Autour du confinement de Paris, comme un air de pré-campagne

Autour du confinement de Paris, comme un air de pré-campagne

DUEL - La maire de Paris ose poser la question d'un confinement de la capitale pour retrouver au plus vite "la vie d'avant". Une proposition polémique qui l'inscrit un peu plus dans l'adversité avec le président de la République en vue de 2022.

Reconfiner Paris ? Depuis les déclarations du premier adjoint d’Anne Hidalgo, on ne parle plus que de ça. Dès jeudi soir, quelques minutes après la prise de parole de Jean Castex, Emmanuel Grégoire a avancé que la ville de Paris allait proposer un reconfinement de trois semaines de la capitale si la situation se dégradait. Une solution qui permettrait de rouvrir bars, restaurants et lieux culturels et d’éviter les "demi-mesures" du gouvernement comme les confinements les week-ends, "très contraignante[s] sur le plan de l’impact sociétal et assez peu efficace[s] sur le plan sanitaire".

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Si vendredi Emmanuel Grégoire a tempéré ses propos - indiquant qu’il s’agissait d’une simple "hypothèse" et reconnu que si le confinement finissait par s'imposer il faudrait l’élargir à la "zone dense" francilienne - ils ont provoqué une polémique, en premier lieu parmi l’opposition parisienne, les maires d’arrondissements et même certains adjoints. Ils accusent la maire de Paris de faire de la "communication", alors que sa candidature à la présidentielle de 2022 est dans toutes les têtes. 

Jeudi soir, les LR parisiens ont dénoncé une proposition "aberrante". "Anne Hidalgo ne peut pas instrumentaliser les Parisiens aux travers de coups de communication", ont-ils accusé. Ce vendredi dans un communiqué, ceux qui dénoncent le manque de concertation de l'édile socialiste exigent "dans les 24h une réunion des élus de Paris avec les autorités sanitaires et administratives (...) afin d'envisager ensemble les mesures que la situation impose""Visiblement Anne Hidalgo a pris la décision de faire cette annonce sans aucune concertation ni des maires d’arrondissement, ni des départements limitrophes. C’est vraiment un coup de communication pour faire parler d’elle pour sa campagne présidentielle", a elle tweeté la conseillère de Paris LFI Danielle Simonnet. 

"Hidalgo essaye d’installer un débat sur la politique sanitaire du gouvernement"

"Anne Hidalgo a des vues pour 2022, elle essaye d’installer un débat sur la politique sanitaire du gouvernement en posant la question de la stratégie zéro Covid et en proposant une vraie alternative", confirme à LCI le spécialiste en communication politique Philippe Moreau-Chevrolet. "Front contre front, deux candidats s'opposent. Et c'est bien joué, car c'est la première fois qu’un politique réussit vraiment à mettre le gouvernement en difficulté sur la politique sanitaire."

Force est de constater que ce vendredi, les membres de l'exécutif étaient plutôt embarrassés. Alors que le gouvernement vante la concertation avec les élus locaux, son porte-parole Gabriel Attal a dû assurer que la proposition serait "évidemment étudiée". Même s'il s'est montré sceptique sur la durée du confinement avancée par la mairie de Paris. "Assez peu de scientifiques" considèrent que, "avec un confinement de trois semaines, on peut terrasser le virus et tout ouvrir". Même remarque du côté du ministre des Transports Jean-Baptiste Djebbari sur LCI.  "Anne Hidalgo a peut-être des capacités visionnaires en matière scientifique et épidémiologique que je n’ai pas", a-t-il ironisé. Elle a même poussé le Premier ministre à réagir. "Vous avez entendu la mairie de Paris dire qu'il faut qu'on confine trois semaines et puis c'est fini. Mais vous savez très bien qu'avec les variants etc, ce n'est pas possible",  a déclaré Jean Castex. "Il ne faut pas raconter des fadaises."

Une proposition maladroite, mais gagnante ?

Philippe Moreau-Chevrolet en convient : la proposition de la Ville de Paris a été faite "maladroitement, parce que trois semaines de confinement ce n’est pas suffisant". "La proposition a été présentée sans avoir été complètement étayée sur le plan scientifique", précise-t-il. Mais le risque est moindre pour la maire, qui a pris soin d'envoyer sur le devant de la scène son premier adjoint. "Anne Hidalgo construit sa notoriété et veut se montrer sympathique. Donc elle laisse les sujets clivants à ses représentants, histoire d'éviter de prendre des coups tout en se plaçant au centre du jeu médiatique."

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Toutefois selon le communicant, Anne Hidalgo sortira gagnante de ce bras de fer : "Si le gouvernement disait oui, par accident, elle aurait gagné. Si le gouvernement dit non, au moins politiquement elle aura posé la question du zéro Covid et lancé le thème dans le débat public". Il estime également que cela permet à la maire de Paris de construire son image. "Elle confirme qu'elle n'est pas une maire comme les autres, qu'elle assume d'être clivante. Car proposer de reconfiner n'est pas populaire. Elle choisit le sens et le débat. Il faudra voir si c'est porteur pour 2022."

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