Complot, trahison et "grosse bêtise"... Alexandre Benalla s'explique et règle ses comptes

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Benalla, l'affaire sans fin

MISE AU POINT - Une semaine après les révélations du Monde sur l’affaire Benalla, le quotidien a pu s’entretenir longuement avec le principal intéressé. L’ex-chargé de mission de l’Élysée assume sa faute mais dénonce une tentative de déstabilisation politique qui vise Emmanuel Macron.

"On a essayé de m’atteindre, de me tuer, et c’était l’opportunité aussi d’atteindre le président de la République". Dans un long entretien au Monde, Alexandre Benalla s’explique sans détour sur l’affaire qui porte son nom et qui secoue la République depuis une semaine.

Quel était le rôle d’Alexandre Benalla à l’Elysée ?

Alexandre Benalla a été recruté dès l’élection d’Emmanuel Macron en mai 2017. D’une part, il dit s’occuper "des affaires privées du président de la République, parce qu’il a une vie à côté de ses fonctions, avec Brigitte Macron". Il explique par ailleurs être "toujours présent, avec le groupement de sécurité de la présidence de la République (GSPR) et le service privé du président" pour gérer "l’organisation" des déplacements présidentiels. Il indique être payé 6000 euros net par mois comme "tous les chargés de mission". 

Logiquement proche du président compte-tenu de sa mission, il réfute cependant avoir les clés de sa maison au Touquet même s’il lui est "arrivé de les avoir en main" pour récupérer certaines affaires. Il confirme par contre avoir bien obtenu "le 8 ou 9 juillet" un appartement de 80m²situé quai Branly, attribué "par nécessité absolue de service" par le directeur de cabinet de l’Élysée Patrick Strzoda. Il évoque aussi sa carte d’accès à l’Assemblée nationale. "Je l’ai demandée tout simplement parce que j’aime aller à la salle de sport de l’Assemblée. C’est peut-être un caprice de ma part, je l’admets", explique-t-il. 

Pourquoi possédait-il une habilitation secret défense ?

Alexandre Benalla juge tout à fait logique de posséder une telle habilitation en raison de ses missions. "On a accès à des informations sensibles quand on approche le président. (…) Les plans de l’Elysée, c’est classifié, les notes de services le sont, et je produis des documents qui sont classifiés, notamment la future direction de la sécurité de la présidence de la République (DSPR), à la conception de laquelle j’ai participé. Au cabinet, tout le monde est habilité", dit-il. Il précise par ailleurs avoir été l’objet d’une "enquête très poussée de la DGSI" avant de l’obtenir.

Que s’est-il passé le 1er mai selon Alexandre Benalla ?

Le jeune homme de 26 ans affirme ne pas avoir sollicité l’invitation à la manifestation du 1e mai. C’est le chef d’état-major à la préfecture de police, Laurent Simonin, qui lui aurait proposé de venir. Une invitation qu’il a donc acceptée. Concernant le matériel de policier qu’il arbore ce jour-là, il indique qu’il lui a été remis quelques jours avant la manifestation. "L’officier de liaison de l’Elysée vient deux jours avant la manifestation avec un sac qu’il me remet, avec un casque, un ceinturon en cuir, un masque à gaz, un brassard police et une cote bleue marquée police et un grade de capitaine dessus".

La radio lui a été remise un peu plus tard mais assure ne pas avoir donné d’ordre. "Je prends la radio pour savoir ce qui se passe, dans la salle, je n’ai pas parlé à la radio, vous pouvez chercher c’est enregistré, je n’ai aucune légitimité à parler", dit-il. Il explique aussi qu’on lui a demandé expressément de porter le brassard police. "C’est la confusion la plus totale, on se retrouve sur un côté. Les CRS arrivent. Un policier me dit : t’as un brassard, ils savent pas si t’es un collègue. Je le mets". 

En fin de journée, place Contrescarpe, il assiste aux affrontements entre CRS et manifestants. Il veut alors donner "un coup de main" car "on ne va pas laisser faire des délinquants". Une attitude qu’il regrette à présent, évoquant une "faute politique et d’image". "Si je n’étais pas collaborateur de l’Elysée, je referais la même chose. Collaborateur de la présidence, je ne le referais pas", souligne-t-il.

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Fabrice Lhomme décrypte l'interview d'A. Benalla

Quelle a été sa sanction ?

L’ex-chargé de mission au cabinet d’Emmanuel Macron confirme la sanction infligée le 3 mai de "quinze jours de suspension sans traitement" après les événements du 1er mai. Il jure ne pas avoir mis les pieds à l’Élysée entre le 4 et le 21 mai. "Le vendredi (4 mai), je prends ma voiture et je pars en Bretagne avec ma femme. J’y reste du 4 au 15 mai, je rentre à Paris le 15 et je ne remets pas les pieds à la présidence avant le 22".

A son retour, on lui demande alors de ne "s’occuper que des événements qui se passent au palais de l’Elysée", dit-il. "Je le vis comme une humiliation". Dès lors, il "ne participe plus aux déplacements du président" mais reste sollicité pour des "missions délicates" comme la réception des Bleus à l’Élysée après la Coupe du monde. 

Deux mois et demi après les faits, il dit comprendre le "sentiment de trahison" d’Emmanuel Macron même s’il ne le partage pas. "Je n’ai pas le sentiment d’avoir trahi le président de la République, j’ai le sentiment d’avoir fait une grosse bêtise".

Comment Alexandre Benalla justifie son port d’arme ?

Interrogé sur son port d’arme obtenu lors de la campagne présidentielle, Alexandre Benalla la justifie par sa mission de sécuriser le QG du candidat Emmanuel Macron. "Il y a deux cents personnes qui bossent au QG, représentant une "cible molle", comment les protéger de la menace terroriste ou même d’un fou ? Donc on fait la demande d’acquérir et détenir des armes dans le QG", explique-t-il. Conformément à l’autorisation qu’il lui a été accordé, il assure n’être jamais sorti à l’extérieur du QG avec son arme. "On n’est pas mabouls, il y a un risque pour la réputation du candidat".

Alexandre Benalla a ensuite obtenu une nouvelle autorisation, plus controversée, après l’élection d’Emmanuel Macron. Après un premier refus du ministère de l’Intérieur, "je vois qu’on peut faire la demande en passant par le cabinet du préfet de police, en passant par la voie hiérarchique, c’est-à-dire Patrick Strzoda. Il la transmet, sans l’appuyer. Après enquête, et considérant que ma fonction est exposée, on m’autorise à acquérir un Glock et à le détenir dans l’exercice de ma mission", dit-il.

Pourquoi cette affaire sort deux mois et demi après les faits ?

C’est sans doute l’une des parties les plus intéressantes de cet entretien. Contrairement aux déclarations du patron du Groupement de sécurité de la présidence de la République (GSPR), Lionel Lavergne, Alexandre Benalla confesse des "frictions mais sous forme de non-dits" avec les officiers du GSPR.

"La vérité, c’est que ma nomination à ce poste, ça a fait chier beaucoup de gens. Parce qu’un gamin de 25 ans, qui n’a pas fait l’ENA, qui n’est pas sous-préfet – parce que je suis le seul à ne pas l’être dans l’équipe, je suis l’extraterrestre de la bande ! –, et en plus qui dit les choses, là où il n’y a que des non-dits, évidemment, ça suscite des rancœurs…", prétend l’ex-chargé de mission.

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"Cette affaire a ravivé la guerre entre police et gendarmerie"

A ses yeux, les révélations du Monde proviennent "de politiques et de policiers d’un niveau important" qui voulaient le faire tomber. Pas seulement. "On a essayé de m’atteindre, de me tuer, et c’était l’opportunité aussi d’atteindre le président de la République. Les faits, je les assume, je ne suis pas dans la théorie du complot, c’est la réalité. Sur ce qui s’est passé après, je suis beaucoup plus réservé. Il y avait en premier une volonté d’atteindre le président de la République, c’est sûr et certain", croit savoir Alexandre Benalla.

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