des gestes qui accompagnaient ses propos, qui montraient sa détermination".

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