"Failles", "incohérences" : l'opposition désapprouve le plan de déconfinement voté à l'Assemblée

Le vote à l'Assemblée nationale se déroulera dans un hémicycle clairsemé
Politique

POLITIQUE - Les députés ont approuvé à 368 voix pour et 100 voix contre le plan de déconfinement présenté ce mardi par le Premier ministre. L'opposition s'est majoritairement prononcée contre, dénonçant des "failles", des "incohérences" et exprimant son manque de confiance envers le gouvernement.

Approuver ou non ce plan de déconfinement sera "probablement l'une des décisions les plus lourdes qu'un parlementaire aura eues à prendre depuis la Seconde guerre mondiale", a estimé le Premier secrétaire du Parti socialiste Olivier Faure ce mardi à l'Assemblée nationale. Dans la foulée de la présentation du plan de déconfinement par le Premier ministre Edouard Philippe, les députés étaient invités à se prononcer pour ou contre.

Les parlementaires ont été 368 à voter pour, 100 à voter contre, et 103 à s'abstenir. Seule la majorité et ses alliés du MoDem ont voté pour, les Républicains s'abstenant, tandis que les élus LFI, PCF et PS votant contre, rejoints par les élus du Rassemblement national. Les chefs de parti et présidents de groupe ont eu l'occasion d'expliquer leur décision et de commenter le plan présenté par le chef du gouvernement à la tribune. 

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Les Républicains avaient prévenus : en majorité, ils s'abstiendraient de voter. Ce fut le cas pour 67 d'entre eux ce soir (24 ont voté contre). A la tribune, leur président de groupe Damien Abad a dénoncé un plan de déconfinement "difficilement applicable", dans lequel sa formation politique n'a "pas confiance". Sur le fond, le député LR a pointé "quatre failles" : "le manque criant de masques et de tests", des "injonctions contradictoires" sur les écoles, la "grande absence du volet sécurité" et un redémarrage économique incertain. Sur ce dernier point, il souhaite "accélérer la reprise économique dans les départements les moins touchés, en rouvrant dès le 11 mai les commerces, cafés, hôtels et restaurants".

Toutefois, 11 députés LR se sont prononcés pour le plan de déconfinement. Sur Twitter, Guillaume Larrivé a expliqué : "L’opération est complexe et sans solution magique. L'orientation globale présentée par Eoudard Philippe va dans le bon sens : en conscience, je l’approuverai par mon vote." Auprès de l'AFP, Eric Woerth s'est justifié en considérant qu'il fallait "continuer à donner à l'Etat les moyens d'action nécessaires". 

Une "sortie hasardeuse" pour Jean-Luc Mélenchon

Parmi ceux qui ont majoritairement voté contre : les groupes de gauche, dont La France insoumise à l'unanimité (14). Le président du groupe Jean-Luc Mélenchon avait lui aussi annoncé la couleur, et l'a confirmée à la tribune de l'Assemblée. "Nous n'allons pas voter ce qui nous est proposé (...) Nous ne partageons ni vos diagnostics ni le système d'action que vous avez choisi", a-t-il déclaré, s'adressant directement au Premier ministre. "Nous voici rendus après une gestion calamiteuse à une sortie hasardeuse", alors qu'"il faut planifier, et non pas croire que le libre marché va suffire à remplir les conditions qu'il faut remplir", a-t-il continué. "La deuxième vague de l'épidémie est inéluctable, le deuxième pic est inéluctable et il sera d'autant plus violent que les conditions n'auront pas été réunies pour réussir" le déconfinement, a ajouté celui qui avait demandé la gratuité des masques pour tous.

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Le groupe communiste a dénoncé un "débat bâclé", organisé "sur un coin de table" par un gouvernement poussé "vers des méthodes autoritaires" par son "dogme libéral". Stéphane Peu a également demandé le "masque gratuit pour toute la population et garanti par l'Etat", et la mise à disposition massive de tests.

Parmi les socialistes, 20 ont voté contre et 10 se sont abstenus. Ils reprochent au président de la République son "pari" avec la date du 11 mai pour débuter le déconfinement. Le Premier secrétaire du parti Olivier Faure a déclaré : "Le bon moment pour déconfiner, c'est le moment où l'on est prêt ! Et à l'évidence, ce que nous rapportent les maires, les enseignants, les salariés, c'est que tout est encore loin d'être prêt". Les socialistes ont réclamé aussi aussi "un geste fort de solidarité" en proposant notamment de "compenser les salaires à 100% jusqu'à 2,5 Smic".

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Les élus du Rassemblement national ont eux aussi voté contre, mais pour d'autres raisons. "Nous comprenons bien l'urgence d'agir, mais nous refusons toutefois d'être pris en otage", a estimé Louis Aliot. "Si nous notons un changement perceptible dans votre stratégie et une certaine prudence, nous voterons contre vos propositions car nous considérons qu'il existe encore trop de questions restées sans réponse", a-t-il justifié depuis le perchoir. Sur TF1, la présidente du parti Marine Le Pen a réclamé des "tests pour tous les Français", s'est dite opposée à la réouverture des écoles, et a critiqué le maintien de l'ouverture des frontières. "On va mettre en place des frontières entre les départements. On ne pourra pas venir de Lyon à Paris, en revanche on pourra venir d’Amsterdam à Paris", a-t-elle relevé. 

Dans un communiqué, le président de Debout la France Nicolas Dupont-Aignan a expliqué qu'il voterait "contre le plan de déconfinement présenté par Edouard Philippe car il n’apporte pas les garanties pour un déconfinement durable et comporte de trop nombreuses incohérences". Sont visées notamment la réouverture des écoles et les "interdictions absurdes" d'accès aux parcs et aux plages ou encore la limitation "des déplacements entre départements (...) alors que nos frontières nationales restent ouvertes". 

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Enfin, sans surprise, la majorité s'est prononcée pour ce plan de déconfinement. A l'exception de six parlementaires qui se sont abstenus, et une qui a voté contre, Martine Wonner. Ces derniers jours, cette dernière avait pris la tête d'une contestation, s'insurgeant contre la méthode de vote, et du peu de temps laissé aux parlementaires pour juger des annonces du gouvernement. Le MoDem a apporté son soutien à la majorité, ainsi que ses voix. 

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