Compte pénibilité "trop compliqué": Pierre Gattaz ne veut pas appliquer la loi

Politique

PAS CONTENT - Le numéro un du Medef, Pierre Gattaz, a annoncé mercredi que les entreprises "n'appliqueraient pas" les nouvelles obligations du compte pénibilité à partir du 1er juillet, s'attirant un rappel à l'ordre cinglant de l'exécutif, de Manuel Valls à Marisol Touraine en passant par Myriam El Khomri.

Il n'aime pas cette loi, alors il appelle à ne pas la respecter. Le numéro un du Medef, Pierre Gattaz, a annoncé mercredi que les entreprises "n'appliqueraient pas" les nouvelles obligations du compte pénibilité qui se met en place à partir du 1er juillet.

Le patron du Medef fustige en fait un dispositif "beaucoup trop compliqué". "Nous ne savons pas comment faire le 1er juillet, donc nous n'appliquerons pas" les six nouveaux critères de pénibilité devant être pris en compte à cette date, a-t-il déclaré à des journalistes.

"Le Medef ne peut pas choisir les lois qu'il applique"

Pierre Gattaz s'est par là attiré les foudres du gouvernement. "On ne peut pas demander que l'État incarne l'autorité, que les lois de la République s'appliquent, et soi-même se soustraire aux lois de la République. La pénibilité c'est une grande avancée", a rétorqué le Premier ministre Manuel Valls en fin de journée. 

La ministre Marisol Touraine en avait déjà mis une couche un peu plus tôt : "Le Medef ne peut pas choisir les lois qu'il applique", avait-t-elle dit, soulignant que "la démocratie ne s'arrêt(ait) pas aux portes" du patronat. 

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Un référentiel compliqué à établir


Le compte pénibilité, issu de la réforme des retraites de 2013, permet aux salariés du privé ayant exercé des tâches pénibles, de cumuler des points afin de partir plus tôt à la retraite, se former ou travailler à temps partiel. Potentiellement, 3 millions de personnes sont concernées, selon le gouvernement qui a retenu dix facteurs, dont quatre sont en vigueur depuis 2015 : travail de nuit, travail répétitif, en horaires alternants ou milieu hyperbare (sous-marin). Au 1er juillet, six autres entrent en application: postures pénibles, manutentions manuelles de charges, agents chimiques, vibrations mécaniques, températures extrêmes et bruit.

"Aujourd'hui, beaucoup de branches n'arrivent pas à construire un référentiel ou bien ont mis au point un référentiel tellement compliqué que les chefs d'entreprise ne pourront pas l'appliquer au quotidien", a déclaré mercredi à L'Opinion le président de la CGPME, François Asselin. L'ensemble des organisations patronales ont demandé a minima à reporter l'entrée en vigueur des nouveaux critères.
L'UPA (Union professionnelle artisanale) a souligné que l'administration elle-même avait jugé prématurée la mise en œuvre du dispositif au sein du secteur public, dans un rapport de l'Inspection générale des affaires sociales (IGAS) publié début juin. Elle demande un "report d'au moins un an".

Selon le gouvernement, 26.000 entreprises ont rempli en 2016 des fiches d'exposition pour 500.000 salariés au titre de l'année 2015, preuve que cela "fonctionne".

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