Confusion de Marine Le Pen sur le Smic à 36 euros : d'où viennent ces chiffres ?

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A LA LOUPE - Nouvelle sortie étonnante pour Marine Le Pen. La présidente du Rassemblement national a affirmé hier que le Smic français était de 36 euros. C'est trois fois plus que la réalité.

Marine Le Pen débattait face à Nathalie Loiseau, ministre en charge de l'Europe et sans doute tête de liste La République en Marche (LaREM) pour les élections européennes. Au moment d'aborder le sujet du Smic à l'échelle de l'UE, proposé par le président Emmanuel Macron dans sa lettre ouverte aux Européens, la députée RN du Pas-de-Calais s'est emmêler les pinceaux à propos des salaires minimums en Europe. 

La Bulgarie, c'est 4,40 euros. La France, je crois qu’on est à 36 euros me semble-t-il. Comment est-ce qu’on arrive à faire un Smic européen si ce n’est qu’avec un moins disant.- Marine Le Pen, députée du Pas-de-Calais et présidente du Rassemblement national

En affirmant que le Smic français était de 36 euros, Marine Le Pen a provoqué l'étonnement de Nathalie Loiseau qui a tenté en vain d'avoir des précisions, notamment si la députée évoquait le taux horaire. En plus de la France, Marine Le Pen a affirmé que le salaire minimum était de 4,40 euros en Bulgarie et 5,50 euros en Roumanie. 

La réalité des chiffres

Pour la France, le salaire minimum est de 10,03 euros brut par heure, soit 7,72 euros net. Ce qui représente une rémunération de 1522 euros brut et 1204 euros net par mois en temps complet. 

Concernant nos voisins européens, c'est effectivement en Bulgarie que le salaire minimum brut est le plus bas de l'UE d'après Eurostat. Il est de 286,33 euros par mois pour une semaine de 40 heures. En Roumanie, autre pays comparé par Marine Le Pen, le salaire minimum est lui de 446,02 euros brut par mois

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Nathalie Loiseau évoque aussi la situation en Italie, où, d'après la ministre, "chez [les] amis de Mme Le Pen, on aurait pu espérer une certaine fibre sociale". Si effectivement il n'y a pas de salaire minimum national en Italie, il existe des accords par branches professionnelles qui fixent les rémunérations plancher. Cinq autres pays de l'UE n'ont pas de Smic (l’Autriche, Chypre, le Danemark, la Finlande, et la Suède). 

Une confusion entre Smic horaire et coût de la main d'oeuvre

Mais alors d'où sortent les chiffres de Marine Le Pen ? N'avait-elle pas lu les "bonnes fiches", comme lui a fait ironiquement remarquer Nathalie Loiseau jeudi soir ? La présidente du RN semble avoir confondu avec des comparaisons provenant d'une étude d'Eurostat publiée en avril 2018

Cette dernière compare les coûts réels de la main d'oeuvre en Europe, c'est-à-dire le coût d'un salarié pour l'employeur, comprenant son salaire ainsi que les charges patronales et sociales. Il ne s'agit donc pas de la rémunération perçue par les salariés contrairement au Smic comme l'a pensé Marine Le Pen. 

Si on se réfère à la publication qui accompagne l'étude d'Eurostat, en France, le coût de la main d'oeuvre est effectivement de 36 euros. Pour la Bulgarie, il est de 4,90 euros - et non 4,40 euros - et pour la Roumanie, il est de 6,30 euros - contre 5,50 euros avancés par Marine Le Pen. Elle a confondu avec les chiffres publiés un an plus tôt.

Comme on peut le voir sur ce graphique d'Eurostat, le coût horaire de la main d'oeuvre en France est 10 euros supérieur à la moyenne de l'Union européenne, qui est de 26,80 euros. Bulgarie et Roumanie sont, elles, tout en bas du classement. 

Nathalie Loiseau a-t-elle, elle aussi, parlé trop vite ?

"Vous auriez dû garder le nom FN, car le FN c'est fake news !" : Nathalie Loiseau avait visiblement préparé sa punchline contre Marine Le Pen en faisant rimer l'ancien nom du Rassemblement national avec les la traduction anglaise de "fausse information". 

Toutefois, la ministre chargée des Affaires européennes a peut-être elle aussi parler un peu trop vite jeudi soir. Dans le même échange à propos du travail dans l'Union européenne, elle affirme en effet que la suppression du régime des travailleurs détachés, comme le souhaite Marine Le Pen, "mettra au chômage à peu près 300.000 Français travailleurs détachés". 

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Un chiffre étonnamment élevé quand on se réfère aux dernières données publiées par le Cleiss, le Centre des liaisons européennes et internationales de sécurité sociale. Pour 2017, le nombre total de Français travailleurs détachés en Europe est estimé à 75.822 personnes, bien loin des 300.000 avancés par la ministre. Cette même année, la France avait pour sa part accueilli 516.101 travailleurs détachés.

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