“Nous avons eu raison” : pourquoi Macron joue gros avec les mesures sanitaires actuelles

“Nous avons eu raison” : pourquoi Macron joue gros avec les mesures sanitaires actuelles

COUP DE POKER - En continuant d'assumer sa stratégie et en refusant de faire un mea culpa, le président de la République prend des risques si les restrictions actuelles ne donnent aucun résultat sur la propagation de l'épidémie.

Un taux d’incidence et des fermetures de classe qui explosent, des services de réanimation saturés, des scientifiques alarmistes qui enjoignent le gouvernement à durcir les mesures de freinage et à décider d’un confinement strict. Voilà l'état de la situation sanitaire en France. Mais pour autant, le gouvernement prône le statu quo. "Nous prendrons toutes les mesures utiles en temps et en heure", a déclaré Emmanuel Macron jeudi soir à l'issue d'un Conseil européen, ajoutant : "dans les prochains jours et semaines, nous aurons des nouvelles mesures à prendre, tous ensemble"

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Mais pas maintenant. En effet, le gouvernement se laisse encore quelques jours avant de trancher. Jeudi, lors de la conférence de presse hebdomadaire sur la situation sanitaire, le ministre de la Santé a indiqué qu’il fallait attendre ce week-end ou le début de semaine prochaine avant de mesurer l’impact des mesures décidées il y a une semaine en Ile-de-France, dans les Hauts-de-France et les Alpes-Maritimes, et éventuellement de prendre de nouvelles restrictions. Vendredi, le ministre de l'Education nationale Jean-Michel Blanquer a annoncé un très léger renforcement du protocole sanitaire dans les écoles, où une classe fermera désormais dès le premier cas positif. Attendre, encore. C’est justement ce que scientifiques et opposition reprochent à l’exécutif. 

Alors que la perspective d’un retour à la normale mi-avril évoquée par le gouvernement s’éloigne, fallait-il confiner le pays dès le mois de janvier ? Plutôt qu'opter pour des mesures de freinage souples favorisant l’économie et l’éducation, fallait-il opter pour un confinement dur ? Jeudi soir toujours, le président de la République a défendu sa stratégie, à la fois sa décision fin janvier de ne pas reconfiner et le confinement hybride appliqué actuellement. "Nous avons eu raison de ne pas reconfiner la France". "Je n'ai aucun mea culpa à faire, aucun remords, aucun constat d'échec", a-t-il lancé, en assurant que les mesures de freinage actuelles sont "très fortes". 

L'opposition très critique

En se montrant si sûr de lui, Emmanuel Macron joue gros si dans quelques jours les chiffres ne lui donnent pas raison. L'opposition a d'ailleurs déjà commencé à s'échauffer. "Bilan. Tout est parfait", a ironisé sur Twitter le chef de file de LFI Jean-Luc Mélenchon. "Tout va bien madame la marquise ! Près de 100.000 morts, la France 21e sur 27 en Europe pour la vaccination complète... #arrogance", a réagi sur Twitter le député LR Eric Ciotti. "Macron, l'homme qui ne doute jamais. J'ignore si quelqu'un d'autre aurait pu faire mieux. On nous aurait peut-être au moins épargné tant d'arrogance. Le Covid-19 a fait 93.405 morts en France", a déploré la sénatrice EELV Esther Benbassa sur Twitter.

"J'ai vu un président enferré dans ses contradictions, ses mensonges, qui essayait de défendre l'inacceptable" et "il fait payer l'addition aux Français", a accusé sur LCI le président de Debout la France Nicolas Dupont-Aignan. "Être pris pour des enfants de 5 ans en permanence par des incapables et des gens qui ont tout raté depuis le début de cette crise, je crois que c'est profondément humiliant et infantilisant", a critiqué le numéro deux du RN Jordan Bardella sur BFMTV et RMC.

Quant au Parti socialiste, il estime que le Président s'accommode de la réalité en pointant des propos tenus la veille par le chef de l'Etat. "Est-ce que le 29 janvier nous aurions dû confiner le pays, comme certains le disaient, comme des modèles montraient que nous allions flamber en février ? Nous en avons fait l’expérience collective : non", a ainsi déclaré Emmanuel Macron. "Il n’y a pas eu l’explosion qui était prévue par tous les modèles". Or pour les socialistes, "les projections du gouvernement publiées le 28 janvier n'ont jamais anticipé d'explosion des cas en février, mais à partir de fin mars. Ces projections sont en train de se réaliser." 

Prendre la main sur le scientifique

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En prenant cette option, Emmanuel Macron veut également montrer que, malgré les mises en garde du monde scientifique, c'est toujours le politique qui a la main. Selon les informations de LCI, mardi lors de la réunion de groupe LaREM, le Premier ministre Jean Castex a assumé cette méthode. Une source gouvernementale nous a confirmé : "on ne se laisse pas enfermer dans des projections alarmistes ! On se base sur des faits, sur la réalité. Le scientifique éclaire, le politique décide !"

En attendant, il faut convaincre l'opinion publique. Selon notre sondage Harris Interactive pour LCI publié ce vendredi 26 mars, seuls 42% des Français disent faire confiance au gouvernement pour prendre de bonnes décisions concernant la crise du Covid-19. Pire, seuls 33% des sondés estiment que les mesures sanitaires annoncées jeudi 18 mars par Jean Castex pour faire face à la situation actuelle seront efficaces. 

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