Corbeil-Essonnes : les dates-clés de l'affaire Dassault

Corbeil-Essonnes : les dates-clés de l'affaire Dassault

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CHRONOLOGIE - Corbeil-Essonnes ressemble de plus en plus à un véritable panier de crabes. Maire UMP de 1995 à 2009, l'homme d'affaires Serge Dassault, âgé de 88 ans, est en effet impliqué dans de multiples affaires judiciaires qui mêlent achats de votes, clientélisme, tentative d'assassinat, maître-chanteurs et barbouzeries de bas étage. Metronews vous aide à y voir plus clair.

8 juin 2009
C'est à cette date que commence l'affaire Dassault. Le Conseil d’Etat décide en effet d'annuler les élections municipales des 9 et 16 mars 2008 et prononce l'inéligibilité d'un an de Serge Dassault, élu dans les urnes pour la 3e fois. Dans cette décision du 8 juin 2009, l'institution estime que "l’existence de dons d’argent par le maire sortant à des habitants de la commune était établie. […] Cette pratique persistante, y compris pendant la période électorale, avait pu affecter la libre détermination des électeurs et altérer la sincérité du scrutin."

22 septembre 2010
Le Conseil d’Etat invalide la nouvelle élection municipale de Corbeil-Essonnes qui s'était tenue en octobre 2009. Elle avait été emportée par Jean-Pierre Brechter, administrateur de la Socpresse et du Figaro, propriétés de Serge Dassault. Ce fidèle de l'ancien maire s'était présenté avec la bénédiction de celui-ci, à tel point qu'il avait fait figurer sur les bulletins de vote et sous son nom, la mention "secrétaire général de la fondation Serge Dassault". Un ajout jugé illégal par le Conseil d’Etat. Jean-Pierre Bechter parvient toutefois à nouveau à se faire élire maire en décembre 2010.

2011
Serge Dassaut, qui n'est plus maire mais toujours sénateur de l'Essonne, verse 2 millions d'euros à Younès Bounouara. Agé d'une quarantaine d'années, l'homme était depuis plusieurs années le contact de l'édile dans les quartiers sensibles de la ville. Cet argent, versé depuis un compte libanais, devait permettre, selon Serge Dassault, à Younès Bounouara de lancer une entreprise en Algérie, selon Serge Dassault .

10 novembre 2012
René Andrieu, ancien délinquant âgé de 62 ans, et Fatah Hou, ex-boxeur de 32 ans, se rendent à la mairie de Corbeil où ils rencontrent Serge Dassault. L'entrevue est filmée en caméra cachée et les images, stupéfiantes, seront diffusées par Mediapart et Le JDD. On y voit René Andrieu et Fatah Hou venir réclamer ouvertement de l'argent pour avoir participé à l'une des campagnes électorales victorieuses. L'industriel refuse. Il concède cependant avoir tout réglé à Younès Bounouara et invite ses interlocuteurs à en discuter avec lui. Cette vidéo laisse donc penser que Serge Dassault aurait fourni des liquidités à Younès Bounouara pour que celui-ci rétribue les deux hommes (et d'autres ?). Or il aurait préféré garder l'argent pour lui, d'où les plaintes des petites mains de la campagne. Une version démentie par le principal mis en cause et par Serge Dassault.

24 janvier 2013
Ouverture d'une information judiciaire après des plaintes d'enfants de Serge Dassault, dont le sénateur UMP Olivier Dassault, victimes de menaces. Trois frères, originaires de Corbeil-Essonnes, ont été mis en examen à la fois pour appels téléphoniques malveillants, tentatives d'extorsion de fonds, atteintes à l'intimité de la vie privée ou encore violation du secret des correspondances et des communications téléphoniques.

29 janvier 2013
Rachid T. est pris dans un guet-apens au volant de sa voiture à Corbeil-Essonnes. Il reçoit près d'une vingtaine de plombs au niveau d'une épaule. Le 27 février, ce trentenaire, enfant du quartier des Tarterêts, affirme dans un témoignage vidéo au Parisien avoir participé à un système d'achat de votes en faveur de Serge Dassault et de son successeur, Jean-Pierre Bechter. Il lie la tentative d'assassinat à ce système. Une instruction est alors ouverte à Evry.

19 février 2013
Fatah Hou essuie les tirs d'un calibre 38 en pleine journée dans le centre de Corbeil-Essonnes. Il est très grièvement blessé et en gardera des séquelles physiques. Le principal suspect est le fameux Younès Bounouara, qui prend alors la fuite. Selon ce dernier , les coups de feu relèvent de la légitime défense car il se sentait menacé par un "gang [formé de Fatah Hou et René Andrieu, présent au moment des tirs, ndlr] qui pense que Dassault [lui] a donné beaucoup d'argent pour [qu'il] redistribue".

Mars 2013
Après une enquête préliminaire, une information judiciaire est ouverte à Paris pour corruption, abus de biens sociaux, blanchiment et achat de votes présumés aux élections municipales, entre 2008 et 2010. Les juges financiers en charge de ce dossier ont demandé au bureau du Sénat de lever l'immunité parlementaire de Serge Dassault. Celui-ci a néanmoins refuser d'accéder à leur requête mercredi 8 janvier par 13 voix contre, 12 voix pour et une abstention.

4 novembre 2013
Serge Dassault porte plainte pour "appels téléphoniques malveillants réitérés, tentative d'extorsion de fonds, chantage, menaces, recel et complicité de ces délits", visant René Andrieu et Fatah Hou. Une enquête préliminaire est ouverte.

6 novembre 2013
Après neuf mois de cavale en Algérie, Younès Bounouara est interpelé à l'aéroport de Roissy puis écroué le lendemain car suspecté d'être l'auteur des coups de feu sur Fatah Hou. Dans le cadre de cette instruction ouverte à Evry, Serge Dassault a été entendu comme témoin assisté en octobre.

3 janvier 2014
Fatah Hou porte plainte auprès du parquet d'Evry, notamment pour association de malfaiteurs. Cette procédure vise Serge Dassault, Jean-Pierre Bechter, un employé municipal et un diplomate marocain. Il les soupçonne d'avoir ourdi un complot pour le faire arrêter au Maroc et l'éloigner ainsi de Corbeil-Essonnes.

6 janvier 2014
Serge Dassault annonce à son tour avoir déposé plainte après avoir subi de nouvelles "menaces". Il aurait reçu des textos de menace pendant la période des fêtes. L'un d'entre eux est d'ailleurs signé René. S'agit-il de René Andrieu ? Mystère.

7 janvier 2014
Jean-Pierre Bechter, visé par la plainte de Fatah Hou pour association de malfaiteurs, saisit à son tour la justice pour "tentative d'extorsion de fonds", "violation du secret de l'instruction" et "dénonciation calomnieuse".

17 janvier 2014
Après deux jours de garde à vue, Jean-Pierre Bechter est mis en examen avec deux autres personnes, dans le cadre de l'enquête sur les soupçons d'achat de votes ouverte en mars 2013 : Cristela de Oliveira, adjointe à la mairie et le fameux Younès Bounouara. L'actuel maire de Corbeil-Essonnes est notamment accusé de "financement illicite de campagnes électorales","recel du produit d’infractions d’achats de votes" et "acceptation de dons". 

12 février 2014
L'immunité de Serge Dassault est finalement levée au Sénat. Une semaine plus tard, l'homme d'affaire est placé en garde à vue pour, notamment, "achats de votes, abus de biens sociaux et financement illicite de campagne électorale". Face aux enquêteurs , l'ancien maire de Corbeil-Essonnes reconnait avoir été "trop généreux" avec certains de ses administrés, mais nie tout lien entre ses largesses et un retour sur investissement dans les urnes...

26 février 2014
Alors que, lors d'une audition au Sénat, Serge Dassault s'est plaint des conditions de la garde à vue, le quotidien  Libération publie des preuves accablantes contre lui. Un listing d'environ 130 noms prouverait que Serge Dassault a effectivement acheté des voix en 2009 et 2010, notamment pour faire élire son successeur, Jean-Pierre Bechter.

10 avril 2014
Serge Dassault est mis en examen pour "achat de votes", "complicité de financement illicite de campagne électorale" et "financement de campagne électorale en dépassement du plafond autorisé". Par la voix de son avocat, il a aussitôt contesté "avec la plus grande fermé le bien-fondé de cette mise en examen".

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